Newsletter n°43

Que les brins de muguet traditionnellement associés au mois de Mai durcissent en prenant la forme de fleurs de pavés : les foyers de luttes ne s'éteignent pas, ils se disséminent mais leur manque encore de quoi faire constellation afin de sortir Mai 68 des figements de l'histoire pour en rappeler la puissance astrale. La fidélité à l'événement consiste notamment à ne pas céder sur les noces du sensible et de la pensée et c'est bien cela qui oriente, à l'instar de celles qui précèdent et qui suivront, notre 43ème lettre d'informations (site, facebook et blog).

 

Dans notre rubrique « Des nouvelles du front cinématographique », il s'agit de vous présenter le deuxième épisode de notre entretien épique avec Sylvie Pierre Ulmann. Nous continuons à ses côtés de filer « le poème épique de l'amitié » qui se soutiendra entre autres de sa participation à l'aventure des Cahiers du Cinéma, notamment lors du virage critique et théorico-politique dans l'après-Mai 68, mais aussi de l'importance décisive du cinéma brésilien incarné en particulier dans l'amitié pour la personne ô combien épique de Glauber Rocha.

 

Nous vous proposons dans la même rubrique de frayer dans l'interzone vastement déployée par L'Héroïque lande, la frontière brûle de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, où le bidonville de Calais fait fuir dans l'intervalle de ses campements humanitaires et de ses violences policières les rhizomes d'une jungle où s'y marronnent de nouvelles formes-de-vie pour demain, dés aujourd'hui. Au moment du vote du projet de loi scélérate "asile et immigration", il paraît plus que nécessaire de rendre justice aux nouvelles formes de résistances qui s'intriquent décisivement au carrefour des marches des États-nations comme des marges du cinéma (pour information, le film sera projeté samedi 2 juin à 18h au cinéma l'Écran de Saint-Denis, en présence des réalisateurs et d'Olivier Pierre, programmateur des Journées Cinématographiques Dionysiennes).

 

Dans notre rubrique « Autres textes de cinéma », s'est imposé Demons in Paradise de Jude Ratnam, où un premier geste documentaire aura construit sur dix années la possibilité de sortir de la nuit de la guerre civile sri-lankaise en allumant un feu clandestin autour duquel se ressemblent ceux qui, parmi les survivants issus de différents camps, croient encore aux vertus d'une mémoire enfin partagée, moins instituée que constituante.

 

« La séquence du spectateur » est offert en hommage à une actrice parmi les plus importantes du cinéma français, troublante Stéphane Audran, géniale dans la vingtaine de films tournés avec Claude Chabrol, et dont l'exquise diaphanéité, lancée par la Nouvelle Vague et contemporaine de la modernisation de la bourgeoise française, n'aura eu d'égale qu'une science de la retenue quintessenciée, jusqu'à l'abstraction et la folie.

 

La rubrique « Des bons plans » salue aussi la mémoire du cinéaste Milos Forman dont l'œuvre, marquée à vif par la répression soviétique du Printemps de Prague, est peuplée de ces trublions excentriques qui font l'expérience d'une puissance libertaire arrachée pied à pied contre le pouvoir des institutions qui la brident, mais parfois perdue aussi dans les braises d'une jouissance compulsive aussi vitaliste que régressive, qu'il s'agisse différemment de R. P. McMurphy ou W.A. Mozart, Andy Kaufman et Larry Flint.

 

S'agissant encore de notre rubrique intitulée « Des nouvelles du front social et du reste », un texte consacré à la philosophie de Clément Rosset voudrait tout à la fois insister sur l'essentielle distinction creusée entre l'idiotie tragique du réel et la bêtise dramatique des doubles s'efforçant d'en déplacer illusoirement l'impact traumatique, et marquer les limites d'un pessimisme ontologique qui, aussi joyeusement caustique soit-il, peine cependant à se dégager des ornières d'un apolitisme dandy.

 

Pour conclure cette lettre d'informations, nous vous proposons la programmation musicale n°43, maraudant entre le piano électrique et mélancolique des Strokes, la mélopée synthé de New Order, le folk inusable des Red House Painters, la prière soul de Frankie Valli et l'humour anti-colonial des Kominas.

Cette lettre est également l'occasion de vous informer de la projection du film Atlal de Djamel Kerkar programmée au cinéma municipal de Saint Denis, L’Écran, le mardi 15 mai à partir de 20h en présence de la programmatrice Catherine Haller et de Saad Chakali pour une discussion à l'issue de la projection : hâte de vous y retrouver !

 

D'autres évènements seront encore à prévoir pour le passage des mois de mai et juin prochains, avec quelques animaux sauvages, nous vous en dirons bientôt davantage !

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

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