mar.

01

oct.

2019

Newsletter n°60

Rentrée des classes dans le lard de la lutte des classes dont la rengaine se rappelle à vous même quand vous n'y pensez pas, en dépit de tous vos dénis. Par exemple on nous dit sauvons, sauvons la retraite par répartition avec la réforme du système à points. On entend derrière l'antienne du sauvetage le pillage continué de la part socialisée du salaire qui reconnaît dans le retraité un salarié émancipé, rémunéré pour les valeurs d'usage qu'il invente et les valeurs économiques et non marchandes qu'il crée – non pas un pauvre vieux qui a droit à notre solidarité mais un travailleur libre, libéré des servitudes capitalistes de l'emploi. Le communisme a failli, vive le communisme de la sécurité sociale, le déjà-là de la cotisation avérant les puissances d'auto-émancipation du salariat. De même que le cinéma a failli et que vivent les œuvres et les films qui ne cèdent pas sur notre désir illimité d'émancipation auquel rend grâce la 60ème lettre d'information Des Nouvelles du Front (site, blog et facebook).

 

La rubrique Des Nouvelles du Front cinématographique propose de diviser Jeanne d'Arc par elle-même. Jeanne contre Jeanne, c'est une dispute qui ne cesse pas en effet et dont Bruno Dumont reconduit dans son cinéma les éclats à la fois conjonctifs et disjonctifs, après les discrépances à demi-convaincantes de Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc. La synthèse figurative des Jeanne politiquement opposées, y compris pour Charles Péguy, est une réconciliation fautive qui cède place désormais à la lutte éternelle de la foi (du cœur) contre la religion (de pierre) qui, toujours, fait la guerre à l'exception. Un penchant avéré pour une monumentalité contradictoire n'écrase cependant pas tout à fait le secret d'un art qui, dans les yeux et dans les oreilles, a la sensibilité de considérer ses spectateurs comme les intimes dépositaires d'une croyance dont l'enfance se refuse aux bouches obscènes des juges.

 

Celle des autres textes de cinéma est quant à elle dédiée à un cinéaste comme un menhir. Jean-Marie Straub ne nomme pas seulement avec Jean-Luc Godard l'un des plus grands artisans de la modernité au cinéma. Avec Danièle Huillet jusqu'en 2006, dans la blessure de son absence depuis, la persévérance dans la croyance que la forme naît du rapport contradictoire de la matière avec l'idée est un acte de résistance nécessaire pour aujourd'hui. Straub algérien ? Straub algérien ! Parce que son cinéma dédié aux peuples qui manquent à leur place a pour l'un de ses actes fondateurs le refus en 1958 de faire la guerre en Algérie. Le temps est venu désormais de vérifier sur le terrain qu'il y a des gestes de soulèvement qui sont contemporains. Le point d'exclamation straubien est comme une montagne qui a été éclairée à la lumière chaleureuse de la bougie kabyle, à l'occasion des 17èmes Rencontres Cinématographiques de Béjaïa du 21 au 26 septembre prochains. Que la cinéphilie en vaut la peine quand ses plaques tectoniques permettent au menhir de Gobianne de se rapprocher de Yemma Gouraya.

 

Notre rubrique Champ-contrechamp examine les deux saisons un et deux de Mindhunter, cette série de Joe Penhall et David Fincher produite et diffusée par Netflix qui ne raconte pas seulement comment deux agents du FBI aidés par une chercheuse universitaire spécialisée en psychologie conjuguent leurs efforts pour aider la police locale à résoudre des crimes sexuels sordides. Elle est également affaire d'archéologie du savoir en étant dédiée à la création d'une fonction scientifique dont la nouveauté conceptuelle exige qu'elle soit à la hauteur de l'impensable qu'il s'agira de penser. Une grande réussite télévisuelle, digne du meilleur cinéma hollywoodien que Hollywood produit cependant de moins en moins, notamment parce qu'elle a l'intelligence pour condition (on voit à l'image cette chose rare de voir une intelligence en train de se constituer) et l'horreur pour fond sans fond (c'est le paradoxe d'une intelligence dont l'exercice a pour matière non seulement les passages à l'acte mais aussi les fantasmes qui en constituent le fondement, et qui elle-même n'est pas prémunie des vertiges fantasmatiques).

 

Des nouvelles du front social et du reste est en deuil. Apprendre incidemment, comme ça, la mort impossible des amis que l'on ne connaît pas – ô David Berman, ô Daniel Johnston – c'est mourir un peu avec eux. C'est revivre aussi à l'écoute des increvables chansons qui ont sauvé nos vies des plus grands périls de l'oubli quand il se confond en réécritures abusives. Nous n'avons pas vécu en vain, c'est certain, des chansons gardiennes de nos mélodies les plus secrètes en attestent avec une fragilité consubstantielle. On ne (se) le répétera alors jamais assez, les fœtus que nous étions et que nous sommes encore doivent tout aux amis que nous n'avons pas connu, aux amis disparus qui, toujours déjà, auront été les fidèles revenant de nos existences - nos compagnons les plus intimes, ces jumeaux originaires, nos doubles placentaires.

 

C'est pourquoi notre 60ème sélection musicale, avec ses filles des airs (Shelley Duvall et Liz Frazer) et ses femmes de feu (Nina Hagen et Eleanor Friedberger) et puis Nora Orlandi entre les deux, se place sous la tutelle d'un couple de génies jumeaux et amicaux, David Berman et Daniel Johnston.

 

Enfin, nous vous proposons grâce à nos ami-e-s belges de la revue en ligne Le Rayon Vert :

 

- Derrière le masque numérique et plâtreux du clown éructant de Ça, relifté avec un opportunisme commercial et une promotion de la résilience souvent pathétiques, se rappelle à nous un peu quand même comme une mémoire pharmacologique de l'enfance et elle appartient aux combats épiques livrés par les enfants que des adultes auront été, contre l'obstination des monstres surgis du trou noir d'un ordre parental aux clowneries diaboliques.

 

- Grevé par un dandysme moignon, Liberté d'Albert Serra égrène pour sa part ce qu'il reste de transgression à une époque du capitalisme tardif où celle-là n’a plus cours, sinon dans les manières consensuelles et festives de sa simulation.

 

- River of Grass est un film lo-fi qui ruisselle de poésie urbaine comme un album pop et dissonant de Pavement ou Silver Jews (ou bien encore de Sammy, surgeon du premier groupe dont le « Evergladed » illumine le générique-fin). C'est un film discret, allusif et impressionniste, carré (le format 1,37) et tangentiel (la voix-off parallèle à côté de la route sinueuse du récit). Un film de jeunesse qui rappelle celle des premiers films de Jane Campion et Jim Jarmusch, où le désert qui a longtemps crû – et il croît encore – se repeuple cependant, fertilisé par une croyance persévérante dans les hasards du dehors et de la rencontre.

 

- Au couchant du vieil Hollywood pour lequel Douglas Sirk célèbre une grandiose oraison avec Mirage de la vie, se lève un nouveau soleil, l’or des subalternes qui, le temps est venu désormais, passeront enfin de l’autre côté du contrechamp. Glorieusement.

ven.

30

août

2019

Newsletter n°59

mar.

30

juil.

2019

Newsletter n°58

Juillet bientôt out avant août et son burn-out, été d'ores et déjà cramé. L'été n'est plus depuis longtemps la saison des grandes vacances et des aventures de l'enfance, c'est désormais la saison que nous passons en enfer, dans l'enfer entropique de l'anthropocène, des banquises fondues dans la banqueroute du CETA, des fêtes de la musique où la police républicaine noie et se noie. L'été trahi c'est la nuit à son zénith, la nuit à midi à laquelle on voudrait opposer le cinéma comme la caverne où notre part d'ombre s'y protège de la rage solaire. Et la 58ème lettre d'information Des Nouvelles du Front (site, blog et facebook) d'en relayer les anfractuosités où se cacher et les cavités où se lover.

 

 

La rubrique Des Nouvelles du Front cinématographique propose un diptyque dédié au printemps qui revient et dont le retour aura consoné avec la quarantième édition du Cinéma du Réel. Paysages de guerre et déserts, fantômes et refuges à l'autre bout du monde sont parmi les principales lignes de front d'un cinéma contemporain qui a la préoccupation des fictions du réel et l'état des lieux aura eu d'inégales intensités. On retiendra le garage de Bewegung Eines Naher Bergs de Sebastian Brameshuber, le "white building" en cours de destruction de Last Night I Saw You Smiling Kavich Neang, l'amour vache dans l'hôtel social de Diz a ela que me viu chorar de Maira Bühler, les flashs cosmiques et lysergiques de Altiplano de Malena Szlam, la maison familiale inaccessible de La strada per le montagne de Micol Roubini et la cité à l'architecture urbaine, glorieuse et ruinée de Learning from Buffalo de Rima Yamazaki. Sans oublier l'incorruptible communisme des petites gens de Madame Baurès de Mehdi Benallal.

 

 

A cheval entre deux rubriques, Autres textes de cinéma et La séquence du spectateur, cela va à Charlie Chaplin, l'ange nécessaire qui a su tracer depuis le burlesque le plus court chemin entre le comique et le tragique. Avec l'invention figurative du vagabond universel, la grâce des petits pas est une aile qui bat avec celle du génie des grands écarts. Charlot nomme pour nous le jumeau originaire et placentaire qui accompagne les boiteries de notre enfance en les mouillant de nos larmes les plus mélangées, douleurs incurables et éclats de rires. Il suffit de revoir à ce titre l'inusable Kid Auto Races at Venice (1914) de Henry Lehrman, deuxième film où joue Charlie Chaplin mais le premier à avoir été distribué et où il campe son personnage de "tramp", qui pousse la mise en abyme de telle sorte que le trublion projette à l'horizon d'un art qui alors se cherche le comportement le plus répandu à l'ère médiatique actuelle, celui de se faire reconnaître en s'imposant dans l'image contre ceux qui la font et s'en croient les maîtres.

 

 

L'enfance qui s'entretient du deuil de l'enfant disparu et que nous ne sommes plus a d'autres boiteries transversales à nos rubriques, qui rebondissent tantôt avec la quête des jouets animés de Toy Story 4 (2019) de Josh Cooley du côté des Autres textes de cinéma, tantôt du côté des bons plans avec celle du petit garçon de Koker dans Où est la maison de mon ami ? (1987) d'Abbas Kiarostami. Avec la nouvelle production intelligente du studio Pixar, les jouets s'imposent comme les dieux lares d'une domesticité saturée de démons à la fois archaïques et technologiques, aussi comme les gardiens d'un désir d'émancipation et d'utopie, ce trésor dont l'enfance est un ressouvenir. Avec le film qui a révélé au monde occidental le génie kiarostamien, l'enfance se déploie dans l'un des plus beaux poèmes de l'amitié qui soit, faisant de l'ami celui à l'appel intime de qui l'on répond originairement, l'ami qui demande sans le dire de traverser les montagnes pour conquérir cette liberté dont le secret partagé est une petite fleur de paradis déposée entre les feuilles du cahier d'écolier comme dans l'intervalle des photogrammes.

 

 

Si l'été demeure malgré tout encore le temps qui respire l'enfance, c'est en vertu des amples inspirations des acteurs de Marcel Pagnol à l'occasion de sa grande trilogie marseillaise, Raimu et Fernand Charpin, Pierre Fresnay et Orane Demazis, dont les poumons accueillent la cité phocéenne dedans et dehors, Marseille inspirée dans le théâtre filmé à Joinville et Marseille expirée à l'air libre et marin du Vieux-Port et de la Canebière. L'impureté y est alors maximale, qui réinvente conjointement théâtre et cinéma de part et d'autre de la bande-son. Et d'une partie de cartes qui fend le cœur dans une autre séquence du spectateur, dont la répétition prend acte du temps passé comme un cœur fendu en effet, l'impureté délivrant à la fin le joyau intensément moderne d'un peu de temps à l'état pur.

 

 

Quant à notre 58ème sélection musicale, son panache entretient autrement la pure passion de l'impureté, avec le lamento dédié aux frères jumeaux de Howard Shore et le déhanché disco de STRFKR, avec l'ode rock à Chewbacca par Supernova et la juvénilité techno et gémellaire des morceaux d'un teenage-movie d'horreur brésilien.

 

 

En guise de second supplément estival, nous vous proposons deux épiphanies soigneusement accueillies par nos ami-e-s belges de la revue en ligne Le Rayon Vert :

 

- Yves de Benoît Forgeard, où le frigo connecté est l'objet technique et démonique avec lequel se volatilise l'inspiration musicale au profit de l'extension croisée des arts ménagers et du calcul algorithmique, le vieux rêve de l'autonomie gardé au congélo tandis que dehors l'air est conditionné au règne de la muzak et du gimmick ;

 

- Les Trois lumières de Fritz Lang, où l'imagier démiurgique lassé comme la Mort de la compulsion de répétition des dramatiques servitudes humaines invente la machine de projection d'où pourrait surgir, via l'intervalle des clichés orientalistes transcendés, le désir de préférer substituer un destin contre tout abandon à la fatalité.

ven.

28

juin

2019

Newsletter n°57

 

Bonjour à toutes et à tous,

On aurait bien voulu péter les plombs, à la place la canicule les fait fondre en une chape recouvrant nos cerveaux. L'anthropocène a des coups de chaud qui seraient comme des coups de chapeaux s'il n'y avait pas le cinéma pour nous retenir de partir à vau-l'eau. Et la 57ème lettre d'information Des Nouvelles du Front (site, blog et facebook) de valoir comme un bulletin météo.

Dans notre rubrique Des Nouvelles du Front cinématographique nous vous proposons avec trois films de repenser la radicalité à sa racine en problématisant dans la foulée le thème actuellement consensuel de la radicalisation. Le Jeune Ahmed des belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, L'Adieu à la nuit du français André Téchiné et Mon cher enfant du tunisien Mohamed Ben Attia s'y sont inégalement attelés (le troisième film est le plus réussi, les autres sont diversement ratés et le ratage demeure toujours problématique) et cette inégalité est justement ce qu'il faudra montrer pour penser comment le cinéma d'auteur, saisi par l'urgence des opinions sur la radicalisation, peine cependant quand il n'échoue pas à penser son propre défaut de radicalité.

Dans cette même catégorie, s'est imposé le second long-métrage du cinéaste tunisien Ala Eddine Slim dont les sortilèges désormais se nomment Tlamess. Dans ce nouveau film conçu comme une allégorie, autrement dit un monument en ruines, la forêt est la mère – la « Magna Mater », la « materia » – et son bois est la matière dont sont faits ses enfants qu'à la fin donc nous sommes. Et tous, à l'enseigne du mystérieux S., nous nous révélons comme des adoptés, ne revenant à nos parents que dans la forêt de nos ruines antiques et sous la condition mythologique d’une abolition des droits du sang qui sont d’illégitimes droits de propriété.

