lun.

29

mai

2017

Newsletter n°32

En espérant que cette 32ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog) fasse souffler un peu d'air frais à travers cette canicule venue trop tôt nous assécher - temps de chien-ne en chaleur parfaitement à l'heure des cynismes contemporains.

Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous continuerons nos passages algériens, en nous destinant plus précisément ici au sud d'Alger pour contempler avec Djamel Kerkar et son Atlal les ruines d'Ouled Allal en perpétuelle reconstruction, avec ses vestiges physiques et psychiques considérés dans une poétique des ruines qui se double toujours d'une pédagogie des décombres.

Avec cette nouvelle newsletter, une nouvelle rubrique sort de terre, baptisée "Chinoiseries du moment" où nous vous donnerons nos fragments élus (provisoirement ou non) et issus de la vaste histoire du cinéma, selon des lignes définies. Nous ouvrons ici avec "Une scène d'ouverture" fois deux, duovidu au service des Nouvelles du Front oblige.

Dans notre rubrique "autres texte de cinéma", grâce au Panorama des Cinémas du Magheb et du Moyen-Orient, nous avons pu voir enfin sur grand écran le tout premier film de Merzak Allouache, Omar Gatlato, film important en ce qu'il aura inventé il y a 4 décennies un type dont la modernité contradictoire (le relâchement individualiste se conjuguant chez lui avec les archaïsmes d'une masculinité pauvre en féminité) persiste en Algérie et ailleurs à demeurer contemporaine.

L'année 2017 nous annonçait le retour en fanfare d'une série culte qui aura façonné à jamais l'entame de notre parcours de cinéphile (comme d'autres Stromboli ce fut notre chemin de Damas). Nous attendions avec impatience la saison 3 de Twin Peaks. Et nous avions raison tant les auteurs, Mark Frost et David Lynch, auront su se tenir à la hauteur de la promesse qu'ils auront déposée dans la bouche de Laura Palmer il y a de cela un quart de siècle.

Nous vous proposons un dernier texte dans cette même catégorie concernant le dernier de Sylvain George intitulé Paris est une fête, ode à l'adresse généreuse aux mouvements de luttes sociales de 2015 et 2015, en rappel que la politique est le réel dont il ne nous faudra pas manquer à l'heure de toutes les rétrovolutions en marche.

Et enfin, dans la rubrique "Des nouvelles du front social et du reste", on vous parlera de Confiscation, le nouvel essai de Marie José Mondzain qui, dans la foulée du film de Sylvain George, fourbit une éloge philosophique de la radicalité, otage des captures idéologiques et des fondamentalismes mimétiques.

Pour conclure cette newsletter, notre 32ème sélection musicale, il y aura au programme : "Everybody knows" de Leonard Cohen, "I'm The leader Of The Gang" de Gary Glitter, "Gobbledigook" de Sigur Ros, "You Might Think" de The Carrs et "A New" de Little Dragon.
 
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dim.

30

avril

2017

Newsletter n°31

Avec cette 31ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog), nous essaierons d'égrainer ensemble les clochettes d'un brin de muguet en ponctuation fragile mais persévérante dans un monde intervallaire n'en finissant pas de s'obscurcir.

Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" :  après avoir composé un panorama non exhaustif et critique de films récents traitant (souvent mal) de la question du terrorisme, nous voulions changer de braquet en décidant de mettre en avant le travail important du cinéaste algérien Malek Bensmaïl, attaché à multiplier les axes d'interrogation afin d'investir toutes les dimensions de son pays natal, à la fois pluriel et singulier.

Trois clochettes s'entremêleront dans notre rubrique "autres texte de cinéma". La première reprend le texte écrit à l'occasion d'une table ronde organisée par l'Alba, école des Beaux-Arts libanaise, sur les divisions du/de la politique en leurs redéploiements cinématographiques régionaux. La seconde clochette fait entendre un autre tintement libanais : il s'agit du dernier film de Sarah Hatem dans la persévérance grave et ludique de ses jeux d'enfance. La troisième et dernière clochette concerne la ressortie d'un film insolite, Les Yeux brûlés de Laurent Roth (co-scénariste du film Trêve de la cinéaste libanaise Myriam El Hajj), qui demande avec les moyens du montage pourquoi la cinégénie des archives de guerre fascine tant le cinéma.

Dans notre rubrique des "bons plans", les trois clochettes auront la senteur des parfums de l'Inde, plus particulièrement de la trilogie d'Apu réalisée par Satyajit Ray et dont nous réfléchirons les inoubliables beautés à la lumière respective de ses trois fins successives.

Si le mois de mai est généreux en fleurs printanières, il annonce aussi l'arrivée du Panorama des Cinémas du Magheb et du Moyen-Orient, avec plus particulièrement la projection du film de Djamel Kerkar Atlal le mardi 09 mai à 20h au cinéma Le Louxor à Paris en présence du réalisateur et du critique Saad Chakali.

