Champ-contrechamp

 

Dans le douzième et dernier épisode de la saison 5 de la série Entourage (2008) produite par l'acteur Mark Wahlberg, on y voit son double fictionnel, Vincent Chase, incarner Nick Carraway, le narrateur de The Great Gastby (1925) de Francis Scott Fitzgerald, dans une adaptation fictive mise en scène par Martin Scorsese dans son propre rôle. Peut-on dire que cette adaptation scorsesienne est devenue réalité avec le cinquième long-métrage du réalisateur australien Baz Luhrmann ? En effet, on ne peut pas ne pas penser à Aviator (2004) de Martin Scorsese devant un film qui montre pendant plus de deux heures un milliardaire excentrique interprété par Leonardo DiCaprio et dont les dépenses somptuaires durant l'entre-deux-guerres ne camouflent pas complètement une irrémissible fêlure secrète. Le double sens du montage comme compacteur et accélérateur narratif et comme manifestation d'une identité schizophrénique tel que le pratique sous le regard de Martin Scorsese Thelma Schoonmaker, la monteuse de la plupart de ses films dont Aviator, aura certes laissé la place ici à la fluidité numérique d'enchaînements graphiques balançant entre le présent d'une narration indexée sur la dépression du mélancolique Nick Carraway (Tobey Maguire) et le passé d'une remémoration portant sur l'impossible amour de Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio) et de Daisy Buchanan (Carey Mulligan), la cousine du narrateur.

 

 

Des nains et des géants, des montagnes et des abysses, des délirants et des fous, des aveugles et des voyants, des déserts et des forêts, des animaux et des dieux, du sublime et du pathétique, des montres de pouvoir et d'impuissance et d'incalculables puissances en conséquence de leur impouvoir, des films du nord et du sud et des films de l'est et de l'ouest, des documentaires et des fictions et des films courts et des films longs : à l'occasion de la grande rétrospective organisée par le cinéma Grand-Action durant les mois de décembre 2014 et janvier 2015 et consacrée aux films de Werner Herzog, c'est toute une carte de cinéma qui trouve à se déployer et qui, pas après pas et film après film, trace héroïquement un chemin pour y faire exister le monde comme on ne l'avait jamais vu.

 

 

On connaît le fameux énoncé lacanien selon lequel « il n'y a pas de rapport sexuel » (L'Étourdit, 1973). Cette formule énigmatique permet à Jean-Luc Nancy de penser l'excès (sexuel) comme « accès à soi comme différence et à la différence comme telle » en ce qu'il interdit tout arraisonnement ou comptabilité et mesurabilité (in L'« il y a » du rapport sexuel, éd. Galilée, 2001, p. 52). Quant à Alain Badiou, il comprend l'énigme de la formule ainsi : « Il y a la médiation du corps de l'autre, bien entendu, mais en fin de compte, la jouissance sera toujours votre jouissance. Le sexuel ne conjoint pas, il sépare (…) Le réel, c'est que la jouissance vous emporte loin, très loin de l'autre. Le réel est narcissique, le lien est imaginaire. Donc, il n'y a pas de rapport sexuel, conclut Lacan (…) S'il n'y a pas de rapport sexuel dans la sexualité, l'amour est ce qui vient suppléer au manque de rapport sexuel. Lacan ne dit pas du tout que l'amour, c'est le déguisement du rapport sexuel, il dit qu'il n'y a pas de rapport sexuel, que l'amour est ce qui vient à la place de ce non-rapport (…) C'est dans l'amour que le sujet va au-delà de lui-même, au-delà du narcissisme » (in Éloge de l'amour [avec Nicolas Truong], éd. Flammarion-coll. « Café Voltaire », 2009, p. 23-24).

 

 

Un vieux cow-boy de 67 ans vient de sortir un disque, Lost Themes, comme autant de morceaux de musiques spectrales faits à la maison et issus de bandes sonores de films rêvés qui n'auront pourtant pas été réalisés mais qui, s'ils l'avaient été, auraient furieusement ressemblé à ses grands films des années 1980. C'est que John Carpenter demeure le maverick par excellence, le classique ayant déboulé dans une époque ayant hésité entre maniérisme et post-modernisme et dont l'industrie ne semble aujourd'hui plus savoir que faire. La restructuration de l'économie du cinéma étasunien sous la capture rentière de la finance internationale l'ayant voué depuis plus d'une décennie, lui comme George Romero et Dario Argento, à l'impossibilité de tourner de nouveaux films comme à devoir se satisfaire que ses chefs-d'œuvre soient débités dans la machine à remakes contemporaine qu'est devenu Hollywood.

 

 

Lorsque l'on a pris connaissance de l'identité du réalisateur en charge de la réalisation de l'épisode 7 de la saga Star Wars, il s'est dit que le choix de J. J. Abrams était somme toute plutôt logique. Plus précisément, on parlera de bonne nouvelle, tant l'un des créateurs de la série Lost aura su insuffler de l'esprit (celui d'une reprise s'appuyant nécessairement sur le ressouvenir de l'époque des débuts du blockbuster il y a quarante ans) au cœur d'une industrie du divertissement hollywoodien de plus en plus contractée sur quelques rares filons et des automatismes réflexes, sans rien céder à un désir de cinéphile entretenu en étroite relation avec d'authentiques plaisirs de spectateur.

 

 

Et si l'on se décidait à passer en revue les quelques séries étasuniennes découvertes l'année écoulée ou bien rattrapées sur le tard ? Qu'y découvrirait-on ou reconnaîtrait-on alors, en termes de programmation audiovisuelle et d'imaginaire social, de propositions figuratives comme de modalités narratives susceptibles de sonder un profond désir de fiction collective afin d'en déplier les linéaments ou de les redéployer autrement.

Pour nous laisser un message ou recevoir la Newsletter, utilisez la rubrique "Contact". N'hésitez pas à nous laisser des commentaires à la fin des articles. Pour suivre les actualités du site, vous pouvez vous abonnez à la page Facebook (ci-dessous).