Dans notre catégorie Autres textes de cinéma, Abou Leila de Amin Sidi-Boumédiène trace la ligne droite, désertique et labyrinthique de la quête vengeresse d’un terroriste révélant le vide chimérique lové dans son nom, comme un serpent enroulé dans le ventre d’une cavité rocheuse. La violence a une viralité contaminatrice et le désert qui en est la source mythique peut être aussi l’espace privilégié pour se décharger de son fardeau et en disperser la fureur aux quatre vents. Algérie 1994-2019 : un premier long-métrage algérien a cette ambition de lion de témoigner qu'enfin, la guerre est finie, et il est beau que la clôture de toute une époque soit l'affaire d'un cinéma intempestivement raccord avec le peuple qui revient à lui après nous avoir tant manqué.

Une proposition issue « des bons plans » est consacrée à l'insolite rencontre de trois plans tirés de deux films et d’une série télé : Nostalghia d'Andreï Tarkovski, Lost – Les Disparus de Jeffrey Lieber, J. J. Abrams et Damon Lindelof et puis Iron Horse de John Ford. Paradoxalement mobiles et immobiles, à la fois inaugurales et terminales, les images sont affaires de deuil et de seuil pour qui les franchit en faisant du passage un battement de paupières, comme ce dont il faut qu'elles témoignent dans l'égard de leurs passagers. On voudrait ainsi essayer de dire que pareilles images ont du chien, précisément en ceci qu'elles sont décisivement fidèles à l'exigence de soin et d'attention qu'elles doivent autant aux personnages qu'elles gardent qu'aux spectateurs qui les regardent.

La séquence du spectateur est consacrée à une fille qui n’a pas peur du feu : Bulle Ogier dans La Salamandre de Alain Tanner. Pour le cinéaste suisse, la femme est toujours une salamandre, froide d’apparence mais seulement à dessein de traverser les brasiers sans y laisser cramer sa peau. La créature est alors étrangement clignotante, elle sourit de la folie environnante et sa folie propre fait peur. La fée gardienne du trésor d’hétérodoxie et de sorcellerie de Mai 68 émeut en même temps que bouleverse la sorcière que le consumérisme s'efforcera à bientôt immoler. La salamandre Rosemonde est non seulement une fille de feu comme on en voyait alors chez Jacques Rivette, elle est également la sœur de sang de la Wonder-Woman de Saint-Ouen.

Des Nouvelles du Front social et du reste se dédie à rendre compte au dernier ouvrage en date de Frédéric Lordon, La Condition anarchique. Pour le philosophe spinoziste et économiste hétérodoxe, anarchie ne nomme pas une politique qui devrait à proprement parler se dire plutôt comme « acratie », soit la visée politique d'un monde commun organisée sans domination. L'anarchie ressaisie depuis son fondement étymologique (arkhè nomme le principe premier, le fondement, l'origine) soutiendrait plutôt ici le concept d'une « axiologie critique », autrement dit une théorie de la valeur dans une société qui, rigoureusement parlant, ne tient fondamentalement à rien.

Dans notre 57ème sélection musicale, le chant mélancolique de Cheb Hasni tend la main à une déclamation poétique de Patti Smith inspirée par Allen Ginsberg, tandis que l’ambiance planante de YnflX permet de déployer un espace intersidéral suffisamment vaste pour y faire résonner les paroles révolutionnaires de Gil Scott-Heron et le joyeux délire verbal d'Adriano Celentano.

En guise de supplément estival, nous vous proposons trois bulles florales écloses dans le jardin cultivé par nos ami-e-s belges de la revue en ligne Le Rayon Vert :

- Sibyl de Justine Triet où l’hystérie en guise de plus petit commun dénominateur alimente une machine pénible d'immaturation et de déception liquidant tristement l'héritage héroïque de la modernité ;

- Parasite de Bong Joon Ho où la lutte des classes est une guerre des places entre ceux qui en manquent, entre levée de la viande comme une farce et tombée des masques avec grâce ;

- Le Daim de Quentin Dupieux où un chasseur chassant avec sa veste en daim plutôt qu'avec un chien peut tourner en rond comme un pneu en rôdant autour du degré zéro du cinéma logé dans la pupille dilatée du regard de l'autre.

 

mar.

28

mai

2019

Newsletter n°56

Le crépuscule de mai n'est pas un rideau bleu si épais pour être aveugle aux amorces de juin comme des mèches aurorales, dédiées à une autre Europe accueillante à l'idée toujours neuve du bonheur des peuples et entre les peuples. Mais l'Europe est aujourd'hui une bulle d'insulation autistique soufflée dans le brasier à double foyer des religions mimétiques du marché et des identités et, parmi d'autres formes de vie menacées, il y a le cinéma qui cependant donne encore à respirer et dont l'art insuffle la vie à la 56ème lettre d'information Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook).

 

1) Jean-Claude Brisseau aura été un géant aux pieds d'argiles. Le cuir lacéré des serres d'Éros, Atlas a eu le dos voûté mais constellé aussi des étoiles de son histoire du cinéma continuée à la maison, avec un pied dans l'enfance que le savoir peut soigner et un autre dans la connaissance des puissances natives qui nous dépassent, en équilibre sur la corde raide de l'imaginaire radical coupant comme le couteau sanglant d'Apollon. La mélancolie consiste à faire le deuil de notre génie perdu et celui-ci aura été un titan vaincu, le gardien puissant de notre impuissance, le géant blessé qui a tutoyé les anges tout en étant bousculé par ses démons, noirs et blancs comme les films parfaits et imparfaits (La Croisée des cheminsLa Fille de nulle partQue le diable nous emporte). Tels l'avers et le revers des ailes dont les battements redonnent le souffle pour mieux le couper.

 

Jean-Claude Brisseau, que le diable vous emporte et nous vous suivons de près.

 

2) En temps de guerre qui sont des guerres de visibilité, les images sont nécessaires, comme des contre-feux à la plus grande dévastation dont l'Orient est le site indiquant la désorientation symptomatique d'un ordre mondial « occidenté ». La guerre est moins civile qu'in-civile, comme l'état d'exception où l'incivilité est la règle oblige alors à faire du cinéma le lieu hors-lieu d'une dignité retrouvée, la zone d'hospitalité pour une civilité restaurée, en Irak où la "caméra-réalité" est appareillée au geste d'une archéologie du présent (Homeland : Irak année zéro d'Abbas Fahdel) comme en Syrie où les images de guerre sont le trésor d'un apprentissage pareil à un métier de vivre (Still Recording de Saeed al Batal et Ghiath Ayoub).

 

3) En champ-contrechamp, d'autres guerres nord- et sud- américaines engagent à reformuler pour mieux les distinguer la variété des deuils qui leur sont associés : il y a la guerre économique des titans de la pop-culture dont les superproductions hyper-capitalisées s'ouvrent quelquefois à la réelle mais intermittente hantise des questions ô combien primordiales de la décision, du deuil et de la disparition (c'est le diptyque Avengers : Infinity War / Endgame de Joe et Anthony Russo) et il y a les guerres colombiennes départageant la tradition coutumière locale comme noyau mythique de l'histoire sanglante des cartels (Les Oiseaux de passage de Ciro Guerra et Cristina Gallego) de la situation des morts non moins désireux du deuil comme survivances de la guerre in-civile que les vivants qui en sont les survivants (Los Silencios de Beatriz Seigner).

 

 

4) Notre 56ème programmation musicale mensuelle s'enflamme et pollinise tous azimuts, dans le ton folk-rock et primesautier des sœurs Wilson comme dans la ritournelle synthé d'un bon vieux Korg Minilogue que suivent de près les feulements électro du danois Trentemøller, mais encore dans le coton intergalactique de Low Roar et dans la voix comme un nectar des dieux de l'italienne Mina.

 

5) Le rhizome des mèches allumées par Des Nouvelles du Front prolifère également sur d'autres plans de consistance à l'exemple de la revue de cinéma belge Le Rayon vert dont la culture de la cinéphilie et de l'amitié fait hospitalité à cinq nouveaux textes :

Que le diable nous emporte de Jean-Claude Brisseau, donc, où le vieux maître du logis se replie une ultime fois dans la caverne aux images tiraillées entre bricolages amateurs, fantasmes incorrigibles et un rire final en ponctuation indécidable ;

Le Bateau phare de Jerzy Skolimowski où l'exil maritime du capitaine est un secret conradien sauvé des captures obscures du narcissisme puéril et de la parodie pour être donné en héritage au fils sur le seuil d'entrer dans l'âge d'homme ;

Monrovia, Indiana de Frederick Wiseman où l'Americana revisitée à l'heure de la présidence Trump est une pastorale de tristesse auquel n'échappe pas le documentariste lui-même, avec ses mornes tableaux-paysages peuplés de fossoyeurs dont l'évangile apocalyptique est un consumérisme écologiquement insoutenable mais non négociable jusqu'à la mort ;

_ et puis Patricia Mazuy le temps d'un « terre-à-terre » ou un galop sur place en deux temps, d'une part avec Sport de filles où, à hue et à dia de la fiction et du documentaire, le cheval est la bête privilégiée d'une reconquête souveraine de soi contre sa propre bêtise, d'autre part avec Paul Sanchez est revenu ! où le fait divers est un chaudron rempli d'une soupe écumante de ressentiment dont les divers marmitons s'accordent à la faire bouillir pour faire diversion sur le fond de leurs auto-intoxications et leurs raisons déraisonnables de péter un plomb.

mar.

30

avril

2019

Newsletter n°55

En avril on n'a pas cessé d'être en vrille, en mai on fera malgré tout ce qu'il nous plait et, dans l'intervalle bondissant des temps printaniers, mois algérien-soudanais qui seront on le voudrait yéménite-syrien, mois des ronds-points comme des soleils plutôt que des champs de mort élyséens, qu'éclose et s'épanouisse la fleur de notre 55ème lettre d'information de notre site Des Nouvelles du Front (site, blog et facebook).

 

 

1) Des nouvelles du front cinématographique polliniseront selon deux axes de ventilation. D'un côté, Agnès Varda destituée de son statut consensuel d'icône culturelle y sera rappelée comme l'un des noms de la modernité cinématographique dont les promesses de création esthétique et d'invention politique sont encore ce qu'il faut tenir pour aujourd'hui, tout son cinéma retraversé le long de la ligne de faille où ses paysages comme des plages enfouissent sous le sable du temps la mémoire des vaincus et des chers disparus comme un ossuaire.

 

 

De l'autre, Beyrouth insiste encore et toujours en taillant plus d'une route comme autant de veines dans le relief de nos cartes - route perdue où poussent les roses de la modernité et de la révolution sur la croix d'un présent révolu avec le revenant Christian Ghazi et route retrouvée de plusieurs cinémas pratiqués durant la guerre in-civile grâce à l'hospitalité de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts.

 

 

Le grain du temps ensable nos espoirs, il peut être aussi ce pollen dont les molécules d'or arrachent à la nuit polaire et crépusculaire la relève de l'aurore, comme des pignons de pin luisant au fond des yeux pailletés de l'immortel Zgougou.

 

 

2) Une nouvelle séquence du spectateur appartient à l'immense Soleil Ô de Med Hondo, soulèvement de joie et hurlement de terreur à la fois, carnaval primitif qui rappelle le consensus républicain à l'ordre de ses archaïsmes et ses borborygmes mais pour ne pas s'en suffire, loin s'en faut, parce qu'au début les descendants d'esclaves regardent le spectateur droit dans les yeux, et parce qu'à la fin le doubleur tant célébré fait retentir le cri de guerre des nègres retrouvant du plus profond de leur être le marronnage de leurs ancêtres esclavagisés afin de se rendre imperceptible dans les forêts nouvelles de la post-colonie.

 

 

3) Avec notre rubrique Champ-contrechamp, la loi s'examinera dans l'écart de ses contradictions et de ses violences, précisément selon le hiatus de la justice infiniment hétérogène à la finitude formelle du droit - à Singapour où l'exécuteur de la peine de mort de Apprentice est relégitimé dans l'équilibre obscur de la jouissance et de l'éthique, à Mumbai où le tribunal de Court - En instance est une scène parmi d'autres où se recomposent les expressions de la décomposition de la loi.

 

 

4) Notre 55ème programmation musicale mensuelle diagonalise les antiques polarités en conjoignant le classique au moderne, la cavalcade des quatre pianos de Bach et les angoisses nervurées de Sofia Gubaidulina, la nuit glaciale zébrée d'éclairs de Schönberg et les insularités tourbillonnantes de Rachmaninov, pour clore provisoirement dans la grâce contrapuntique de Peggy Lee.

 

 

5) Des Nouvelles du Front offre également son timbre depuis d'autres toiles de résonance comme la revue de cinéma belge Le Rayon vert accueillant en toute amitié et hospitalité trois nouveaux textes :

 

_ Avec Synonymes de Nadav Lapid où la détestation du pays natal et sa langue coloniale n'est pas moins fantasmatique que l'adoration mimétique du pays d'adoption et sa culture impériale, le dépays est au fond le pays d'aucune carte et le seul qui compte pour qui n'a pas d'autre héritage que la tradition du paria d'ici et de là-bas.

 

_ Avec Ragtime, Milos Forman matelasse la grande forme du récit choral explorant la modernité étasunienne à l'aube du 20ème siècle d'une écume grumeleuse de détails et digressions, symptômes et inflexions, affections et pulsions dont la diversité organique appartient contre tout académisme à l'actualité intempestive et intraitable, explosive, des inégalités sociales, sexuelles et raciales.

 

_ Avec "Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares" de Radu Jude, l'histoire roumaine de l'antisémitisme est une affaire de refoulement autant politique qu'esthétique quand le spectacle qui est en train de se monter pour en attester est ce défouloir idéologique échouant à prendre acte qu'il y a des ruptures esthétiques avec lesquelles la représentation elle-même ne peut plus négocier.

ven.

29

mars

2019

Newsletter n°54

Au printemps, jaunes sont les soleils au point que l'héliotropisme invite les regards à se tourner autour des ronds-points français, dans les places soudanaises et les rues algériennes, là où la dignité populaire continue de brûler à distance des calcinations et des consomptions, dont les tournesols magnétisent d'or notre 54ème lettre d'information de notre site Des Nouvelles du Front, dédiée à Agnès Varda, fleur de soleil (siteblog et facebook).

 

 

1) Avec notre rubrique Des nouvelles du front cinématographique, le champ des tournesols accueille la présence spectrale d'une rose de révolution. Avec Warda - Une rose ouverte de Ghassan Salhab, Rosa fusillée par la social-démocratie naissant dans son sang et aujourd'hui agonisante est une fleur fauchée dont les pétales s'envolent des (non)lieux de mémoire berlinois jusque dans le creux de la vallée libanaise de la Bekaa, dans le poème étoilé de son absence et du oui à la vie qui lui survit, dans le sourire où Rosa devient la Mona de son jardinier endeuillé.

