Autres textes de cinéma de 151 à 160

 

Un film comme une machine de guerre, d'un côté qui coupe dans les flux d'images existantes en y prélevant des objets partiels (les milliers de plans retenus sur 400 films passés au hachoir d'une cinéphilie dévorante et compulsive qu'attise la pratique du téléchargement), de l'autre qui les recode au fil du rasoir d'une voix incorporelle découpant un récit de vie sur fond de désastre (l'auteur dit je dans la guise d'un agencement impersonnel d'énonciation qui taille son chemin dans la France de la casse sociale, des attentats et de l'état d'urgence).

 

 

Quand le voyageur arrive à Béjaïa, il est d'emblée accueilli par Yemma Gouraya, pic souverain de l'atlas tellien, grande mère des montagnes ou fière protectrice des adeptes de la lune selon les traductions arabe ou tamazight. Voir Yemma Gouraya invite à lever les yeux, c'est une perception qui, physiquement, soulève. Le soulèvement du regard répond au souvenir massif et élancé d'une immémoriale surrection, il prend acte de la promesse titanesque et tectonique d'une appétence à l'insurrection.

 

 

Avant de considérer la moisson de Demande à ton ombre, projeté au FID de Marseille où il a gagné le Grand Prix du Premier Film lors de l’édition 2012, revient à la mémoire la citation du poème État de siège (2002) de Mahmoud Darwich dont un fragment sera cité à comparaître dans le film suivant, intitulé Chroniques équivoques (2013) : « Ce siège durera jusqu'à ce que l'assiégeant, / Comme l'assiégé, réalise que l'ennui / Est l'un des attributs de l'Homme ».

 

 

La peau entre deux feux. D'un côté, le gars de la cité des 3000 d'Aulnay-sous-Bois rêve de devenir comédien mais celui qui a travaillé comme agent de sécurité dans un cabinet médical avant de découvrir la possibilité du théâtre a bien du mal à en partager la passion secrète avec les copains du quartier. De l'autre, l'élève en 3ème année du Cours Simon se sent bien seul, lui le garçon d'ascendance migratoire, coloniale et de parents d’origine subsaharienne, lui le prolétaire originaire de Seine-Saint-Denis détonne en effet au milieu de ses pairs qui partagent davantage une assurance bourgeoise et la peau plus claire.

 

  • Sac la mort d'Emmanuel Parraud : Un prince danois au Piton

 

Le sang a coulé, la tranche visqueuse et rouge d'une feuille de maïs en témoigne. Un homme sort hâtivement des fourrés, la machette à la main indique sans forcer sa culpabilité. Il se présente rapidement devant le frère de sa victime pour lui dire ceci : « Je suis l'assassin de ton frère ». Et son interlocuteur de ne rien lui répondre sinon de le laisser tranquille, qu'on lui fiche la paix.

 

 

Oser la fiction comme une nouvelle leçon d'histoire afin de la brosser à rebrousse-poil selon l'image benjaminienne, c'est désirer par exemple instruire des récits comme autant d'audacieux déplacements depuis les casernements dominant la représentation, c'est autrement dit expérimenter les troublantes discordances du contemporain, notamment dans une perspective post-coloniale : César de Mohamed Megdoul et Terminal Sud de Rabah Ameur-Zaïmeche.

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