Z 32 de Avi Mograbi

texte tiré de : http://www.alternativelibertaire.org/?Cinema-Mobragi-Z-32

 


À l’heure où une alliance droite-extrême droite soude le gouvernement israélien à la suite du pilonnage de la bande de Gaza et de l’assassinat de 1 300 Palestiniennes et Palestiniens, la sortie de Z 32 du documentariste Avi Mograbi apparaît comme la réponse cinématographique, nécessaire et critique, devant la brutalité dont est capable son pays. Le titre désigne le cas d’un réserviste d’une unité d’élite ayant participé à une opération punitive dans les territoires occupés où deux policiers palestiniens innocents furent tués. Ce crime de guerre est un crime d’État qu’Israël n’a pas jugé bon de considérer comme tel. Mograbi sollicite alors le cinéma là où l’état de droit fait défaut, offrant ainsi une visibilité à l’horreur ordinairement reléguée hors champ. C’est donc une triple opération esthétique de publicisation d’un crime qui n’est plus réduit à la seule conscience malheureuse de son auteur mais devient affaire collective. Soit tout à la fois un objet de discussion (entre le narrateur et sa conjointe ou avec Mograbi), de médiation (le documentariste a laissé une caméra DV au soldat afin de produire les archives de son témoignage), et de compréhension (l’incorporation dans l’appareil militaire neutralise le sens moral et la liberté des sujets). Agencé à partir donc de témoignages, mais aussi de chansons rappelant le chœur antique ou les effets de distanciation brechtiens, et d’un effet très spécial (un masque numérique qui ne préserve pas seulement l’anonymat du criminel mais aussi universalise ce qui relève ici de la banalité du mal théorisée par Hannah Arendt), Z 32 après Valse avec Bachir l’année dernière d’Ari Folman finit par produire l’espace symbolique à partir duquel rendre pensable et dicible l’innommable. Et ainsi contraindre une société entière, Israël aujourd’hui à l’exemple de la Grèce à l’époque antique hier, à se responsabiliser et ouvrir les yeux sur la scène des crimes commis par l’État en son nom mais dans son dos.

 

2 avril 2009

 


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