 

 

2) Avec notre rubrique Autres textes de cinéma, les contre-feux du cinéma qu'il faut nourrissent les révoltes logiques, qui se disséminent entre l'écrit et l'écran, entre le Sénégal et le Gabon, entre Le Caire et Paris, entre l'autrefois et le maintenant.

 

_ Avec Rencontrer mon père d'Alassane Diago, un Télémaque peul parti en guerre contre Ulysse démissionnaire comprend qu'il a tout à gagner à apaiser le Minotaure grondant de ressentiment dans le labyrinthe de son cœur ;

 

_ Avec Amal de Mohamed Siam, le roman d'apprentissage d'une mutante est le récit diagonal des mutations d'une société égyptienne, tiraillée entre la jeunesse révolutionnaire de ses soulèvements populaires et les arrêts imposés par la réaction islamiste et l'armée ;

 

_ Avec Les Révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kebadian, les archives de Mai 68 constituent un polygone étoilé fichant le feu aux commémorations en faisant dérailler les funérailles, dont les fantômes rappellent au bon souvenir du désir de construire la fête de l'avenir retrouvé ;

 

_ Avec le veilleur Jean-Louis Comolli, en deux nouveaux temps écrits comme un pas de deux dans la pensée, le cinéma se réfléchit comme un art revenant, sans compter, dans la liberté révolutionnaire de monter-démonter-remonter les rouages du temps horloger et dans l'excès de toute comptabilité et calculabilité.

 

 

3) Dans notre rubrique Champ-contrechampJordan Peele est le réalisateur hollywoodien qui s'impose dans une industrie à l'imaginaire rabougri, dont les résultats inégaux mais toujours intéressants renouvellent à nouveaux frais la puissance critique et allégorique du cinéma d'épouvante des années 1970-1980, pour peu seulement que le "noircissement" de ses figures en révèle la symptomatique « blanchité ».

 

 

4) A l'occasion de notre 54ème programmation musicale mensuelle, la saison est mélangée, avec d'un côté l'hiver du requiem de Fauré et de Schubert, et de l'autre l'été pop de Carte Contact jusqu'aux chaleurs caniculaires des machines tribales de Cristobal Tapia De Veer et des hurlements à la lune d'Iggy Pop. Deux titans nous auront aussi abandonné dans un deuil au nom redoublé, Mark Hollis et Scott Walker, ayant osé s'aliéner les premières ferveurs du commerce afin de porter la musique populaire dans des hauteurs raréfiées et insoupçonnées.

 

 

5) Des Nouvelles du Front fait entendre aussi sa voix sur d'autres plans tympaniques, dans l'amicale hospitalité offerte par la revue-refuge de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille un nouveau texte :

 

_ Avec Grâce à Dieu de François Ozon, les urgences du dossier de société écrasent beaucoup d'espace au cinéma, en laissant cependant un peu de place pour un essai de dialectisation du déni, divisé entre le consensus s'imposant aux victimes des prêtres pédophiles et le pacte cinématographique qui en tente d'en témoigner.

mer.

27

févr.

2019

Newsletter n°53

Février s'emmêle les pinceaux et ne sait plus où donner de la tête, le mois d'hiver alterne le chaud et le froid comme il y a des affections joyeuses pour les sujets de la révolte sociale et des passions tristes que partagent tous les racistes et ceux qui veulent tirer des profits bassement politiciens de la lutte contre l'antisémitisme, soit autant de contradictions qui remuent le voile des images et dont prend acte notre 53ème lettre d'information de notre site Des Nouvelles du Front (site, blog et facebook).

 

1) Notre section Des nouvelles du front cinématographique revient une nouvelle fois sur la 33ème édition du festival Entrevue de Belfort. Pour ce second temps moment riche d'autant de temps forts, d'autres présences, des fantômes et des vivants bien vivants, seront venues à notre rencontre sous le regard austère d'un vieux lion de pierre, Isao Takahata et Sébastien Laudenbach, Patricia Mazuy et Friedrich Murnau, Edgar Ulmer et Hong Sang-soo...

 

Il sera également question d'un chef-d’œuvre revenu enfin d'entre les limbes, l'immense Tahia ya Didou ! de Mohamed Zinet, un film-foudre du cinéma algérien signé d'un artiste libre qui dit oui comme l'enfant de Zarathoustra, une comète électrisée d'insolentes bifurcations comme des zébrures d'enfance dont le peuple algérien aurait besoin à l'heure où le gâtisme d'État y exhalerait ses ultimes râles sous la flambée populaire.

 

2) Notre rubrique Autres textes de cinéma sera l'occasion de deux leçons d'économie générale cependant bien différenciées selon leur résultat :

 

_ Avec le long-métrage L'Économie du couple (2016) du réalisateur belge Joachim Lafosse, la scène de ménage caractéristique du cinéma moderne est revue à la baisse dans le rabatttement problématique de l'économie patriarcale sur la question des rapports entre capital et travail, et l'économie générale de se voir alors restreinte par le petit bout d'une calculette seulement intéressée en l'administration procédurière des bons et mauvais points.

 

_ Avec le court-métrage Fooska (2007) du réalisateur tunisien Samy Elhaj, le petit théâtre de la salle de classe durant un examen accueille au contraire un récit mené tambour battant comme un récit policier, qui interroge non seulement la diversité des trucages glissés sous le tapis de l'enceinte scolaire en allégorie de la corruption de l'ère Ben Ali, mais plus généralement le processus sauvage de dissémination des fausses copies comme de la fausse monnaie inaugurée par l'antisèche pour finir par porter atteinte à l'univocité des paroles autorisées, du chef d'établissement à l'enseignement du coran.

 

3) Dans notre série Des nouvelles du front social et du reste, il sera temps de dire enfin la vérité - de la dire conceptuellement avec l'aide d'Alain Badiou qui propose, au terme de son entreprise philosophique intitulée L'Être et l'événement, un concept rénové de vérité qui préfère à la traditionnelle question de l'adéquation d'un fait et de son énoncé l'idée d'un processus dont la construction entre autres exige un événement fondateur et le sujet qui s'y inventera fidèlement en en articulant toutes les conséquences. Et c'est ainsi que vivre en vérité, autrement dit sous le signe de son idée, consiste en la vraie vie des sujets qui le sont sous les conditions respectives de la science et de l'amour, de l'art et de la politique.

 

4) Notre 53ème programmation musicale mensuelle sera celle où la lune de Fairouz a rendez-vous dans la gare de Kraftwerk avec un Cantique des cantiques d'aujourd'hui, et tout cela peut-être résonnant jusque dans les inflexions respectivement pop et folk de Real Estate et Alela Diane.

 

5) Des Nouvelles du Front se joue également sur d'autres fronts, dans l'amicale hospitalité offerte par la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui ouvre ses portes à deux nouvelles propositions :

 

_ La Mule (2018) de Clint Eastwood, ce chef-d'œuvre de modestie qui délivre pour son auteur la fleur d'un secret dont la Loi s'écrit moins qu'elle se cultive dans une vieillesse assumée comme le temps où l'on prend enfin tout son temps pour ne plus jamais rentrer à la maison ;

 

_ Le Château de Cagliostro (1979) de Hayao Miyazaki, où l'horlogerie interne du cinéaste qui se met en place au moment de son passage au long-métrage articule déjà machinisme, syncrétisme et ambivalence démiurgique, son génie déjà avéré mais jusque dans les arcanes du château où souffle le vent chaud de l'Histoire en son double fond démonique.

 

6) Un autre front amical a aussi été ouvert par nos ami-e-s de L'Autre quotidien, qui relaie aujourd'hui une histoire vécue, "La Machine antisémite" (2012), pour rappeler au "désaveu fétichiste" affligeant tout discours antisémite, mais aussi aux confusions idéologiques auxquelles participent les antisémites et certains de leurs ennemis qui, au fond, se retrouvent bien pour discréditer toute politique désireuse de libérer le peuple palestinien du joug du colonialisme israélien.

mar.

29

janv.

2019

Newsletter n°52

2019 s'ouvre avec les vieux qui ont de moins en moins l'apparence du neuf, c'est janvier dont les froidures sont des blessures aux mains comme à l'œil, c'est le jaune qui s'engorge de rouge, soit autant de mauvais feux auxquels opposer les contrefeux rayonnant de vert de la 52ème lettre d'information de notre site Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook).

 

1) Notre rubrique Des nouvelles du front cinématographique propose de revenir en deux temps à la 33ème édition du festival Entrevue de Belfort. Pour ce premier moment, on raconte avoir croisé sous le regard austère d'un vieux lion de pierre de vieilles connaissances ou de nouveaux venus, Jean-Luc Godard et Jacques Nolot, Marie-Claude Treilhou et Alain Guiraudie, Ivan Dixon et Lizzie Borden...

 

2) Notre section Autres textes de cinéma s'étoile en quatre branches comme une rose des vents :

 

_ A l'est avec Asako I & II, Ryûsuke Hamaguchi subtilise l'esprit d'une jeune femme en deuil d'un amour de jeunesse qui rencontre un homme qui lui ressemble traits afin d'expérimenter subtilement la différence héroïque de l'amour et du désir.

 

_ A l'ouest avec Un violent désir de bonheur, Clément Schneider montre la marche de la Révolution française en la filmant à la marge, s'essayant à ouvrir une piste pour substituer à une représentation didactique d’un grand récit national une esthétique du fait révolutionnaire, sensible aux changements quasi-imperceptibles du paysage subjectif.

 

_ Au sud avec The Last of Us d'Ala Eddine Slim, c'est un quatrième essai consacré au film dédié avec le témoignage impossible de qui ne peut témoigner à tous ceux qui brûlons et écumons, qui sans fin désirons dans le désir immortel de l'exception.

 

_ Au nord avec An Elephant Sitting Still de Hu Bo, ce premier long-métrage où toute une jeunesse chinoise se consumer dans le monument de son testament, un barrissement finit par ouvrir un espace d’avenir aux figures du bannissement trouvant une issue aux tromperies du pachyderme de l'État, moins par le cul que par la trompe.

 

3) Comme à chaque début d'année, un portrait cinématographique est tiré, fragmentaire et électif, jamais synthétique. Que dire des films de 2018 ? Une année ne tient qu'au vert rayonnement de ses onze ou douze événements.

 

4) Notre 52ème programmation musicale mensuelle met la gomme avec les montages électroniques de Kraftwerk, Bronski Beat, et Broadcast, avec le blues finlandais de 22-Pistepirkko, avec la mélancolie d'Étienne Daho.

 

5) Des Nouvelles du Front se joue également sur d'autres fronts, dans les relais amicaux de la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille quatre nouveaux textes.

 

_ Épiphanies 2018 : Tentative de ne pas faire un Top Annuel : c’est avec l'apparition de Jean-Luc Godard que nous aurons entendu malgré le bruyant cancan cannois qu’il faille persévérer à être les contemporains de Mai.

 

_ Suspiria de Luca Guadagnino : entre deux forçages d'un auteurisme ostentatoire, la Mère des soupirs n’est plus la mère qui donne, avec la vie, la mort à ses filles, elle n’est pas davantage la mère qui offre son utérus aux exigences natalistes et idéologiques de son époque comme cela a été le cas avec le nazisme. Elle est désormais la chorégraphe qui permet aux danseuses de respirer autrement en faisant de leur art un moyen sublime de défier la mort.

 

_ Glass de M. Night Shyamalan : avec ce retour en grâce, le recours à la mythologie des comics, tout à la fois fantasmatique et performatif, pharmacologique et délirant, constituant et destituant, se comprendrait ainsi comme l’arme des faibles, des dépossédés de tout pouvoir symbolique, à l’exception du pouvoir de se persuader jusqu’à l’auto-intoxication et ainsi de devenir ce qu’ils croient être en faisant ce qu’ils disent qu’ils vont faire.

 

_ Donbass de Sergueï Loznitsa : Rien de moins enthousiasmant qu’un cinéaste qui, sincèrement saisi par les urgences de l’actualité politique, cède pourtant le pas sur le cinéma au nom de raisons circonstanciées dont la volonté démonstrative les ramène du champ ouvert de la politique à celui, plus chargé, de l’idéologie.

dim.

30

déc.

2018

Newsletter n° 51

2018 agonise, qu'on en finisse et que vienne alors 2019, non pas dans un boum mais dans un murmure - celui que souffle la 51ème lettre d'information du site Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook).

 

1) C'est une nouvelle constellation dédiée à la série The Leftovers. Avec tout d'abord, dans notre section Des nouvelles du front cinématographique, la dernière partie des fragments du livre Penser l'événement avec la série The Leftovers consacrée à la saison 3.

 

Ensuite, un généreux entretien initié par nos ami-e-s du site du Rayon Vert. Occasion nous a alors été accordée de développer plusieurs pistes en revenant sur des moments forts de la série afin d'insister sur ce qui arrive, ce qui reste et ce qui vient.

 

C'est enfin une vidéo consacrée à la présentation du livre proposant une autre possibilité d'affirmer que si The Leftovers constitue l'une des plus grandes séries de notre temps, c'est parce qu'elle est l'événement s'offrant à ceux qui restent en résistant à la disparition, ceux qui font du temps qui reste l'avenir partagé d'une croyance dans le monde, son ouverture et son hospitalité retrouvées, dont l'amour est la condition privilégiée.

 

2) Dans notre section Autres textes de cinéma, nous vous proposons deux travaux. Le premier, Samouni Road de Stefano Savona, revient sur ce qu’ont vécu les Samouni ces jours de janvier 2009 et qui reste irréparable. Il y a pourtant dans le film un souci de la réparation malgré tout, qui ne guérit certes aucune blessure mais promet cependant avec la poursuite du monde que la justice demeure une requête interminable, valable pour tout le monde en concernant n’importe qui, n’importe où.

 

Le deuxième texte porte sur le travail du cinéaste Jilani Saadi, sacré profanateur du cinéma tunisien tendance diogénique, moins cynique que kunique, avec ses films fauchés mais non moins riches en foutreries sardoniques, saillies salaces et autres bizarreries baroques bricolées à la GoPro.

3) Champ contre champ examine les divisions du postmoderne avec deux contes de fée qui, certes, partagent un bel accent portugais et une écriture à quatre mains, mais qui n'en divergent pas moins : Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt est ce champ cultivant l'inconséquence de l'exubérance kitsch, dont le contrechamp davantage conséquent sur le plan critique aura pour nous été plus tôt donné dans l'année avec Les Bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra.

 

4) Des Nouvelles du front social et du reste recommande la lecture de Dépersonnalisations au cinéma de Virginie Foloppe. Avec la dialectisation du concept de dépersonnalisation proposée, l’écoulement de sang devient l’expression poétique des images ressaisies dans une dimension membraneuse et féminine. Ce qui s’épanche dans l’écriture se déploie comme un battement palpébral porté sur ces hymens paradoxaux que sont les images de cinéma, ouvertes et fermées sur les secrets qui garantissent leur intensité.

