Newsletter n°50

La cinquantième ! On ne l'aurait jamais cru, on ne l'aura jamais programmé. Avec la cinquantième lettre d'information du site Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook), il est temps de marquer ce qui ne cesse pas de persévérer ici, dans l'appareillage d'une petite machine d'écriture fourbissant ses armes à l'épreuve constituante des images du réel et du réel des images, là où les conjonctions de l'esthétique et de la politique accueillent au-delà toute attente l'incommensurable événement faisant disjoncter la mesure policière des rapports imposés.

 

1) Des nouvelles du front cinématographique propose de revenir à nouveau à la série The Leftovers, avec la publication sous la forme de fragments des bonnes feuilles issues de notre ouvrage consacré à la série de Tom Perrotta et Damon Lindelof, intitulé Humanité restante. Penser l'événement avec la série The Leftovers et publié en septembre dernier aux éditions de L'Harmattan. Avec la deuxième saison, saison intervallaire s'il en est, on verra qu'au Texas se rejoue la scène préhistorique de la proximité critique entre Axis Mundi et Anus Mundi, avec un faille sismique en guise d'ombilic, avec le cordon d'un pont qui relie la cité se croyant intouchée par l'événement à sa ban-lieue qui se presse à ses frontières comme celles d'une forteresse, avec la descente dans le souterrain d'un homme qui doit pénétrer le labyrinthe de ses entrailles pour y affronter ses démons, avec l'intérieur caverneux des oreilles appartenant aux parents qui se refusent à entendre qu'il y a pour les enfants des manières de rompre le cordon qui valent comme des déchirements intérieurs ou des tremblements de terre.

 

2) 1918-2018 : le tracteur des rituels républicains laboure le champ des commémorations subordonnant l'histoire de la Première Guerre mondiale à l'idéologie de l'agenda gouvernemental. Sur le versant dialectique d'un contrechamp radicalement critique, on trouvera des images comme des fleurs rares poussées çà et là sur la terre grosse des cadavres ensevelis aussi par l'archive militaire. Ces images constituent le cœur blessé de grands films documentaires dont les montages avèrent que la guerre de position s'est prolongée dans la tranchée des images, le mal d'archive ouvert à l'avenir intempestif des regards de fait partagé par L'Héroïque cinématographe (2002) d'Agnès de Sacy et Laurent Véray et Premier Noël dans les tranchées (2005) de Michaël Gaumnitz. L'occasion aura été donnée aussi de réfléchir à la manière dont s'est imposée dans l'histoire du cinéma la figure de style du travelling avant et arrière afin de relayer la sensibilité du soldat dans la tranchée, jusqu'à entrer dans ce no man's land où la perspective filmique déployée par le champ de la caméra bute sur la longue vue des viseurs du fusil.

 

3) On voudrait avec la disparition de Bernardo Bertolucci repenser à son œuvre boiteuse et contrariée, partie si fort au milieu des années 1960 pour se perdre malgré quelques éclats dès les années 1970 dans une manière de renoncement à laquelle n'échappe pas la légende dorée du Dernier tango à Paris, en insistant en particulier sur son ultime et beau film, Moi et toi (2013), comme un second film au fond où la jeunesse de l'ex-enfant terrible aura enfin été retrouvée comme ce renfrognement au principe d'un retrait qui est moins une retraite qu'une soustraction décisive face aux dévastations politiques que nomment Berlusconi hier et Salvini aujourd'hui.

 

4) Et puis une lecture roborative offerte avec le nouveau livre de Marc Scialom, Pourquoi ? Conte avec mort inopinée de son auteur, qui continue d'envisager la littérature comme un atelier de déconstruction des autorités et des identités nécessaire à creuser des galeries ouvrant notamment sur un pan ignoré de l'enfer du Jardin des délices de Jérôme Bosch, cette blessure qu'indiquent un nom et une date (Bizerte, 1961) et dont l'écoulement incessant fonde la non moins incessante relève d'une crypte et de l'écriture cryptique allant avec.

 

5) Notre 50ème programmation musicale mensuelle ose quelques entrechats en glissant entre les pattes de la mélancolie tintinnabulante et cinéphile de Jean Bart et du hip-hop cocaïné de Grandmaster Flash, de l'humeur océanique de Max Richter et de la pop faussement nostalgique des Buggles, jusqu'à finir par tomber sur ce diable de Jackie Wilson et sa sorcellerie de matou R'n'B.

On conclura la cinquantième avec un double bonus :

 

1) Des Nouvelles du Front se joue aussi sur d'autres fronts, dans les amicaux relais de la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille un nouveau texte consacré désormais à Inherent Vice (2014) de Paul Thomas Anderson et de L'Autre Quotidien qui édite notre texte consacré à Bernardo Bertolucci.

 

2) C'est également la sortie de notre ouvrage chez L'Harmattan, intitulé Humanité restante et consacré à The Leftovers (cf. les deux pièces jointes). La série de Tom Perrotta et Damon Lindelof s'y comprendra notamment comme allégorie de l'événement qui en constitue le vide inaugural, pour que l'événement soit pensé comme ce qui s'excepte de la rivalité mimétique des incrédules blasés et des crédules abusés, comme ce qui refonde la croyance en notre monde dont l'amour est une condition nécessaire pour l'existence de ceux qui restent.

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