Newsletter n°38

 

Décembre c'est demain et ce sera alors le temps de se dire que Des Nouvelles du Front Cinématographique (site, facebook et blog) aura déjà trois ans. Trois années d'exercices critiques ininterrompus courant sur presque 500 textes, au travail des fronts cinématographique, social et du reste. Trois années riches grâce à vous, dans la sensibilité dont témoignent vos adresses, dans les retours amicaux que vous nous faites et dont les rencontres nouées à diverses occasions. Trois années qui, comme dans la nouvelle éponyme d'Anton Tchekhov, obligent en dépit de la tristesse du temps à devoir continuer.

 

Notre 38ème newsletter glisse ainsi à l'occasion de notre petit anniversaire un bouquet d'infinis remerciements.

 

Notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" se concentrera sur un film longtemps méconnu de Jean-Luc Godard, un téléfilm diffusé une seule et unique fois par TF1 en mai 1986 : Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma, c'est l'histoire éminemment godardienne d'une commande deux fois trahie (l'anthologie "Série noire" de Pierre Grimblat d'après la collection de Marcel Duhamel pour Gallimard). Pour prendre acte de la trahison des pouvoirs publics livrant la première chaîne de télévision à l'avidité des intérêts privés (TF1 sera privatisé en avril 1987). Et pour relever, d'un Jean-Pierre (Léaud) l'autre (Mocky), ce qui reste de cinéma à l'époque de son exécution en règle télévisuel (la série noire est en particulier ici celle des producteurs français tombés au champ d'honneur). Le thrène, brechtien et culotté (ah, la séquence-fleuve des chômeurs récitant à la chaîne des fragments d'une citation de Faulkner), pourra être légitimement considéré comme l'un des prolégomènes aux Histoire(s) du cinéma.

 

 

Notre rubrique "Autres texte de cinéma" voudrait une nouvelle fois insister sur ces jeunes cinéastes qui, dans un pays qui s'appelle l'Algérie, travaillent avec des sensibilités différentes à y inscrire leur désir de cinéma. Deux films, une fiction qui fait l'actualité, En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, et un documentaire au sujet duquel on a encore envie de revenir et qui fait toujours preuve d'un grand sens du contemporain, Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja, témoignent de ce qui se joue, pour eux et nous, là-bas, du monde et du cinéma. Tandis que le premier film est un road-movie en trois épisodes comme autant de croisées des chemins ou de carrefours des destins reflétant pour son auteur ses propres choix cornéliens, le second film élit une place populaire comme lieu choisi pour y déployer des figures et des paroles repeuplant en puissance l'abîme avéré.

 

"La séquence du spectateur" sera dédiée à un cinéaste dont le centenaire de la naissance a été célébré en octobre dernier : Jean-Pierre Melville. Des morceaux choisis dans sa dernière période, Le Samouraï, L'Armée des ombres, Le Cercle rouge et surtout Un flic scanderont le dédoublement du trouble dans le genre que son œuvre, aussi épurée qu'elle est peuplée de doubles mimétiques, aura déplié : trouble dans la reprise maniériste confinant à l'abstraction des conventions du genre criminel ou policier, trouble dans le virilisme caractérisant notamment le milieu et repérable dans toute une série d'opérations ou de figures poussant l'ambiguïté melvillienne dans d'étonnantes transgressions des rapports de sexe ou de genre.

 

 

Après l'évocation précédente des plus beaux mots d'amour, les "chinoiseries du moment" se décident à accueillir parmi les plus mémorables intensités érotiques dont le cinéma aura été capable. Les élections sont toujours subjectives, qui retiennent ici la moite et intranquille séparation des amants de L'Atalante (1934) de Jean Vigo et, autre configuration de la séparation au principe des émois du corps, la visitation caressante d'un souffle de lumière dans Bright Star (2009) de Jane Campion.

 

 

En conclusion de notre 38ème newsletter, notre "sélection musicale" sera à la fois planante et lyrique, planante avec Tarek Louati, Edouard Artemiev et Jóhann Jóhannsson, lyrique avec le folk cabossé de Bonnie "Prince" Billy et le post-rock obsessionnel et nervuré de Féroces.

 

PS : et puis, toujours disponible, Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal chez L'Harmattan.

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=53114

 

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