5) Avec notre 51ème programmation musicale mensuelle on entendra enfin la tristesse de Superman non moins triste que celle de Schubert, et puis des rugosités féminines et féministes, qui chauffent les tympans, tapent sur les doigts et ne manquent pas de chien.

 

On conclura la cinquante et unième avec un bonus et une annonce :
 
1) Des Nouvelles du Front se joue aussi sur d'autres fronts, dans les amicaux relais de la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille un nouveau texte consacré à Leto (2018) de Kirill Serebrennikov, où le rock de quelques francs-tireurs de Leningrad au début des années 80 se vit à la fois comme jeunesse réfractaire, discipline individuelle et pratique d'émancipation collective.

 

2) Avec notre prochaine lettre d'information, il sera bien temps de revenir sur les grandes commotions cinématographiques de l'année passée.

ven.

30

nov.

2018

Newsletter n°50

La cinquantième ! On ne l'aurait jamais cru, on ne l'aura jamais programmé. Avec la cinquantième lettre d'information du site Des Nouvelles du Front (siteblog et facebook), il est temps de marquer ce qui ne cesse pas de persévérer ici, dans l'appareillage d'une petite machine d'écriture fourbissant ses armes à l'épreuve constituante des images du réel et du réel des images, là où les conjonctions de l'esthétique et de la politique accueillent au-delà toute attente l'incommensurable événement faisant disjoncter la mesure policière des rapports imposés.

 

1) Des nouvelles du front cinématographique propose de revenir à nouveau à la série The Leftovers, avec la publication sous la forme de fragments des bonnes feuilles issues de notre ouvrage consacré à la série de Tom Perrotta et Damon Lindelof, intitulé Humanité restante. Penser l'événement avec la série The Leftovers et publié en septembre dernier aux éditions de L'Harmattan. Avec la deuxième saison, saison intervallaire s'il en est, on verra qu'au Texas se rejoue la scène préhistorique de la proximité critique entre Axis Mundi et Anus Mundi, avec un faille sismique en guise d'ombilic, avec le cordon d'un pont qui relie la cité se croyant intouchée par l'événement à sa ban-lieue qui se presse à ses frontières comme celles d'une forteresse, avec la descente dans le souterrain d'un homme qui doit pénétrer le labyrinthe de ses entrailles pour y affronter ses démons, avec l'intérieur caverneux des oreilles appartenant aux parents qui se refusent à entendre qu'il y a pour les enfants des manières de rompre le cordon qui valent comme des déchirements intérieurs ou des tremblements de terre.

 

2) 1918-2018 : le tracteur des rituels républicains laboure le champ des commémorations subordonnant l'histoire de la Première Guerre mondiale à l'idéologie de l'agenda gouvernemental. Sur le versant dialectique d'un contrechamp radicalement critique, on trouvera des images comme des fleurs rares poussées çà et là sur la terre grosse des cadavres ensevelis aussi par l'archive militaire. Ces images constituent le cœur blessé de grands films documentaires dont les montages avèrent que la guerre de position s'est prolongée dans la tranchée des images, le mal d'archive ouvert à l'avenir intempestif des regards de fait partagé par L'Héroïque cinématographe (2002) d'Agnès de Sacy et Laurent Véray et Premier Noël dans les tranchées (2005) de Michaël Gaumnitz. L'occasion aura été donnée aussi de réfléchir à la manière dont s'est imposée dans l'histoire du cinéma la figure de style du travelling avant et arrière afin de relayer la sensibilité du soldat dans la tranchée, jusqu'à entrer dans ce no man's land où la perspective filmique déployée par le champ de la caméra bute sur la longue vue des viseurs du fusil.

 

3) On voudrait avec la disparition de Bernardo Bertolucci repenser à son œuvre boiteuse et contrariée, partie si fort au milieu des années 1960 pour se perdre malgré quelques éclats dès les années 1970 dans une manière de renoncement à laquelle n'échappe pas la légende dorée du Dernier tango à Paris, en insistant en particulier sur son ultime et beau film, Moi et toi (2013), comme un second film au fond où la jeunesse de l'ex-enfant terrible aura enfin été retrouvée comme ce renfrognement au principe d'un retrait qui est moins une retraite qu'une soustraction décisive face aux dévastations politiques que nomment Berlusconi hier et Salvini aujourd'hui.

 

4) Et puis une lecture roborative offerte avec le nouveau livre de Marc Scialom, Pourquoi ? Conte avec mort inopinée de son auteur, qui continue d'envisager la littérature comme un atelier de déconstruction des autorités et des identités nécessaire à creuser des galeries ouvrant notamment sur un pan ignoré de l'enfer du Jardin des délices de Jérôme Bosch, cette blessure qu'indiquent un nom et une date (Bizerte, 1961) et dont l'écoulement incessant fonde la non moins incessante relève d'une crypte et de l'écriture cryptique allant avec.

 

5) Notre 50ème programmation musicale mensuelle ose quelques entrechats en glissant entre les pattes de la mélancolie tintinnabulante et cinéphile de Jean Bart et du hip-hop cocaïné de Grandmaster Flash, de l'humeur océanique de Max Richter et de la pop faussement nostalgique des Buggles, jusqu'à finir par tomber sur ce diable de Jackie Wilson et sa sorcellerie de matou R'n'B.

On conclura la cinquantième avec un double bonus :

 

1) Des Nouvelles du Front se joue aussi sur d'autres fronts, dans les amicaux relais de la revue de cinéma belge Le Rayon vert qui accueille un nouveau texte consacré désormais à Inherent Vice (2014) de Paul Thomas Anderson et de L'Autre Quotidien qui édite notre texte consacré à Bernardo Bertolucci.

 

2) C'est également la sortie de notre ouvrage chez L'Harmattan, intitulé Humanité restante et consacré à The Leftovers (cf. les deux pièces jointes). La série de Tom Perrotta et Damon Lindelof s'y comprendra notamment comme allégorie de l'événement qui en constitue le vide inaugural, pour que l'événement soit pensé comme ce qui s'excepte de la rivalité mimétique des incrédules blasés et des crédules abusés, comme ce qui refonde la croyance en notre monde dont l'amour est une condition nécessaire pour l'existence de ceux qui restent.

lun.

29

oct.

2018

Newsletter n°49

Bonjour à toutes et à tous,

 

Le froid veut plus tôt que prévu nous faire la peau, le fascisme aussi qui vient de tailler une peau de serpent à nos ami-e-s brésilien-ne-s. Plus que jamais, il nous faut des armes pour agir contre les réactions qui nous désarment. Que l'on se donne alors des forces et toutes les bonnes ressources seront disponibles, sur le front social comme sur celui du cinéma. Toutes choses dont voudrait une nouvelle fois témoigner la lettre d'information du site Des Nouvelles du Front, 49ème du nom (siteblog et facebook).

 

1) Des nouvelles du front cinématographique propose pour ce mois-ci et les deux suivants de revenir sur la série télévisée The Leftovers, en publiant sous la forme de fragments les bonnes feuilles issues de notre ouvrage consacré à la série de Tom Perrotta et Damon Lindelof, Humanité restante. Penser l'événement avec la série The Leftovers, publié le mois dernier aux éditions de L'Harmattan. En considérant la série saison après saison et épisode par épisode, et en commençant logiquement avec la première saison, on voudrait ainsi rendre hommage à l'une des œuvres de télévision parmi les plus passionnantes et émouvantes de ces dernières années. L'une des plus contemporaines aussi, en ce sens qu'elle aura été puissamment sensible à la pensée de notre contemporanéité catastrophée.

 

2) D'autres textes de cinéma trouve à s'articuler en trois moments différenciés : selon les contradictions d'une épopée révolutionnaire qui l'est si peu dans les formes mêmes de sa représentation (Un peuple et son roi de Pierre Schoeller) ; selon les inépuisables images de rêves d'une Ophélie d'aujourd'hui qui est la plus belle dormeuse de toute l'histoire de la télévision et dont il ne faudrait surtout pas troubler le sommeil d'or sous peine de réveiller de terribles brasiers (Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch, saisons 1 & 2) ; selon, enfin, qu'une permanence d'accès aux soins de santé d'un hôpital neuf-troisien soit un site d'hospitalité ouvert à la dialectique de ce qui passe comme de ce qui ne passe pas par-dessus le filet des inégalités sociales (La Permanence d'Alice Diop).

 

3) Notre rubrique des bons plans tentera également de rappeler, contre l'actuelle politique hollywoodienne d'épuisement catastrophique des filons, les réelles qualités du premier Predator réalisé par John McTiernan il y a tout juste trente ans. Commençant sous les plus horribles hospices (l'action-movie reaganien), le film a la beauté de s'aventurer dans la jungle tropicale d'un renversement swiftien de positions, obligeant le parangon musclé de l'américanisme conquérant à préférer le devenir-minoritaire pour se rendre imperceptible à la traque bestiale d'un chasseur plus raciste et impérialiste que lui. Et Arnold Schwarzenegger alors jamais plus touchant qu'à se faire oublier en se fondant dans le milieu environnant, à l'enseigne du nègre marron, du soldat vietnamien ou du guérillero sud-américain.

 

4) Notre 49ème programmation musicale mensuelle ne craindra pas la mobilité, allant à un bord vers les radicales dissonances pendereckiennes en hommage aux disparus de Hiroshima et à un autre vers les arrangements martiens et sautillants du jumeau de Richard D. James, qui s'en va sur un axe rejoindre la tristesse infinie de Riz Ortolani et sur un autre tend vers la mélancolie eastwoodienne des derniers feux du western, avant que le dub ne fasse de la résistance ouvrière contre le racisme policier en clashant du côté de Brixton.

 

Enfin, la joie non feinte de deux suppléments d'actualité :

 

1) On continue d'alimenter un nouveau front ouvert grâce à l'amitié belge et cinéphile de la revue de cinéma Le Rayon vert., avec trois nouveaux textes respectivement consacrés aux Frères Sisters de Jacques Audiard (où l'utopie de la camaraderie masculine finit brûlée par le rappel à l'ordre de la pulsion virile), Amin de Philippe Faucon (où l'utopie amoureuse indifférente aux inégalités raciales se dissipe dans le rappel à l'ordre des obligations sociales à ne pas changer de place) et The House that Jack Built de Lars von Trier (où le démiurge n'aimant rien tant que contrarier la tâche du spectateur se contrarie lui-même dans l'épuisant rappel à l'ordre consistant à vérifier en actes sa infernale puissance créatrice, jusqu'à la parodie).

 

2) On revient un mois après sur la sortie de notre ouvrage chez L'Harmattan, intitulé Humanité restante et consacré à The Leftovers (cf. les deux pièces jointes). La série de Tom Perrotta et Damon Lindelof y sera notamment envisagée dans la pensée de l'événement qu'à lui-même il est et qu'il représente pour nous, pensable dans l'écart décisif d'une parallaxe, à la fois comme sens (l'événement dont les restes se distribuent en touches sensibles) et comme vérité (l'événement dont le vide inaugural est une invitation à préférer aux comblements dramatiques des trous le point d'une fidélité conséquente et persévérante à rester au bord du trou).

dim.

30

sept.

2018

Newsletter n°48

La rentrée est chargée, la force des choses qui est l'affaire du désir aura décidé de ne pas chômer. On ne s'en plaindra pas, il faut travailler et le plus librement, c'est-à-dire à distance des charges aliénantes du travail subordonné. C'est ainsi que se fourbissent les Nouvelles du Front cinématographique, dont nous vous proposons aujourd'hui la 48ème lettre d'information (site, blog et facebook).

 

Des nouvelles du front cinématographique rend public le septième et ultime épisode de notre conversation épique avec Sylvie Pierre Ulmann. C'est une joie et c'est une tristesse, nous aurions tant voulu poursuivre avec elle le feuilleton d'une cinéphilie habitée. Ici qui égratigne le cinéma de grand-papa (Carné-Prévert et Gérard Philipe), là qui raconte à l'inverse des petits-enfants aimer rester au générique des films de la saga Star Wars, plus loin encore qui reconnaît du talent dans l'écriture comique du Sens de la fête. Mais le terme s'est imposé avec une grâce infinie, qui tient en un constat (le cinéma auquel il aura été tant demandé aura beaucoup donné), un postulat (c'est celui qui aime le film qui a raison), et la réserve d'une ponctuation finale qui touche le cœur.

 

Que Sylvie Pierre Ulmann à qui l'on dédie la présente newsletter soit infiniment remerciée pour l'extrême qualité de ces quelques passes échangées au-dessus du filet en toile d'internet.

 

Dans notre catégorie portant sur d'autres textes de cinéma, nous voudrions déjà commencer par pointer les limites du BlacKkKlansman de Spike Lee dont l'une d'entre elles, et non la moindre, consiste à faire du travail policier le meilleur véhicule supposé à l'antiracisme à l'heure où, autrement plus fidèle à la pensée de Stokely Carmichael, Black Lives Matter combat le racisme institutionnel caractérisant la police aux États-Unis.

 

Nous voudrions également rendre grâce aux Rencontres Cinématographiques de Béjaïa dont la seizième édition aura permis la confrontation de films ambitieux mais inégaux (Occidental et son allégorie fumeuse sur les gaz toxiques de la paranoïa identitaire contemporaine, Pastorales électriques et sa vision au long court d'un Maroc berbérophone abritant une nouvelle défaite d'Atlas terrassée par le démon de l'électricité). Avec l'interdiction du film de clôture (le fragile Fragments de rêves, frémissant entre stratigraphie des combats passés et échographie des luttes à venir), la censure administre une nouvelle preuve d'un gâtisme d'État qui rend l'avenir incertain, mais sûr déjà ceci : Le cinéma se fait à l'électricité, son désir s'éclaire à la bougie.

 

Avec notre rubrique des bons plans, nous voudrions saluer Marceline Loridan-Ivens qui, alors qu'elle s'appelait encore Marceline Loridan, un jour dans Paris marcha au pas d'une parole inouïe dont l'événement demeure le dehors d'une nuit tombant en plein cœur de la Chronique d'un été de Jean Rouch et Edgar Morin.

 

La force des choses caractérise encore notre programmation musicale mensuelle, qui se partage entre voix féminines et folk, cannibales et zombies. Elle se dédouble également en raison d'une blessure qui a pour nom Rachid Taha, l'un des plus grands chanteurs rock français, égal d'Alain Bashung et Christophe, incarnation d'une arabbia dont la rage au ventre aura fait de la France un pays désirable dans la seule mesure où il ne ressemble pas à lui-même, désirable seulement comme dépays.