Pour conclure ce moment bourdonnant grâce à nos clochettes printanières, notre 31ème sélection musicale fera la part belle aux Fabulous Troubadors comme à la musique de Rameau. Si Quel sera notre futur et Hippolyte et Aricie sont deux compositions si dissemblables, c'est que l'on n'a jamais vu un film de Bruno Podalydès qui savait faire rire il y a 20 ans de la petite comédie électorale quand elle nous attriste tant aujourd'hui. Enfin, la musique de Faust rappelle qu'il y a des rires nécessaires et Everything de Neneh Cherry qu'il y a des mouvements du corps qui font danser les corps les plus transis, le mélancolique Mad World en reprise d'un vieux tube de Tears for Fears pour l'événement de la beauté dans une tristesse qui ne saurait, pourtant, suffire.

Dans la lutte contre ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage.

Le collectif des Nouvelles du Front cinématographique

PS : si vous ne souhaitez plus recevoir notre newsletter, un courriel de votre part et ce sera chose faite.

PPS : nous tenions également à vous annoncer la sortie du livre Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal par Saad Chakali, disponible depuis le site des éditions de L'Harmattan.
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lun.

27

mars

2017

Newsletter n°30

Le printemps est arrivé, les bourgeons cinématographiques commencent à se montrer, promesses de fleurs bientôt cueillies dont les parfums se retrouveront bien entendu dans notre 30ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog).

- Avec tout d'abord notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous proposons de parachever notre problématisation critique du terme consensuel du terrorisme avec une synthèse ramassant les deux premières parties et ouvrant vers des questions de révolution et d'émancipation auxquelles aura tourné le dos un dernier exemple par la négative, Nocturama de Bertrand Bonello. Il est par ailleurs vrai que des révolutions se disent en se dotant de noms de fleurs.

- Trois fleurs des champs auront poussé dans la rubrique "la séquence du spectateur" entremêlant leurs folles corolles en ponctuant un jardin sauvage. Si la belle fleur Emmanuelle Riva, coquelicot dont le regard rivant nous aura transporté dans mille lieux et autant d'époques, le cosmos floral et multicolore représenterait bien l'esthétique comique et pop du film de Tim et Eric Tim & Eric's Billion Dollar Movie. Enfin, le bouton d'or serait un bon équivalent au film solaire de Takeshi Kitano L’Été de Kikujiro, long-métrage dont le pistil accueille les abeilles butineuses de l'autobiographie.

 


- Dans notre rubrique des "autres films", le bouquet composé par Bienvenue à Madagascar de Franssou Prenant n'attendait plus qu'un rayon de soleil pour étirer ses réseaux de voix en corollaire de ses strates visuelles. Et voilà-t-y pas l'occasion de vous envoyer le lien d'une vidéo consacrée au fragment d'une discussion entre Franssou Prenant et Saad Chakali. Si vous avez envie de voir ce film, il est toujours sur les écrans du Reflet Médicis ainsi que de l'Archipel cinéma.

 

Une séance est par ailleurs organisée à L’Écran de Saint Denis à mercredi 19 avril à 20 heures suivie d'une discussion avec la réalisatrice et Saad Chakali. Nous vous y attendons nombreux et nombreuses !

 


- Si la semaine "Premier geste", organisée par l'association Archipels Images dans la cité tunisoise vient de se terminer avec succès, des fragrances restent encore dans les airs, promesse de futures sessions, par le biais notamment d'un texte soucieux d'insister sur le nomadisme du spectateur à l'occasion de la table ronde qui s'est tenue mardi 21 mars à 10 heures à l'Institut français avec pour orientation : "La question du territoire au cinéma. Désordre des limites".

 


- Pour conclure ce moment bourgeonnant et fleuri, notre 30ème sélection musicale fera la part belle au cinéma, l'hommage à King Kong de Daniel Jonhston, l'ambiance grinçante et ouatée de Trent Reznor et Atticus Ross pour The Girl With The Dragon Tattoo de David Fincher, le titre folk Let's find each other tonight de José Feliciano revenu de Fargo des frères Coen, le reggae de Tiken Jah Fakoly intitulé Mon pays va mal, ainsi qu'un autre plus électro labellisé Warp de Boards of Canada.

 

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lun.

27

févr.

2017

Newsletter n°29

Une tempête soulève nos cœurs et nous emporte aussi bien vers l'adieu à février qu'elle transporte sur les rives prometteuses de mars : entre un froid qui dure et des rayons de soleil intempestifs, se faufile avec toute la discrétion nécessaire la 29ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique (site, facebook et blog).

