Newsletter n°52

2019 s'ouvre avec les vieux qui ont de moins en moins l'apparence du neuf, c'est janvier dont les froidures sont des blessures aux mains comme à l'œil, c'est le jaune qui s'engorge de rouge, soit autant de mauvais feux auxquels opposer les contrefeux rayonnant de vert de la 52ème lettre d'information de notre site Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook).

 

1) Notre rubrique Des nouvelles du front cinématographique propose de revenir en deux temps à la 33ème édition du festival Entrevue de Belfort. Pour ce premier moment, on raconte avoir croisé sous le regard austère d'un vieux lion de pierre de vieilles connaissances ou de nouveaux venus, Jean-Luc Godard et Jacques Nolot, Marie-Claude Treilhou et Alain Guiraudie, Ivan Dixon et Lizzie Borden...

 

2) Notre section Autres textes de cinéma s'étoile en quatre branches comme une rose des vents :

 

_ A l'est avec Asako I & II, Ryûsuke Hamaguchi subtilise l'esprit d'une jeune femme en deuil d'un amour de jeunesse qui rencontre un homme qui lui ressemble traits afin d'expérimenter subtilement la différence héroïque de l'amour et du désir.

 

_ A l'ouest avec Un violent désir de bonheur, Clément Schneider montre la marche de la Révolution française en la filmant à la marge, s'essayant à ouvrir une piste pour substituer à une représentation didactique d’un grand récit national une esthétique du fait révolutionnaire, sensible aux changements quasi-imperceptibles du paysage subjectif.

 

_ Au sud avec The Last of Us d'Ala Eddine Slim, c'est un quatrième essai consacré au film dédié avec le témoignage impossible de qui ne peut témoigner à tous ceux qui brûlons et écumons, qui sans fin désirons dans le désir immortel de l'exception.

 

_ Au nord avec An Elephant Sitting Still de Hu Bo, ce premier long-métrage où toute une jeunesse chinoise se consumer dans le monument de son testament, un barrissement finit par ouvrir un espace d’avenir aux figures du bannissement trouvant une issue aux tromperies du pachyderme de l'État, moins par le cul que par la trompe.

 

3) Comme à chaque début d'année, un portrait cinématographique est tiré, fragmentaire et électif, jamais synthétique. Que dire des films de 2018 ? Une année ne tient qu'au vert rayonnement de ses onze ou douze événements.

 

4) Notre 52ème programmation musicale mensuelle met la gomme avec les montages électroniques de Kraftwerk, Bronski Beat, et Broadcast, avec le blues finlandais de 22-Pistepirkko, avec la mélancolie d'Étienne Daho.

 

5) Des Nouvelles du Front se joue également sur d'autres fronts, dans les relais amicaux de la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille quatre nouveaux textes.

 

_ Épiphanies 2018 : Tentative de ne pas faire un Top Annuel : c’est avec l'apparition de Jean-Luc Godard que nous aurons entendu malgré le bruyant cancan cannois qu’il faille persévérer à être les contemporains de Mai.

 

_ Suspiria de Luca Guadagnino : entre deux forçages d'un auteurisme ostentatoire, la Mère des soupirs n’est plus la mère qui donne, avec la vie, la mort à ses filles, elle n’est pas davantage la mère qui offre son utérus aux exigences natalistes et idéologiques de son époque comme cela a été le cas avec le nazisme. Elle est désormais la chorégraphe qui permet aux danseuses de respirer autrement en faisant de leur art un moyen sublime de défier la mort.

 

_ Glass de M. Night Shyamalan : avec ce retour en grâce, le recours à la mythologie des comics, tout à la fois fantasmatique et performatif, pharmacologique et délirant, constituant et destituant, se comprendrait ainsi comme l’arme des faibles, des dépossédés de tout pouvoir symbolique, à l’exception du pouvoir de se persuader jusqu’à l’auto-intoxication et ainsi de devenir ce qu’ils croient être en faisant ce qu’ils disent qu’ils vont faire.

 

_ Donbass de Sergueï Loznitsa : Rien de moins enthousiasmant qu’un cinéaste qui, sincèrement saisi par les urgences de l’actualité politique, cède pourtant le pas sur le cinéma au nom de raisons circonstanciées dont la volonté démonstrative les ramène du champ ouvert de la politique à celui, plus chargé, de l’idéologie.

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