 

Et puis, le grand bonheur de deux bonus circonstanciés :

 

1) Un nouveau front ouvert grâce à l'alliance cinéphile nouée avec les amis belges de la revue de cinéma Le Rayon vert, qui se déploie entre les coin-coins du carnaval national et la merde noire et intergalactique du fétichisme de l'identique.

 

2) La sortie de notre ouvrage chez L'Harmattan, intitulé Humanité restante et consacré à The Leftovers : la série y sera notamment pensée comme allégorie contemporaine offerte à l'événement pensable depuis l'écart d'un double régime, comme sens (l'événement dont le réel fuit en tout sens parce qu'il est l'insensé) et comme vérité (l'événement dont le réel oblige à en construire subjectivement les conséquences éthiques).

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

mar.

28

août

2018

Newsletter n°47

Méditerranée dit aujourd'hui la mare nostrum profanée, le cimetière marin ceignant une forteresse européenne dont la promesse de paix perpétuelle ne cesse d'être liquéfiée par son racisme obsidional. Il y a des vagues qui sont comme des tombeaux. D'autres vagues montent cependant, qui mènent par exemple aux lucioles se rassemblant pour danser autour d'une bougie, ce phare algérien de cinéma auquel on dédie notre 47ème lettre d'information des Nouvelles du Front cinématographique (site, blog et facebook).

 

 

Des nouvelles du front cinématographique trouve ici à se décliner selon deux versants spécifiques. Il s'agira d'une part de proposer le sixième et avant-dernier épisode de notre conversation-feuilleton avec Sylvie Pierre Ulmann dont le poème épique de cinéma et d'amitié se poursuit désormais avec l'évocation de Jean-Claude Biette en parfumeur d'un genre singulier. Ses subtiles distilleries se doublent d'explorations géologiques concernant quelques-unes de ses pierres d'angoisse dont il a extrait de délicats parfums déposés sur le papier de l'exercice critique et les écrans de la pratique cinématographique.

 

 

Il s'agira d'autre part de considérer l'actualité de deux films étasuniens sortis cette année, le blockbuster Ready Player One de Steven Spielberg et l'indépendant Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, au tamis d'une figure inactuel et mythique, le Roi Pêcheur, afin de sonder les terres infertiles ou vaines de la culture pop contemporaine dont les fantasmagories cryptiques mènent, pour le meilleur comme pour le pire, aux cryptes du consumérisme.

 

 

Dans notre catégorie portant sur d'autres textes de cinéma, c'est un chemin de cinéma à travers la jungle qui se fraie, par exemple avec les films d'Élisabeth Perceval et Nicolas Klotz, pour ne pas en sortir mais y constituer au contraire une forêt d'émeraudes comme autant d'images-boucliers, entre le documentaire et la fiction, entre la danse et le chant, restituant contre les forces de la destitution la dignité des figures de notre humanité profanée.

 

 

De part et d'autre de cette rubrique et de celle des bons plans, ce sont deux moments exemplaires de la puissance de Shôhei Imamura dont le cinéma a expérimenté la relève vitaliste du naturalisme. Du côté de la bête humaine et serpentine de La Vengeance est à moi comme du côté de l'héroïne métamorphe de La Femme insecte, il y a une énergie pour raconter la vie de quelques êtres infâmes, l'un dont la bêtise meurtrière contracte un fond pulsionnel exacerbant les convulsions modernisatrices de la société japonaise, l'autre dont la persévérance l'emporte à la fin contre le plomb du déterminisme comme une endurance autorisant la légèreté d'une certaine liberté.

 

 

La séquence du spectateur est dévolue à l'analyse d'un diamant de cinéma, la séquence du massacre de L'Argent de Robert Bresson, cet emblème allégorique de la vérité mortifère du fétiche-argent qui expose l'esprit quintessencié du cinématographe tout en délivrant l'os du fétichisme de la marchandise monétaire, celui des cadavres de ses victimes.

 

 

Pour conclure, notre programmation musicale mensuelle commence légère, pop et primesautière, happy jack et fille-arc-en-ciel, pour s'infléchir en son milieu en rave sud-africaine avant de pénétrer la zone tropicale où d'oubliées chasses à l'enfant auront été au principe dialectique de tant de rébellions à venir, toutes vêtues de noir.

sam.

28

juil.

2018

Newsletter n°46

Que l'été nous assomme, avec sa canicule engraissée des cabotinages élyséens et autres chienneries des favoris d'État. Du vent du vent, parce que l'on étouffe, de l'air avec ces quelques bulles pour respirer et dont l'écume sera brassée, gage de notre persévérance, par notre 46ème lettre d'information des Nouvelles du Front cinématographique (siteblog et facebook).

 

 

En premier lieu, Des nouvelles du front cinématographique propose la cinquième partie de notre épique entretien avec Sylvie Pierre Ulmann, où vient Trafic qui nomme une nouvelle aventure d'amitié et de cinéphilie, ouvrant un nouvel espace de liberté et de pensée critique, et suffisamment généreux pour y accueillir entre autres un chien-totem fordien et un texte rare d'Amadou Hampâté Bâ.

 

 

Dans notre catégorie portant sur d'autres textes de cinémaClaude Lanzmann impose sa monumentale figure mais il s'agira à l'occasion de sa disparition de discuter certaines inflexions de sa trajectoire, où le juste s'y confronte avec l'injuste. Si décisive quand le monument se fait "monumanque" comme avec Shoah rappelant à la présence tous ceux qui manquent, la trajectoire l'est tellement moins quand le souci du témoignage malgré l'indicible rompt avec la tradition égalitaire des opprimés et s'impose dans les formes autoritaires du dogmatisme. Il y avait pourtant des moments favorables aux revirements autocritiques, par exemple dans le passionnant Dernier des injustes (2013) qui, malgré sa lourde charge anti-harendtienne, bat de nouvelles mesures entre les époques et les régimes d'images qui y sont affiliées.

 

 

Dans notre séquence dite des bons plans, trois scansions appartenant à Simone Barbès ou la Vertu (1980) de Marie-Claude Treilhou insistent à faire de l'ouvreuse orientant les spectateurs d'une salle de cinéma porno une figure d'accompagnatrice originelle comme sortie d'une chorégraphie à la Pina Bausch, gardienne solitaire des âmes désorientées dans l'enfer de la modernité et la pornographie qui y est associée.

 

 

La séquence du spectateur revient sur un film de l'été de notre adolescence, Les Dents de la mer (1975) de Steven Spielberg, où le scénario étriqué des amitiés viriles, couturé autour de ce trou noir ouvert par la hantise océanique du féminin, se soutient des "travellings compensés" où l'écrasant triomphe de la surface vaut comme conjuration d'une horreur qui tient forcément à la vérité archaïque de la profondeur.

 

 

Avec notre catégorie "Des nouvelles du front social et du reste", le philosophe Adnen Jdey aidera à saisir la pertinence du concept de scène chez Jacques Rancière et la méthode pour y parvenir est l'objet d'une grande discussion à ses côtés. La scène se comprendra alors comme ce moment privilégié où les logiques hiérarchiques et les partages consensuels se défont dans des actes et des paroles qui imposent un nouveau partage du sensible, en vérification que les affaires esthétiques recoupent toujours celles de la politique.

 

 

Quant à notre programmation musicale mensuelle, le hasard objectif y fera en toute hétérogénéité se côtoyer un chardon de sagesse folk et un gospel de fin du monde, des boucles hypnotiques taïwanaises et un ours polaire paumé en Allemagne.

 

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

sam.

30

juin

2018

Newsletter n°45

Plus que jamais, il nous faut des feux qui brûlent plus longtemps qu'un été, il nous faut des foyers pour incendier la plaine et résister à l'hiver qui dure plus longtemps que les froidures saisonnières : dans les partages de l'amitié en voici quelques-uns composant la fleur de notre 45ème lettre d'information des Nouvelles du Front (siteblog et facebook).

 

 

Tout d'abord, Des nouvelles du front cinématographique propose la quatrième partie de notre feuilleton-conversation avec Sylvie Pierre Ulmann, où il sera désormais question d'un passage cévenol et de la création d'un service de communication audiovisuelle, des persécutions contre les protestants et des persécutions contre les juifs, des mérites comparés hors dogmatisme de Holocauste, Shoah et La Liste de Schindler, où il sera question aussi d'une drôle de bestiole nommée "braudélisme dialectique" permettant de tenir le plan en ses deux bords comme trace du présent et dépôt de la longue durée. Et, après le joyau épique des amitiés brésiliennes, l'évocation diamantine de l'amour d'une vie.

 

 

Il sera ensuite question de Senses de Ryûsuke Hamaguchi, huitième film mais premier long-métrage distribué en France d'un cinéaste japonais remarqué à Locarno il y a trois ans et en compétition officielle cette année à Cannes : la réclame invite à y découvrir la première "série de cinéma", on y aura surtout reconnu un vrai talent cinématographique, entre le premier Antonioni et le dernier Yoshida, à déployer dans la patience des durées le milieu charnel et relationnel d'une amitié féminine ébranlée par l'événement d'une disparition dont les conséquences seront au principe de toutes les remises en question, sexuelles et conjugales.

 

 

S'agissant d'autres textes de cinéma, l'un des plus beaux films vus cette année est le fait d'un inentamable non-réconcilié, Gens du lac de Jean-Marie Straub, qui possède la grandeur d'âme et l'amplitude d'esprit de capter au miroir lémanique des résistances populaires passées l'imprévisible reflet méditerranéen des persévérances présentes. De son côté, Retour à Bollène, premier long-métrage du jeune producteur Saïd Hamich, se distingue sans forçage dans le paysage étriqué de l'actuel cinéma français en tirant d'une variation modeste et toute personnelle du mythe du fils prodigue un principe fort d'estrangement où la mimétique asymétrique des frilosités identitaires des uns et des fragilités communautaires des autres renvoie la France post-républicaine à une forme de provincialisme étonnamment blédard.

 

 

Dans notre séquence dite des bons plansGrizzly Man de Werner Herzog s'impose entre sidération et considération comme un grand site traversé des vents contraires de la bêtise transcendantale et de l'idiotie fondamentale, l'utopie boiteuse de l'ami des ursidés écartelée jusqu'à la dislocation, le puérilisme anthropomorphique de ses postures heureusement contrarié par l'enfance sauvage de ses images de souhait.

 

 

Enfin, notre programmation musicale mensuelle compose un paysage grandement vallonné, et ses verts virant bleu, où les dévastations amoureuses d'Oum Kalthoum rejoignent les douleurs de l'esclavage ruminées par Shabazz The Disciple, tandis que sur un autre versant le style atmosphérique et tintinnabuli d'Arvö Part inspiré par Robert Burns débouchent sur les mélanges techno-orientaux de Joi et de Natacha Atlas présentement possédée par l'esprit de Screamin' Jay Hawkins, dont Shabazz est le disciple.

 

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage

mar.

29

mai

2018

Newsletter n°44

Entre deux douches écossaises, les derniers feux de Mai croient encore en la relance incendiaire de juin et, dans l'intervalle, notre lettre d'information des Nouvelles du Front, 44ème du nom (site, blog et facebook), déploie la carte de quelques-uns des foyers entretenant nos embrasements du moment.

 

 

En premier lieu, Des nouvelles du front cinématographique propose le troisième épisode de notre feuilleton-conversation avec Sylvie Pierre Ulmann à l'occasion décisive de sa traversée du miroir brésilien, où Sergueï Eisenstein se frotte à la culture bahiane et où Glauber Rocha énonce la vérité moins psychologique qu'épique de toute amitié digne de ce nom, pour en ramener un trésor continuant de veiner la vie de celle qui expérimente aussi l'amour du cinéma sur le versant d'une "Internationale chaleureuse et naturelle".

 

 

On voudra ensuite faire écho à quelques nouvelles cannoises parvenues jusqu'à nous et d'inégale intensité, d'une part avec En guerre du duo Brizé-Lindon qui réduit une nouvelle fois la scène collective de la lutte des classes à la moulinette symptomatique d'un aristocratisme distinguant le vedettariat des figurants, d'autre part avec A genoux les gars d'Antoine Desrosières qui, à l'inverse, ouvre les vannes d'une jactance appartenant pleinement à ses acteurs non professionnels à l'occasion d'un marivaudage d'aujourd'hui qui les invite à franchir allégrement le mur des stéréotypes raciaux et sexuels auxquels ils sont généralement assignés.

 

 

Autre actualité, la rétrospective Rainer Werner Fassbinder à la Cinémathèque française qui s'est close le 16 mai se prolonge encore avec la ressortie concomitante de quelques-uns de ses films par Carlotta : notre rubrique "Des bons plans" insistera alors sur ces fixations fassbinderiennes traquant avec l'amour le poison addictif des dépendances qui en trahissent l'increvable croyance, examinées à l'aune de Prenez garde à la sainte putain, Tous les autres s'appellent Ali, Martha et Le Droit du plus fort.

 

 

En toute logique, parler de Rainer Werner Fassbinder aura imposé d'évoquer l'œuvre du romancier Alfred Döblin, l'auteur de Berlin Alexanderplatz dont la lecture fut rédemptrice pour l'adolescent désœuvré qu'alors il était, et qui ne l'aura pas moins été pour tous ceux qui reconnaissent en Franz Biberkopf un frère de malheur ou un double placentaire, celui pour qui les mutilations de l'histoire sont des corrections se doublant aussi d'être des leçons profitables, pour tout le monde et pour personne.

 

 

Notre programmation musicale mensuelle fera la part belle aux réinventions nippones des gnossiennes d'Erik Satie, aux inquiétudes mizoguchiennes de Tôshiro Mayuzumi, aux veillées montagneuses d'un prince amazigh, à quelques danses de Provence revenues de l'enfance comme aux bonbons acidulés venues du Brésil.

 

 

Enfin, la projection cannoise du très attendu Livre d'image de Jean-Luc Godard nous aura autorisé à évoquer à l'occasion d'un entretien publié par le quotidien algérien Reporters comment un nom propre est devenu le nom commun d'une pensée partagée (que son initiateur, Abdelmajid Kaouah, en soit ici vivement remercié).

 

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage

sam.

28

avril

2018

Newsletter n°43

Que les brins de muguet traditionnellement associés au mois de Mai durcissent en prenant la forme de fleurs de pavés : les foyers de luttes ne s'éteignent pas, ils se disséminent mais leur manque encore de quoi faire constellation afin de sortir Mai 68 des figements de l'histoire pour en rappeler la puissance astrale. La fidélité à l'événement consiste notamment à ne pas céder sur les noces du sensible et de la pensée et c'est bien cela qui oriente, à l'instar de celles qui précèdent et qui suivront, notre 43ème lettre d'informations (site, facebook et blog).

