Newsletter n°48

La rentrée est chargée, la force des choses qui est l'affaire du désir aura décidé de ne pas chômer. On ne s'en plaindra pas, il faut travailler et le plus librement, c'est-à-dire à distance des charges aliénantes du travail subordonné. C'est ainsi que se fourbissent les Nouvelles du Front cinématographique, dont nous vous proposons aujourd'hui la 48ème lettre d'information (site, blog et facebook).

 

Des nouvelles du front cinématographique rend public le septième et ultime épisode de notre conversation épique avec Sylvie Pierre Ulmann. C'est une joie et c'est une tristesse, nous aurions tant voulu poursuivre avec elle le feuilleton d'une cinéphilie habitée. Ici qui égratigne le cinéma de grand-papa (Carné-Prévert et Gérard Philipe), là qui raconte à l'inverse des petits-enfants aimer rester au générique des films de la saga Star Wars, plus loin encore qui reconnaît du talent dans l'écriture comique du Sens de la fête. Mais le terme s'est imposé avec une grâce infinie, qui tient en un constat (le cinéma auquel il aura été tant demandé aura beaucoup donné), un postulat (c'est celui qui aime le film qui a raison), et la réserve d'une ponctuation finale qui touche le cœur.

 

Que Sylvie Pierre Ulmann à qui l'on dédie la présente newsletter soit infiniment remerciée pour l'extrême qualité de ces quelques passes échangées au-dessus du filet en toile d'internet.

 

Dans notre catégorie portant sur d'autres textes de cinéma, nous voudrions déjà commencer par pointer les limites du BlacKkKlansman de Spike Lee dont l'une d'entre elles, et non la moindre, consiste à faire du travail policier le meilleur véhicule supposé à l'antiracisme à l'heure où, autrement plus fidèle à la pensée de Stokely Carmichael, Black Lives Matter combat le racisme institutionnel caractérisant la police aux États-Unis.

 

Nous voudrions également rendre grâce aux Rencontres Cinématographiques de Béjaïa dont la seizième édition aura permis la confrontation de films ambitieux mais inégaux (Occidental et son allégorie fumeuse sur les gaz toxiques de la paranoïa identitaire contemporaine, Pastorales électriques et sa vision au long court d'un Maroc berbérophone abritant une nouvelle défaite d'Atlas terrassée par le démon de l'électricité). Avec l'interdiction du film de clôture (le fragile Fragments de rêves, frémissant entre stratigraphie des combats passés et échographie des luttes à venir), la censure administre une nouvelle preuve d'un gâtisme d'État qui rend l'avenir incertain, mais sûr déjà ceci : Le cinéma se fait à l'électricité, son désir s'éclaire à la bougie.

 

Avec notre rubrique des bons plans, nous voudrions saluer Marceline Loridan-Ivens qui, alors qu'elle s'appelait encore Marceline Loridan, un jour dans Paris marcha au pas d'une parole inouïe dont l'événement demeure le dehors d'une nuit tombant en plein cœur de la Chronique d'un été de Jean Rouch et Edgar Morin.

 

La force des choses caractérise encore notre programmation musicale mensuelle, qui se partage entre voix féminines et folk, cannibales et zombies. Elle se dédouble également en raison d'une blessure qui a pour nom Rachid Taha, l'un des plus grands chanteurs rock français, égal d'Alain Bashung et Christophe, incarnation d'une arabbia dont la rage au ventre aura fait de la France un pays désirable dans la seule mesure où il ne ressemble pas à lui-même, désirable seulement comme dépays.

 

Et puis, le grand bonheur de deux bonus circonstanciés :

 

1) Un nouveau front ouvert grâce à l'alliance cinéphile nouée avec les amis belges de la revue de cinéma Le Rayon vert, qui se déploie entre les coin-coins du carnaval national et la merde noire et intergalactique du fétichisme de l'identique.

 

2) La sortie de notre ouvrage chez L'Harmattan, intitulé Humanité restante et consacré à The Leftovers : la série y sera notamment pensée comme allégorie contemporaine offerte à l'événement pensable depuis l'écart d'un double régime, comme sens (l'événement dont le réel fuit en tout sens parce qu'il est l'insensé) et comme vérité (l'événement dont le réel oblige à en construire subjectivement les conséquences éthiques).

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

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