Champ-contrechamp

 

Dans le douzième et dernier épisode de la saison 5 de la série Entourage (2008) produite par l'acteur Mark Wahlberg, on y voit son double fictionnel, Vincent Chase, incarner Nick Carraway, le narrateur de The Great Gastby (1925) de Francis Scott Fitzgerald, dans une adaptation fictive mise en scène par Martin Scorsese dans son propre rôle. Peut-on dire que cette adaptation scorsesienne est devenue réalité avec le cinquième long-métrage du réalisateur australien Baz Luhrmann ?

 

 

Des nains et des géants, des montagnes et des abysses, des délirants et des fous, des aveugles et des voyants, des déserts et des forêts, des animaux et des dieux, du sublime et du pathétique, des montres de pouvoir et d'impuissance et d'incalculables puissances en conséquence de leur impouvoir, des films du nord et du sud et des films de l'est et de l'ouest, des documentaires et des fictions et des films courts et des films longs : à l'occasion de la grande rétrospective organisée par le cinéma Grand-Action durant les mois de décembre 2014 et janvier 2015 et consacrée aux films de Werner Herzog, c'est toute une carte de cinéma qui trouve à se déployer et qui, pas après pas et film après film, trace héroïquement un chemin pour y faire exister le monde comme on ne l'avait jamais vu.

 

 

On connaît le fameux énoncé lacanien selon lequel « il n'y a pas de rapport sexuel » (L'Étourdit, 1973). Cette formule énigmatique permet à Jean-Luc Nancy de penser l'excès (sexuel) comme « accès à soi comme différence et à la différence comme telle » en ce qu'il interdit tout arraisonnement ou comptabilité et mesurabilité (in L'« il y a » du rapport sexuel, éd. Galilée, 2001, p. 52). Quant à Alain Badiou, il comprend l'énigme de la formule ainsi : « Il y a la médiation du corps de l'autre, bien entendu, mais en fin de compte, la jouissance sera toujours votre jouissance. Le sexuel ne conjoint pas, il sépare (…) Le réel, c'est que la jouissance vous emporte loin, très loin de l'autre. Le réel est narcissique, le lien est imaginaire. Donc, il n'y a pas de rapport sexuel, conclut Lacan (…) S'il n'y a pas de rapport sexuel dans la sexualité, l'amour est ce qui vient suppléer au manque de rapport sexuel. Lacan ne dit pas du tout que l'amour, c'est le déguisement du rapport sexuel, il dit qu'il n'y a pas de rapport sexuel, que l'amour est ce qui vient à la place de ce non-rapport (…) C'est dans l'amour que le sujet va au-delà de lui-même, au-delà du narcissisme » (in Éloge de l'amour [avec Nicolas Truong], éd. Flammarion-coll. « Café Voltaire », 2009, p. 23-24).

 

 

Un vieux cow-boy de 67 ans vient de sortir un disque, Lost Themes, comme autant de morceaux de musiques spectrales faits à la maison et issus de bandes sonores de films rêvés qui n'auront pourtant pas été réalisés mais qui, s'ils l'avaient été, auraient furieusement ressemblé à ses grands films des années 1980. C'est que John Carpenter demeure le maverick par excellence, le classique ayant déboulé dans une époque ayant hésité entre maniérisme et post-modernisme et dont l'industrie ne semble aujourd'hui plus savoir que faire.

 

 

Lorsque l'on a pris connaissance de l'identité du réalisateur en charge de la réalisation de l'épisode 7 de la saga Star Wars, il s'est dit que le choix de J. J. Abrams était somme toute plutôt logique. Plus précisément, on parlera de bonne nouvelle, tant l'un des créateurs de la série Lost aura su insuffler de l'esprit (celui d'une reprise s'appuyant nécessairement sur le ressouvenir de l'époque des débuts du blockbuster il y a quarante ans) au cœur d'une industrie du divertissement hollywoodien de plus en plus contractée sur quelques rares filons et des automatismes réflexes, sans rien céder à un désir de cinéphile entretenu en étroite relation avec d'authentiques plaisirs de spectateur.

 

 

Et si l'on se décidait à passer en revue les quelques séries étasuniennes découvertes l'année écoulée ou bien rattrapées sur le tard ? Qu'y découvrirait-on ou reconnaîtrait-on alors, en termes de programmation audiovisuelle et d'imaginaire social, de propositions figuratives comme de modalités narratives susceptibles de sonder un profond désir de fiction collective afin d'en déplier les linéaments ou de les redéployer autrement.

 

 

Le retour du personnage de Luke Skywalker était bien ce que tous les fans, de la première à la dernière heure, attendaient avec une impatience piquée d'angoisse en découvrant enfin le tant attendu Star Wars : Episode VII – The Force Awakens en 2014.

 

 

Deux contes de fée qui partagent un bel accent portugais et une écriture à quatre mains encadreraient idéalement l'année 2018, mais c'est pour mieux diviser l'esthétique carnavalesque de la postmodernité. Pour le pire où le bain moussant du pastiche liquide les intentions politiques dans le filet d'eau tiède du kitsch, pour le meilleur où le mélange des genres sait réfléchir au caractère monstrueux de la forclusion d'une créolité fondatrice. Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt est ce champ cultivant l'inconséquence de l'exubérance kitsch dont le contrechamp davantage conséquent et critique aura pour nous été plus tôt donné dans l'année avec Les Bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra.

 

 

Les deux premiers long-métrages de Jordan Peele le montrent avec des résultats inégaux mais toujours intéressants : le cinéma d'épouvante hollywoodien des années 1970 et 1980 offre les formes contemporaines en capacité de sonder les cauchemars contemporains d'une Amérique malade du refoulement de la conflictualité sociale, pour peu seulement que le noircissement de ses figures en révèle la symptomatique « blanchité ».

 

 

Il y a le droit qui organise et formalise une certaine idée de la justice indexée sur une autorité souveraine et il y a une justice sans droit, indécidable, incalculable au point d'excéder dans la folie de sa décision la norme du droit lui-même.

 

 

L'apothéose était à grand renfort publicitaire promise pour Avengers : Endgame, suite directe et second volet de Avengers : Infinity War (2018), 22ème film de l'Univers Cinématographique Marvel (MCU) ouvert avec le premier volet des aventures de Iron Man (2008) et dixième opus de la phase III entamée avec Captain America : Civil War (2016).

 

 

Des guerres colombiennes - guerre civile, cartels de la drogue - et des films pour en témoigner en montrant que, à l'écart des clichés ou à rebrousse-poil des stéréotypes, les déchirures ont aussi leurs fantômes et leurs mythes, leurs images ancrées : l'inégal Les Oiseaux de passage des colombiens Ciro Guerra et Cristina Gallego sur le versant croisé du film de genre et de l'ethnographie, et le fantastique Los Silencios de la brésilienne Beatriz Seigner du côté de l'inscription documentaire débouchant sur le réalisme magique.

 

 

À chaque fois, Ari Aster reconnaît donc dans la mystique païenne accompagnant de vieilles formes communautaires la métaphore romantique d'un art de la représentation comme processus élitaire, électif et distinctif, qui sanctionne les mauvais pour célébrer les meilleurs, avec leur couronnement comme ce moment extatique et décisif où la consécration avère son caractère aristocratique. Le nouveau roi de l'horreur est nu et la nudité dévoile un roitelet réactionnaire qui, parce qu'il a lu Georges Bataille et Friedrich Nietzsche, se croit fallacieusement anarchiste couronné.

 

 

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