 

Dans notre rubrique « Des nouvelles du front cinématographique », il s'agit de vous présenter le deuxième épisode de notre entretien épique avec Sylvie Pierre Ulmann. Nous continuons à ses côtés de filer « le poème épique de l'amitié » qui se soutiendra entre autres de sa participation à l'aventure des Cahiers du Cinéma, notamment lors du virage critique et théorico-politique dans l'après-Mai 68, mais aussi de l'importance décisive du cinéma brésilien incarné en particulier dans l'amitié pour la personne ô combien épique de Glauber Rocha.

 

Nous vous proposons dans la même rubrique de frayer dans l'interzone vastement déployée par L'Héroïque lande, la frontière brûle de Nicolas Klotz et Élisabeth Perceval, où le bidonville de Calais fait fuir dans l'intervalle de ses campements humanitaires et de ses violences policières les rhizomes d'une jungle où s'y marronnent de nouvelles formes-de-vie pour demain, dés aujourd'hui. Au moment du vote du projet de loi scélérate "asile et immigration", il paraît plus que nécessaire de rendre justice aux nouvelles formes de résistances qui s'intriquent décisivement au carrefour des marches des États-nations comme des marges du cinéma (pour information, le film sera projeté samedi 2 juin à 18h au cinéma l'Écran de Saint-Denis, en présence des réalisateurs et d'Olivier Pierre, programmateur des Journées Cinématographiques Dionysiennes).

 

Dans notre rubrique « Autres textes de cinéma », s'est imposé Demons in Paradise de Jude Ratnam, où un premier geste documentaire aura construit sur dix années la possibilité de sortir de la nuit de la guerre civile sri-lankaise en allumant un feu clandestin autour duquel se ressemblent ceux qui, parmi les survivants issus de différents camps, croient encore aux vertus d'une mémoire enfin partagée, moins instituée que constituante.

 

« La séquence du spectateur » est offert en hommage à une actrice parmi les plus importantes du cinéma français, troublante Stéphane Audran, géniale dans la vingtaine de films tournés avec Claude Chabrol, et dont l'exquise diaphanéité, lancée par la Nouvelle Vague et contemporaine de la modernisation de la bourgeoise française, n'aura eu d'égale qu'une science de la retenue quintessenciée, jusqu'à l'abstraction et la folie.

 

La rubrique « Des bons plans » salue aussi la mémoire du cinéaste Milos Forman dont l'œuvre, marquée à vif par la répression soviétique du Printemps de Prague, est peuplée de ces trublions excentriques qui font l'expérience d'une puissance libertaire arrachée pied à pied contre le pouvoir des institutions qui la brident, mais parfois perdue aussi dans les braises d'une jouissance compulsive aussi vitaliste que régressive, qu'il s'agisse différemment de R. P. McMurphy ou W.A. Mozart, Andy Kaufman et Larry Flint.

 

S'agissant encore de notre rubrique intitulée « Des nouvelles du front social et du reste », un texte consacré à la philosophie de Clément Rosset voudrait tout à la fois insister sur l'essentielle distinction creusée entre l'idiotie tragique du réel et la bêtise dramatique des doubles s'efforçant d'en déplacer illusoirement l'impact traumatique, et marquer les limites d'un pessimisme ontologique qui, aussi joyeusement caustique soit-il, peine cependant à se dégager des ornières d'un apolitisme dandy.

 

Pour conclure cette lettre d'informations, nous vous proposons la programmation musicale n°43, maraudant entre le piano électrique et mélancolique des Strokes, la mélopée synthé de New Order, le folk inusable des Red House Painters, la prière soul de Frankie Valli et l'humour anti-colonial des Kominas.

Cette lettre est également l'occasion de vous informer de la projection du film Atlal de Djamel Kerkar programmée au cinéma municipal de Saint Denis, L’Écran, le mardi 15 mai à partir de 20h en présence de la programmatrice Catherine Haller et de Saad Chakali pour une discussion à l'issue de la projection : hâte de vous y retrouver !

 

D'autres évènements seront encore à prévoir pour le passage des mois de mai et juin prochains, avec quelques animaux sauvages, nous vous en dirons bientôt davantage !

 

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

sam.

31

mars

2018

Newsletter n°42

On retient de mars un principe de renaissance plutôt qu'un fond belliqueux. Le 22 de ce mois il y a un demi-siècle de cela s'ouvrait une séquence qu'il ne tient qu'à nous de poursuivre dans la préférence aux commémorations nécessaires les plus grandes nécessités de la persévérance des luttes combinées pour la reconnaissance et l'égalité. Le cinéma est l'un de ces fronts de luttes comme en atteste notre 42ème lettre des Nouvelles du Front cinématographique, social et du reste (site, facebook et blog).

1) D'abord l'immense bonheur et la fierté d'accueillir dans notre rubrique "Des nouvelles du front cinématographique" un entretien au long cours accordé en toute amitié avec Sylvie Pierre Ulmann, figure d'une cinéphilie pour nous fondatrice et membre actuelle du comité de rédaction de l'indispensable revue Trafic (qu'elle soit encore remerciée pour le temps partagé à l'occasion de cette conversation). A l'occasion du premier épisode d'un entretien qui en contiendra sept, il sera entre autres question de la conjonction du militantisme étudiant à l'époque de la Guerre d'Algérie et de la rencontre avec la bande des Cahiers du cinéma, d'une peur d'enfant face à Autant en emporte le vent et d'une remarque admirative de l'ami Jean Narboni devant Le Diabolique docteur Mabuse, d'un premier papier pour les Cahiers en 1966 portant sur Les Sans-Espoir de Miklos Jancso et de l'écriture critique comme art d'aimer (Vaudou de Jacques Tourneur et Les Clowns de Federico Fellini, Le Père Noël a les yeux bleus de Jean Eustache et de Jacques Rivette L'Amour fou).

2) Avec notre rubrique "Autres texte de cinéma", nous vous proposons deux textes consacrés à deux films dont il nous plaît que les circonstances hasardeuses de la distribution aient participé à les ajointer. D'un côté, Wajib, l'invitation au mariage d'Annemarie Jacir fait des préparatifs d'un mariage une comédie si subtile qu'elle témoigne sans forcer de l'antagonisme logé au cœur du peuple palestinien qu'exemplifie le statut d'arabe israélien. De l'autre, Signer de Nurith Aviv persiste et signe en continuant d'expérimenter les effets sensibles de notre condition multilingue en suivant désormais le fil mésestimé des langues signées avérant qu'en Israël pas moins qu'ailleurs s'y joue plus d'une langue.

3) Avec "La séquence du spectateur", s'est imposé l'hommage à une figure importante de la Nouvelle Vague, André S. Labarthe. Avec sa disparition, c'est une histoire française de la cinéphilie, la nôtre encore et toujours, qui continue de s'achever mais dont l'héritage, plus que jamais nécessaire à l'ère du spectaculaire, est une histoire vivante car elle est sans fin, à proprement parler interminable.

4) Nous vous proposons également un nouvel exercice de montage, notre beau souci consacré cette fois-ci à Black Panther, blockbuster signé Marvel qui ne se contente pas simplement de mettre KO le box-office puisqu'il entreprend consciemment d'écraser sous le rouleau compresseur du divertissement mondial la mémoire des vaincus.

5) Notre rubrique "social et du reste" est consacrée à une autre figure disparue, la chanteuse et compositrice Caroline Crawley. Il y a des catastrophes dont le visage ne se fait connaître qu'après coup, en différé : on découvre seulement maintenant qu'en octobre 2016 s'éteignait l'une des deux voix de Shelleyan Orphan, dont les clairières auront longtemps abrité nos douleurs. La mort, toujours, possède sur les vivants son sale petit coup d'avance, en imposant de surcroît sa tristesse à rebours : on le comprend maintenant, l'orpheline de Shelley aura été notre Eurydice.

C'est pourquoi deux playlists vaudront mieux qu'une dans notre rubrique "sélection musicale du moment" :

- la première sera en 24 ponctuations en effet offerte à la voix de Caroline Crawley sertie des arrangements boisés de Shelleyan Orphan ;

- la seconde compose un bouquet varié qui tient d'abord, Martin Scorsese oblige, à conjoindre la "Symphony no.3 (IV. Passacaglia. Allegro Moderato)" de Krzysztof Penderecki avec "T.B. Sheets" de Van Morrison. C'est aussi la ritournelle techno cramée "Mari" de Martin Rev, âme damnée d'Alan Vega avec Suicide, qui bouscule les accords plus solennels de Brahms, avant que ne ramasse la mise la perfection pop de "Slow Emotion Replay" par The The.

Rappelons également aux camarades réalisateur-rice-s et producteur-rice-s qu'il est encore largement temps pour elles et eux d'envoyer (la date limite est fixée au 12 juin prochain) votre film à cette adresse mail suivante : programmationrcb2018@gmail.com. La 16ème édition des Rencontres Cinématographiques de Bejaïa aura lieu du 03 au 07 septembre prochain.

Dernière information et non des moindres : nous sommes heureux-ses d'annoncer le début de notre collaboration avec L'Autre quotidien, revue électronique frottant culture et contre-culture et avec laquelle nous partageons plus d'un front d'intervention (vous y trouverez quelques-uns de nos textes, parmi la multitude composant richement la revue).

mer.

28

févr.

2018

Newsletter n°41

Février est un mois court, qui file à vive allure, qui nous gifle de ses froidures. C'est pourquoi l'on vous propose avec notre 41ème lettre des Nouvelles du Front cinématographique (site, facebook et blog) de ralentir avec une course de fond en plusieurs relais de choix :

1) Avec le premier relais de notre rubrique "Des nouvelles du front cinématographique", la course de fond s'appuie sur un témoin privilégié, Jean-Louis-Comolli, dont la pensée ne cesse pas de passer en travaillant nos pages, et qui est désormais considérée sur le versant de ses prodigues écritures : écrits théoriques et thématiques à partir de trois axes privilégiés (la ville, l'histoire, la politique) ; et, exceptionnellement, écrit frayé dans le champ littéraire et biographique. La suite du monde s'écrit dans la réflexion offerte au cinéma contraire relevé dans sa part minoritaire qu'est son versant documentaire, elle se manifeste désormais aussi avec la parution de Une terrasse en Algérie dans les battements qui serrent le cœur de la mémoire lardée d'un oubli redoublé, dans la perte irrémédiable du pays natal chéri comme dans celle de l'autre aimée.

2) Avec le deuxième relais de notre rubrique "Autres texte de cinéma", on note avec L'Insulte de Ziad Doueiri, candidat sérieux pour l'Oscar du meilleur film étranger, que la réflexologie victimaire parce qu'elle n'a aucune vergogne ne connaît décidément pas de limite, épargnant pour les vainqueurs de reconnaître les vaincus dès lors que triomphent avec la nuit de la victimologie toutes les nuances de gris. Et les héritiers des phalangistes libanais, parce qu'ils ont du trauma à revendre eux aussi, ne le seraient pas moins que les réfugiés palestiniens...

3) Avec notre troisième relais proposé avec "La séquence du spectateur", nous vous invitons à revoir une séquence du grand western de Clint EastwoodUnforgiven - Impitoyable (1992), avec ses cochons de cow-boys et ses héros balafrés qui n'aiment pas moins les femmes que les hommes qui les balafrent, ceci afin de nous rappeler au bon souvenir d'un cinéaste qui n'aura jamais autant dégringolé dans la subordination du cinéma à la propagande avec Le 15h17 pour Paris (deux sous-titres possibles pour le pire opus eastwoodien à ce jour : Pitoyable ou Impardonnable).

4) Le sprint final approche, l'accélération se soutient des "Chinoiseries du moment", petites adjuvants acidulés en diagonale de notre cinéphilie commune, avec deux scènes aimées dans deux films qui le sont par ailleurs si peu.

5) Les bravas offerts à qui atteint la ligne d'arrivée de la course de fond ressemblent fort à notre "sélection musicale du moment", en cinq acclamations :

- Nino Rota et la ritournelle infiniment mélancolique du Casanova de Federico Fellini ;
- Pascal Comelade, héritier de Rota, projetant avec "The Skatalan Logicofobism" l'art de la ritournelle italien dans un fond de folklore d'Europe centrale ;
- Mark Kozelek et Jimmy Lavalle qui réussissent avec "What Happened To My Brother" à faire des nappes électro un folk de notre temps ;
- Mark E. Smith avec The Fall qui trahit toutes les notices nécrologiques en remettant avec "Service" le couvert d'une mauvaise humeur légendaire ;
- Timecop1983 avec "Bright Lights" qui offre les plaisirs nostalgiques d'une bande-son dont le rétroviseur est rivé sur les années 1980.

Enfin, nous vous convions à nous retrouver à la projection parisienne de Atlal de Djamel Kerkar, samedi 10 mars au Reflet Médicis à 20h, qui sera suivie d'une discussion que nous aurons l'honneur et le plaisir d'animer.
Lire la suite

dim.

28

janv.

2018

Newsletter n°40

Ça y est, 2018 s'est imposé au calendrier, à nous alors d'en faire un événement calendaire accordé au postulat égalitaire. On en profitera déjà pour vous souhaiter en ces derniers jours de janvier une heureuse année, avec beaucoup de bonnes nouvelles du front cinématographique et des autres (site, facebook et blog).

a) Notre rubrique "Autres texte de cinéma" est une moisson dévolue à trois cinéastes et deux séries télévisées :

Trois courts-métrages d'Amin Sidi-Boumédiène où il sera posé que travailler, peaufiner et raffiner les rythmes
drone ambient du bourdon algérien consiste à extraire d'une inquiétude circonstanciée un bourdonnement essentiel offert à la voix maternelle de la nation algérienne dont l'amour fusionnel se vit aussi comme une blessure.

Dans le noir
de Sergueï Dvortsevoï où il sera dit qu'un fil qui passe et qu'à deux déroulent un vieux Russe et son chat afin d'en faire des nœuds aura glissé au chas des plans d'un film dont les tramages appellent des tressages jusqu'aux plus sublimes accrocs.

Fais soin de toi
de Mohamed Lakhdar Tati où il sera question de la carte du Tendre de la précieuse Madeleine Scudéry et de "Comizi d'amore" de Pier Paolo Pasolini, de parataxe du côté de Jacques Rancière et de pharmacologie du côté de Bernard Stiegler, sans oublier la voix de baryton d'un bourdon cher à Rosa Luxemburg en prison.

Twin Peaks et The Leftovers où il sera déclaré que vienne la vieillesse et qu'au plus loin elle nous emporte.

b) La
rubrique "Des nouvelles du front social et du reste" accueillera également la recension d'un ouvrage ainsi que le compte-rendu d'une pièce de théâtre :

Le spectateur est celui qu'il faut défendre, constamment disputé qu'il est, incessamment soupçonné de nombreux maux dont celui, coupable, d'une passivité irrécupérable. C'est pourquoi il faut au contraire défendre sa capacité à s'émanciper. En lisant par exemple le nouvel ouvrage de Christian Ruby, 
Devenir spectateur ?, qui s'inscrit dans une réflexion ouverte depuis plusieurs années et offerte à un spectateur affirmatif, pensé comme un sujet dissensuel dans la construction de son champ différentiel et la généalogie de ses archipels.

