La main sanglante des pigeons du fascisme a encore frappé

La fin de "La Comédie de Dieu" (1995) de Joao Cesar Monteiro

"Alors que toute morale aristocratique naît d'un oui triomphant adressé à soi-même, de prime abord la morale des esclaves dit non à un ''dehors'', à un ''autre'', à un ''différent-de-soi-même'', et ce non est son acte créateur" (Friedrich Nietzsche, La Généalogie de la morale, éd. Gallimard-coll. "folio essais", 1971, p. 35). Mais créateur de quoi ? La fin de notre époque confondue avec le début d'une autre ? La morale aristocratique appartient dans le film au personnage de Jean de Dieu, dandy anar et libidineux, organisateur de ses fantasmes intimes comme autant de mises en scène extimes, de passages à l'acte mystérieux dont le secret consiste en ce qu'ils substituent à la pulsion le sublime. Cette morale aura été aussi celle de son interprète, le cinéaste Joao Cesar Monteiro, n'ayant jamais cédé sur son désir de faire des plaisirs les supports d'un souci éthique de soi opposable à tout arraisonnement fasciste, de Sade revu par Pier Paolo Pasolini à Salazar corrigé par le réalisateur portugais. Cette morale reste toujours la nôtre dès lors que l'émancipation au nom de la suite du monde dans les idées de la liberté, de l'égalité et de l'hospitalité persiste à être un grand oui à la vie. Évidemment entamée avec les vies arrachées et blessées - des déchirures en corps et encore -, ce oui à la grande santé persévère à entretenir cet horizon commun que ne saperont jamais les pigeons du fascisme mondial, deux fois esclaves car deux fois malades, victimes des totalitarismes et marchand et religieux, réciproquement mimétiques et fanatiques.


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