On a bien aimé aussi dans 
From the Ground to the Cloud, la nouvelle mise en scène théâtrale d'Olivier Coulon-Jablonka à partir d'une enquête documentaire d'Eve Gollac consacrée à la naissance du big data, que le plaisir du jeu soit toujours aussi communicatif. Y compris jusqu'à assumer de frayer en collages et glissements, citations et courts-circuits dans les parages ambivalents d'une implication par la connivence rieuse, cependant toujours compliquée par la distance sérieuse de l'analyse didactique.

c) Comme chaque année, nous vous proposons également notre résumé ciné de l'année écoulée. Dix titres à retenir pour 2017, mais avant toute chose deux séries en leur troisième saison à la fois respective et conclusive,
The Leftovers et Twin Peaks. Pour les vieux fourneaux qu'un jour nous serons, que déjà nous sommes, la morale de 2017 s'impose ainsi en somme : vieillesse, en avant !

d) Pour notre "sélection musicale", la playlist du mois se sera dédoublée en raison de tristes circonstances :

1) c'est une première série où "Love At First Sight" de The Gist côtoie "Craklin' Water" par OP8 et Lisa Germano tout en faisant signe vers "N.I.T.A." de Young Marble Giant, tandis que l'innocence du "Petit clown" du
Roi et l'oiseau de Paul Grimault se voit bousculée par les riffs libidineux de "It's So Easy" de Willy DeVille.

2) et puis c'est une seconde dédiée à Mark E. Smith de The Fall, génie atrabilaire de Manchester dont la verve crachée en jets d'acide par une voix souverainement à côté de la plaque n'aura jamais cédé un poil sur la ligne de front de la lutte des classes.

La guerre contre l'intelligence est loin d'être finie, la colère aussi.

sam.

30

déc.

2017

Newsletter n°39

2017, crépusculaire, en a presque fini ! S'amorce l'aurore de 2018 ! L'année aura été moche politiquement, inégale cinématographiquement (encore qu'il y eut d'extraordinaires surprises télévisuelles comme on en rendra compte le mois prochain lors de notre bilan 2017) et, comme nous sommes sur le seuil d'une nouvelle année, nous l'espérons pour vous riche en promesses de beauté, de justice et d'égalité (site, facebook et blog).

Tout d'abord, notre habituelle rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" rend grâce aux Rencontres du Film Documentaire de Redeyef. Une fois de plus (c'est leur 4ème édition et nous leur espérons d'aussi beaux jours devant eux), nous tenons à remercier nos ami-e-s pour leur invitation à voir des films en leur compagnie. Que ce soit des films récents comme Atlal de Djamel Kerkar ou des films plus anciens comme La Bataille du Chili du cinéaste Patricio Guzman ou Vidéogrammes d'une Révolution de Harun Farocki et Andrei Ujica, qu'il aura été bon d'expérimenter la projection commune de quelques images de la lutte des peuples à l'endroit (le bassin minier de Gafsa) qui fut le chaudron ouvrier de la révolution tunisienne de 2011.

Notre rubrique "Autres texte de cinéma" fait la part belle à un beau court-métrage, Les Profondeurs de Youssef Chebbi qui plonge la figure légendaire du vampire dans une fiction moderne. Henri Langlois disait en effet : Dracula est partout. Et puis il disait aussi : Dracula n'appartient plus à la littérature mais à l'univers tout entier. Le film de Youssef Chebbi prouve que la Tunisie n'y échappe pas.

Dans cette même rubrique, nous avons aussi voulu proposer une recension du nouveau livre de Jean Narboni intitulé Samuel Fuller : Un homme à fables. C'est bien plus qu'un simple jeu de mot. Le witz torpille nos somnolences cinéphiles en nous rappelant à l'essentiel : à la différence de bon nombre de réalisateurs actuels, Samuel Fuller est un cinéaste qui, décédé en octobre 1997 à l'âge de 85 ans (c'était il y a vingt ans, vingt ans déjà, c'est au fond si peu), demeure exactement notre contemporain.

Jamais deux sans trois : nous vous proposons toujours dans cette rubrique, un autre film récent sorti cette année, le prometteur Les Bienheureux de Sofia Djama. La jeune comédienne Lyna Khoudri a remporté le prix de la meilleure actrice dans la section Orrizonti à Venise pour le rôle de Feriel, un nom d'elfe digne de l'univers de Tokien.

Depuis trois ans Noël s'habille dans les habits impérieux de Star Wars. Nous reprenons notre exercice de "ping-porg", autrement dit notre champ-contrechamp à propos des deux derniers volets sortis respectivement l'an dernier (Rogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards) et cette année (Star Wars : The Last Jedi de Rian Johnson), pachydermes lourdement en retrait par rapport au bel effort de J. J. Abrams dans la relance de la saga aux œufs d'or.

Pour notre "sélection musicale, la voix de Antonio Variacoes surgit d'outre-tombe depuis L'Ornithologue de João Pedro Rodrigues (qui était en deuxième position de nos films de 2016), tandis que celle de Mick Jagger accompagne la fureur des héros scorsesiens tandis que le thème de Dirty Harry par Lalo Schifrin fait fondre dans nos oreilles une humeur groovy. Il faudra aussi compter sur les expérimentations de John Frusciante, ancien membre des Red Hot Chili Peppers, ainsi que sur la reprise par Patti Smith du "Pastime Paradise" de Stevie Wonder.

Pour conclure, nous vous donnons des nouvelles de nos différentes publications : tout d'abord nous tenons à remercier Christian Ruby pour sa recension du livre Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal sur le site nonfiction et signaler également la parution du dernier numéro de la revue Éclipses consacrée à M. Night Shyamalan qui compte notre contribution sur le partenariat entre le réalisateur et Jason Blum.

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jeu.

30

nov.

2017

Newsletter n°38

 

Décembre c'est demain et ce sera alors le temps de se dire que Des Nouvelles du Front Cinématographique (site, facebook et blog) aura déjà trois ans. Trois années d'exercices critiques ininterrompus courant sur presque 500 textes, au travail des fronts cinématographique, social et du reste. Trois années riches grâce à vous, dans la sensibilité dont témoignent vos adresses, dans les retours amicaux que vous nous faites et dont les rencontres nouées à diverses occasions. Trois années qui, comme dans la nouvelle éponyme d'Anton Tchekhov, obligent en dépit de la tristesse du temps à devoir continuer.

 

Notre 38ème newsletter glisse ainsi à l'occasion de notre petit anniversaire un bouquet d'infinis remerciements.

 

Notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" se concentrera sur un film longtemps méconnu de Jean-Luc Godard, un téléfilm diffusé une seule et unique fois par TF1 en mai 1986 : Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma, c'est l'histoire éminemment godardienne d'une commande deux fois trahie (l'anthologie "Série noire" de Pierre Grimblat d'après la collection de Marcel Duhamel pour Gallimard). Pour prendre acte de la trahison des pouvoirs publics livrant la première chaîne de télévision à l'avidité des intérêts privés (TF1 sera privatisé en avril 1987). Et pour relever, d'un Jean-Pierre (Léaud) l'autre (Mocky), ce qui reste de cinéma à l'époque de son exécution en règle télévisuel (la série noire est en particulier ici celle des producteurs français tombés au champ d'honneur). Le thrène, brechtien et culotté (ah, la séquence-fleuve des chômeurs récitant à la chaîne des fragments d'une citation de Faulkner), pourra être légitimement considéré comme l'un des prolégomènes aux Histoire(s) du cinéma.

 

 

Notre rubrique "Autres texte de cinéma" voudrait une nouvelle fois insister sur ces jeunes cinéastes qui, dans un pays qui s'appelle l'Algérie, travaillent avec des sensibilités différentes à y inscrire leur désir de cinéma. Deux films, une fiction qui fait l'actualité, En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui, et un documentaire au sujet duquel on a encore envie de revenir et qui fait toujours preuve d'un grand sens du contemporain, Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja, témoignent de ce qui se joue, pour eux et nous, là-bas, du monde et du cinéma. Tandis que le premier film est un road-movie en trois épisodes comme autant de croisées des chemins ou de carrefours des destins reflétant pour son auteur ses propres choix cornéliens, le second film élit une place populaire comme lieu choisi pour y déployer des figures et des paroles repeuplant en puissance l'abîme avéré.

 

"La séquence du spectateur" sera dédiée à un cinéaste dont le centenaire de la naissance a été célébré en octobre dernier : Jean-Pierre Melville. Des morceaux choisis dans sa dernière période, Le Samouraï, L'Armée des ombres, Le Cercle rouge et surtout Un flic scanderont le dédoublement du trouble dans le genre que son œuvre, aussi épurée qu'elle est peuplée de doubles mimétiques, aura déplié : trouble dans la reprise maniériste confinant à l'abstraction des conventions du genre criminel ou policier, trouble dans le virilisme caractérisant notamment le milieu et repérable dans toute une série d'opérations ou de figures poussant l'ambiguïté melvillienne dans d'étonnantes transgressions des rapports de sexe ou de genre.

 

 

Après l'évocation précédente des plus beaux mots d'amour, les "chinoiseries du moment" se décident à accueillir parmi les plus mémorables intensités érotiques dont le cinéma aura été capable. Les élections sont toujours subjectives, qui retiennent ici la moite et intranquille séparation des amants de L'Atalante (1934) de Jean Vigo et, autre configuration de la séparation au principe des émois du corps, la visitation caressante d'un souffle de lumière dans Bright Star (2009) de Jane Campion.

 

 

En conclusion de notre 38ème newsletter, notre "sélection musicale" sera à la fois planante et lyrique, planante avec Tarek Louati, Edouard Artemiev et Jóhann Jóhannsson, lyrique avec le folk cabossé de Bonnie "Prince" Billy et le post-rock obsessionnel et nervuré de Féroces.

 

PS : et puis, toujours disponible, Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal chez L'Harmattan.

 

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=53114

 

lun.

30

oct.

2017

Newsletter n°37

Pour nous, novembre est toujours le Mois du Film Documentaire, manifestation nationale promouvant le cinéma documentaire dans les équipements culturels participant à l’événement. Nous vous communiquerons très bientôt les prochains rendez-vous liés à notre programmation autour de quelques grands films algériens contemporains. C’est aussi le moment de vous faire part du contenu de notre 37ème newsletter (site, facebook et blog).

Pour notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", l’expression « jamais deux sans trois » n’aura jamais été aussi juste car, après avoir consacré déjà deux textes à la merveilleuse troisième saison de Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost (L’éternel retour est un gramophone grésillant et Un Idiot à Twin Peaks), il nous aura paru évident d'y revenir une nouvelle fois au moment de la diffusion des ultimes épisodes : Retour à Twin Peaks - tours, détours insistera à montrer que cette troisième saison est d'ores et déjà l'événement cinéma de l'année.

Notre rubrique "Autres texte de cinéma" fera la part belle à l'actualité des films inégalement préoccupés par deux types de figures, des militants et quelques « Grands Hommes », les premiers généralement si peu et souvent si mal interrogés, les seconds si souvent convoqués mais souvent aussi dans la pire des facilités. D’un côté, nous avons rassemblé deux beaux films qui témoignent des formes d'une subjectivité militante déliée des impasses du renoncement, plus forte que la mort : 120 battements par minutes de Robin Campillo et Une vie violente de Thierry de Peretti. De l'autre, trois films aussi différents que décevants, Barbara de Matthieu Amalric, Le Redoutable de Michel Hazanavicius et Le Jeune Karl Marx de Raoul Peck, voudraient tutoyer la figure humaine trop humaine du génie consacré en sacrifiant pourtant aux clichés du "grand homme" (derrière qui se cache une femme, qui peut l'être plus rarement aussi), à valoriser respectueusement ou à déboulonner par ressentiment, toujours figé cependant dans une inactualité jamais synonyme d'intempestivité.

Pour ce qui concerne "La séquence du spectateur", elle sera consacrée à deux séquences exemplaires de Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone qui, sous ses aspects monumentaux, réservent aux excès parodiques du maniérisme les secrets d'une matière impure malaxée par qui aura voulu rendre avec les mauvaises manières du prolétaire métèque aux mythes qui l'auront tant fait rêver.

Les "chinoiseries du moment" se déclinent pour leur part dans le couple en miroir des plus belles paroles d’amour du cinéma : les retrouvailles longuement différées de Vienna et Johnny dans le film Johnny Guitar de Nicholas Ray s’opposent à l'amor omnia nimbant les adieux de Gertrud à son vieil ami dans l'ultime chef-d'œuvre de Carl T. Dreyer.

Pour clore cette 37ème newsletter, notre indispensable "sélection musicale", entièrement inspirée par le cinéma, commencera déjà par saluer par deux fois le duo formé par Ennio Morricone et Sergio Leone, avec le thème de la horde sauvage combattue par un Henry Fonda vieillissant dans Mon nom est personne et le thème à l'harmonica de Il était une fois dans l’ouest poussé jusqu'à l'abstraction bruitiste par John Zorn. Charles Ives sera aussi de la partie avec The Unsanswered Question, une composition pile entre harmonie classique et dissonances modernes dont la mélancolie profonde imprègne plus d'un film aimé, tourné par Johan Van Der Keuken, Terrence Malick, Arnaud Desplechin et Pablo Larrain. Cette playlist nous permettra encore de refaire un tour du côté de Twin Peaks de David Lynch avec The Voice of Love d'Angelo Badalamenti jusqu'au grand Crash de David Cronenberg et les montages électriques de Howard Shore.

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ven.

29

sept.

2017

Newsletter n°36

Notre newsetter mensuel vous propose aujourd'hui de souffler rien moins que les 36 chandelles des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog). 36 est un bon chiffre, il rappelle que la démocratie partout se discute en se gagnant pas à pas, au travail et chez soi, dans la rue et aussi dans les salles de cinéma.

 

Avec notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous concluons avec son troisième volet notre triptyque consacré à l'édition 2016 des Rencontres Cinématographiques de Béjaïa. Des flammes auront hier éclairé Bougie (on se souvient encore des projections de Samir dans la poussière de Mohamed Ouzine, Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant et Foudre de Manuela Morgaine), en promesses d'autres étincellements à l'occasion d'une quinzième édition qui vient de se terminer le 16 septembre dernier.
Notre rubrique "Autres texte de cinéma" voudra justement se consacrer à rendre compte des grands feux du foyer béjaoui de 2017. Ce sont ainsi trois des grands films de l'année confirmant à chaque projection qu'il faut savoir désormais compter sur eux. Trois films qui veillent dans la nuit du contemporain à se ranger du côté des témoins dont le jour ne veut pas : d'un côté Atlal de Djamel Kerkar et The Last of Us d'Ala Eddine Slim, de l'autre Vers la tendresse d'Alice Diop.
 
L'automne s'impose aussi comme la saison endeuillée d'un été cramé par deux disparitions qui affligent le cinéma d'horreur : George Romero et Tobe Hooper, maîtres du carnaval pris au mot. Le capitalisme tardif ressemble en effet à s'y méprendre à un déballage de viandes : après la nuit indifférente et nue de l'épuisé zombifié, on trouvera donc le soleil furieux et anthropophage d'une condition populaire défigurée. Dans les deux cas, le mort saisit le vif et c'est l'occasion d'une fête qui célèbre confusément la fin d'un monde et le début d'un autre. Notre enfance mordue par leurs films ne s'en sera jamais vraiment remise.

Dans la continuité, les "chinoiseries du moment" se déclinent dans le couple en miroir des scènes à frisonner : c'est un cauchemar carnassier dont les mâchoires se fracassent contre l'écran dans un épisode de la série Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch en 1990 et c'est la même année un imprévisible fantôme surgissant sans crier gare dans le troisième film de la série L'Exorciste réalisé par William Peter Blatty, l'auteur du roman original.

Pour clore cette 36ème newsletter, notre indispensable "sélection musicale" fera entendre la parole hantée par la révolution de Jean-Pierre Léaud et celle de Vic Chestnutt désolée par le cauchemar floridien climatisé, tandis que les larmes versées avec style par Roy Orbison sauront se prolonger dans les vapeurs éthyliques des Tindersticks, pour finir asséchées sur la rocaille folk roulée par les vieux chevaux de Will Oldham qui ne veulent pas mourir dans les abattoirs du travail subordonné.

mar.

29

août

2017

Newsletter n°35

Avec cette 35ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog), nous voudrions que la reprise s'entende comme un recommencement : que la rentrée soit chaude en serait l'image, préférable à toute canicule.

 
Avec notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous poursuivons avec son second volet notre triptyque consacré à l'édition 2016 des Rencontres Cinématographiques de Béjaïa. Des éclairs auront surgi de la centrale électrique de la cité kabyle (Dans ma tête un rond-point, F430, Kindil El Bahr), en attendant le retour des hirondelles programmé du 9 au 16 septembre prochains.

Notre rubrique
"Autres texte de cinéma" est un hommage à un génie burlesque, si solitaire et incompris, si peuplé à l'intérieur de lui-même qu'il n'aura cessé de se démultiplier en poussant le cinéma comique dans ses retranchements cartoonesques et modernistes : Jerry Lewis aura été l'un des grands idiots du cinéma qui le sauve des imbéciles, notre enfance lui doit tant.
 
Concernant "La séquence du spectateur", décision aura été de continuer sur notre lancée tarkovskienne en vous proposant cette fois-ci, après les rêveries amniotiques de Stalker, des séquences tirées des films Le Miroir ou Solaris. Le génie vole haut au risque de se brûler les ailes au soleil de l'ambition démiurgique, il en ramène cependant des visions qui soulèvent d'enthousiasme le cœur, devant tant à la matière élémentaire d'une enfance en relève des défaillances de la science comme des impasses de l'idéologie.
 
Les "chinoiseries du moment" se déclinent dans le couple des séquences à fondre éternellement en larmes : c'est une faim plus forte que tout dans Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, c'est une enfance doublement meurtrie dans le Frankenstein de James Whale.
 
Pour conclure cette 35ème newsletter, nous vous proposons l'incontournable "sélection musicale" : tous azimuts, de la pop aux accents french touch et du raï, des imprégnations de horror movies et du folk-rock étasunien, et puis de la fusion marocaine.
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ven.

28

juil.

2017

Newsletter n°34

La période serait dit-on celle durant laquelle les juillettistes font place nette aux aoûtiens. Août approchant in and out, il est temps alors de vous proposer la 34ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog).
 
Avec notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous revenons à une cité chère à notre cœur, ce foyer de cinéma électrique que représentent pour beaucoup d'entre nous les Rencontres Cinématographiques de Béjaïa. Nous vous présentons ici la première partie d'un triptyque consacré à l'édition de l'année précédente. Comme un avant-goût des prochaines rencontres dont la quinzième édition aura lieu du 9 au 15 septembre.
 
Notre rubrique "Autres texte de cinéma" est consacré à un premier long-métrage égyptien, Les Derniers jours d'une ville de Tamer El Saïd, porté par une vaillante exigence de modernité consistant à évaluer à l'aune critique de la grisaille post-révolutionnaire le sort cristallin d'images tournées avant les grandes journées de février 2011.
 
"Des bons plans" s'ouvre au salut offert d'évidence à l'un des plus grands maître de l'horreur récemment décédé, George A. Romero, créateur héroïque d'un zombie modernisé, purgé de ses attributs vaudous pour valoir désormais comme la figure du désastre bio-politique contemporain, allégorie décharnée de l'homo sacer dans lequel on reconnaîtrait la figure de l'indifférence trans-générique à toutes les différences de genre, la relève en dépit de tous les particularismes de l'universel en ses restes.
 
"La séquence du spectateur" est pour sa part dédiée à la mémoire aqueuse et amniotique d'un grand film russe, Stalker, d'Andreï Tarkovski, qui arrache à la double catastrophe du communisme étatisé (le Goulag hier, demain Tchernobyl) quelques épiphanies au principe d'une croyance idiote, autrement dit singulière et fondamentale, qui concerne moins un autre monde que ce monde-ci dans lequel, comme le disait Gilles Deleuze, les idiots font partie.
 
Concernant les "chinoiseries du moment", il s'agira dorénavant de rire de toutes ses canines avec deux courts films d'animation tournés par le génial Bill Plympton, portés par des chiens de bonne volonté parmi les plus hilarants jamais croisés au cinéma (on y trouvera notamment une critique moins cynique que kunique au sens diogénique de l'obséquiosité, ce symptôme d'une civilité hystérisée).
 
Pour conclure cette 34ème newsletter, nous vous proposons comme à l'accoutumée notre "sélection musicale" : y entreront en conversation les nappes évanescentes de l'âge atomique, ces chants du Verseau que sont "Hoje" de Taiguara et "Toda Menina Baiana" de Gilberto Gil, un lamento de The Cure et les radiations post-punk de Pere Ubu.

Nous tenions aussi à vous informer également de la parution d'une recension parue dans le Monde Diplomatique du mois d'août écrit par Mehdi Benallal de notre ouvrage paru à L'Harmattan et intitulé Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal.

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ven.

30

juin

2017

Newsletter n°33

Avec notre 33ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog), il s'agira de faire quelques bonds dans l'espace, le temps et les formes afin de diagonaliser ce début d'été pour le moins contrasté.

 

 

Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" récemment happée par la pédagogie des ruines offerte par le film de Djamel Kerkar (Atlal), nous goûtons désormais avec La Sapienza d'Eugène Green aux formes et permanences de l'esprit baroque, sa sapience délivrée à partir de la confrontation dialectique de ses grandes architectures rivales, le rationnel Bernin versus Borromini le mystique.

En conséquence de quoi, notre rubrique "Des nouvelles du Front social et du reste" portera sur l'ouvrage sans lequel il aurait été bien difficile d'aborder la question d'un baroquisme valable pour le cinéma, à savoir Le Pli : Leibnitz et le baroque de Gilles Deleuze.
Nous poursuivons notre bonhomme de chemin avec nos "chinoiseries du moment" et la présentation subjective et dédoublée de nos ponctuations mémorables de cinéma. Après avoir avoir lancé cette nouvelle catégorie du site avec "une scène d'ouverture", il nous semblait logique d'en entretenir la lancée avec "une scène de fin".

Le mois de juin aura vu surgir aussi la nouvelle édition du Festival Côté Court organisé à Pantin. Une belle occasion alors pour revoir le film de Manuela Morgaine, Another World, commenté dans notre rubrique "Autres texte de cinéma" avec quatre ciné-tracts de Frank Smith qui étaient associés à son essai découvert à la SCAM.

Il est un cinéaste majeur de notre cinéphilie : Fritz Lang. Nous avions vu récemment sa "trilogie Mabuse", trois chefs-d'œuvre visionnaires qui brûlent d'une intense actualité. On ne pouvait dès lors pas ne pas leur consacrer nos deux catégories, "Des bons plans" et "La séquence du spectateur", afin d'en déplier eu égard aux présentes déflagrations nihilistes les urgences éthiques et les conséquences politiques, de l'ultime Diabolique Docteur Mabuse à son prédécesseur Le Testament du Docteur Mabuse.

 

Pour conclure cette newsletter, nous vous proposons comme à l'accoutumée notre 33ème sélection musicale. Les compositions marquées du coin de l'enfance de Camille Saint Saëns s'acoquinent avec les bégaiements pop et folk d'Oscar Isaac et Justin Timberlake, tandis que la reprise piano-techno d'un hit de Nirvana par Aufgang se voit drôlement appareillée avec le traditionnel Tsintskaro du géorgien Hamlet Gonashvili comme avec l'univers de fantasy de William Sheller.

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lun.

29

mai

2017

Newsletter n°32

En espérant que cette 32ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog) fasse souffler un peu d'air frais à travers cette canicule venue trop tôt nous assécher - temps de chien-ne en chaleur parfaitement à l'heure des cynismes contemporains.

Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous continuerons nos passages algériens, en nous destinant plus précisément ici au sud d'Alger pour contempler avec Djamel Kerkar et son Atlal les ruines d'Ouled Allal en perpétuelle reconstruction, avec ses vestiges physiques et psychiques considérés dans une poétique des ruines qui se double toujours d'une pédagogie des décombres.

Avec cette nouvelle newsletter, une nouvelle rubrique sort de terre, baptisée "Chinoiseries du moment" où nous vous donnerons nos fragments élus (provisoirement ou non) et issus de la vaste histoire du cinéma, selon des lignes définies. Nous ouvrons ici avec "Une scène d'ouverture" fois deux, duovidu au service des Nouvelles du Front oblige.

Dans notre rubrique "autres texte de cinéma", grâce au Panorama des Cinémas du Magheb et du Moyen-Orient, nous avons pu voir enfin sur grand écran le tout premier film de Merzak Allouache, Omar Gatlato, film important en ce qu'il aura inventé il y a 4 décennies un type dont la modernité contradictoire (le relâchement individualiste se conjuguant chez lui avec les archaïsmes d'une masculinité pauvre en féminité) persiste en Algérie et ailleurs à demeurer contemporaine.

L'année 2017 nous annonçait le retour en fanfare d'une série culte qui aura façonné à jamais l'entame de notre parcours de cinéphile (comme d'autres Stromboli ce fut notre chemin de Damas). Nous attendions avec impatience la saison 3 de Twin Peaks. Et nous avions raison tant les auteurs, Mark Frost et David Lynch, auront su se tenir à la hauteur de la promesse qu'ils auront déposée dans la bouche de Laura Palmer il y a de cela un quart de siècle.

Nous vous proposons un dernier texte dans cette même catégorie concernant le dernier de Sylvain George intitulé Paris est une fête, ode à l'adresse généreuse aux mouvements de luttes sociales de 2015 et 2015, en rappel que la politique est le réel dont il ne nous faudra pas manquer à l'heure de toutes les rétrovolutions en marche.

Et enfin, dans la rubrique "Des nouvelles du front social et du reste", on vous parlera de Confiscation, le nouvel essai de Marie José Mondzain qui, dans la foulée du film de Sylvain George, fourbit une éloge philosophique de la radicalité, otage des captures idéologiques et des fondamentalismes mimétiques.

Pour conclure cette newsletter, notre 32ème sélection musicale, il y aura au programme : "Everybody knows" de Leonard Cohen, "I'm The leader Of The Gang" de Gary Glitter, "Gobbledigook" de Sigur Ros, "You Might Think" de The Carrs et "A New" de Little Dragon.
 
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dim.

30

avril

2017

Newsletter n°31

Avec cette 31ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog), nous essaierons d'égrainer ensemble les clochettes d'un brin de muguet en ponctuation fragile mais persévérante dans un monde intervallaire n'en finissant pas de s'obscurcir.

Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" :  après avoir composé un panorama non exhaustif et critique de films récents traitant (souvent mal) de la question du terrorisme, nous voulions changer de braquet en décidant de mettre en avant le travail important du cinéaste algérien Malek Bensmaïl, attaché à multiplier les axes d'interrogation afin d'investir toutes les dimensions de son pays natal, à la fois pluriel et singulier.

Trois clochettes s'entremêleront dans notre rubrique "autres texte de cinéma". La première reprend le texte écrit à l'occasion d'une table ronde organisée par l'Alba, école des Beaux-Arts libanaise, sur les divisions du/de la politique en leurs redéploiements cinématographiques régionaux. La seconde clochette fait entendre un autre tintement libanais : il s'agit du dernier film de Sarah Hatem dans la persévérance grave et ludique de ses jeux d'enfance. La troisième et dernière clochette concerne la ressortie d'un film insolite, Les Yeux brûlés de Laurent Roth (co-scénariste du film Trêve de la cinéaste libanaise Myriam El Hajj), qui demande avec les moyens du montage pourquoi la cinégénie des archives de guerre fascine tant le cinéma.

Dans notre rubrique des "bons plans", les trois clochettes auront la senteur des parfums de l'Inde, plus particulièrement de la trilogie d'Apu réalisée par Satyajit Ray et dont nous réfléchirons les inoubliables beautés à la lumière respective de ses trois fins successives.

Si le mois de mai est généreux en fleurs printanières, il annonce aussi l'arrivée du Panorama des Cinémas du Magheb et du Moyen-Orient, avec plus particulièrement la projection du film de Djamel Kerkar Atlal le mardi 09 mai à 20h au cinéma Le Louxor à Paris en présence du réalisateur et du critique Saad Chakali.

Pour conclure ce moment bourdonnant grâce à nos clochettes printanières, notre 31ème sélection musicale fera la part belle aux Fabulous Troubadors comme à la musique de Rameau. Si Quel sera notre futur et Hippolyte et Aricie sont deux compositions si dissemblables, c'est que l'on n'a jamais vu un film de Bruno Podalydès qui savait faire rire il y a 20 ans de la petite comédie électorale quand elle nous attriste tant aujourd'hui. Enfin, la musique de Faust rappelle qu'il y a des rires nécessaires et Everything de Neneh Cherry qu'il y a des mouvements du corps qui font danser les corps les plus transis, le mélancolique Mad World en reprise d'un vieux tube de Tears for Fears pour l'événement de la beauté dans une tristesse qui ne saurait, pourtant, suffire.

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

Le collectif des Nouvelles du Front cinématographique

PS : si vous ne souhaitez plus recevoir notre newsletter, un courriel de votre part et ce sera chose faite.

PPS : nous tenions également à vous annoncer la sortie du livre Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal par Saad Chakali, disponible depuis le site des éditions de L'Harmattan.
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