- Dans notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous proposons de continuer à tirer le fil de notre problématisation critique du terme consensuel du terrorisme à partir d'une discussion serrée autour de trois films français récemment sortis qui partagent l'ambition de solliciter des fractures d'hier afin d'éclairer diagonalement les blessures d'aujourd'hui, tout en n'y mettant pas complètement les formes qui permettraient aux grands sujets traités de faire advenir des objets de cinéma singuliers.
Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot avec le montage d'archives confrontant la jeune génération étudiante des années 60 avec les conservatismes de l'État-RFA, Une histoire de fou de Robert Guédiguian dans le récit de l'héritage de la violence s'imposant à la génération alors la plus éloignée historiquement du génocide arménien, Les Anarchistes d'Elie Wajeman en en forme de retour romanesque à la "propagande par le fait" ébranlant la République il y a plus d'un siècle : trois films qui posent mal les bonnes questions au risque de n'y répondre alors que trop bien, c'est-à-dire à côté de la plaque (puisque le bébé des luttes d'émancipation est à chaque fois jeté avec l'eau du bain des impasses nihilistes de la violence armée).

- Il y aurait de quoi vouloir alors prendre l'air et retrouver un peu de légèreté en trouvant moyen, en compagnie de deux nouveaux arrivants dans notre rubrique des "autres films", de faire quelques pas de côtés salutaires. Grâce à Nicolas Leclère et Djamil Beloucif, nous avons en effet arpenté
Les Rues de Pantin puis descendu une rue d'Alger dans Bîr d'eau, a walkmovie. D'un côté, l'esquisse d'une carte du tendre en pointillé touche sans s'en donner l'air à cette impossibilité plus fondamentale à laquelle savent obscurément se coltiner les domaines de l'art et de la pensée tandis que, de l'autre, les indécisions fertiles du documentaire et de la fiction poussent à traverser le réel mais en le brossant à rebrousse-poil, l'impuissance populaire algérienne brouillée par une indécidabilité décisive.

- Ce mois-ci, le vent s'est aussi immiscé dans la rubrique "
Des nouvelles du front social et du reste" en nous soufflant dans l'oreille l'air si peu seriné par les média du revenu universel, mesure phare figurant dans le programme de l'un des candidats aux élections présidentielles. Discuter le sens et les fondements de cette proposition qui aura eu au moins le mérite de ramener au centre du débat les questions d'emploi et de revenu, c'est aussi saisir les limites d'un effort sincère de redressement d'une social-démocratie cependant toujours captive (amoureuse) de l'Europe de la finance. Les colères d'Éole ne font pas oublier non plus des anniversaires qui comptent : les 25 ans de la revue Trafic, un numéro 100 qui remet au centre du jeu la question de l'écriture au fondement d'un désir continué de cinéma, des textes et ouvrages de cinéma (ou non à trois exceptions) revus et relus afin de combiner encore et encore voir et lire, écrire et revoir.

- La bourrasque se manifeste encore dans la profération d'un "non", celui inoubliable d'une ouvrière de Saint-Ouen alors qu'un consensus s'amplifiait pour siffler aux révoltés des journées de mai-juin 1968 la fin de ce qui n'était pourtant pas une récréation mais le rêve approché, tutoyé d'un monde
qui cesserait enfin d'être séparé. C'est pourquoi la Wonder Woman de notre séquence du spectateur, l'héroïne de "La Reprise du travail aux usines Wonder", peut-être le plus grand film à propos de Mai 68 et l'un des plus beaux de notre histoire du cinéma, n'aura de cesse de se rappeler à nous : son cri sans fin est contre toute capitulation une piqûre de rappel essentiel.

- Pour conclure ce moment, notre 29ème
sélection musicale nous emmène dans les confins enneigés du Dakota du Nord où s'emmitoufle le Fargo des frères Coen, sur une île du Pacifique bercée par les chœurs mélanésiens de La Ligne rouge de Terrence Malick. Et puis, si Bill Withers demeure dans le vrai avec sa chanson "Ain't no sunshine", la voix de Maria Callas nous saisit (comme Lou Castel chez Marco Bellocchio) avec son interprétation dans La Traviata. Quant à celle de Jarvis Cocker et son groupe Pulp, elle nous ravit de son ironie tragique avec "Little Girl (with blue eyes)".

Dans la lutte de ce qui nous divise et l'amitié de ce qui nous partage

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lun.

30

janv.

2017

Newsletter n° 28

Bonjour à toutes et tous,

 

Un dégel se fait timidement ressentir, promesses fragiles d'un renouveau promis - il le faut - par l'utopie d'une nouvelle année pleine de richesses parmi lesquelles cinématographiques et que notre 28ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique se propose de glaner et collecter comme à l'aube un fameux chiffonnier (site, facebook et blog).

 

- Dans notre rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous vous proposons un changement de cap : après avoir découvert ensemble les cultures peules au tamis des films consacrés à quelques-unes de leurs présences exemplaires, nous nous sommes lancés dans une réflexion en trois temps, adossée sur l'analyse d'une série de quatre films récents, portant sur le sens de ce que l'on entend aujourd'hui par terrorisme. Avant de discuter au cas par cas de films respectivement réalisés par Robert Guédiguian, Jean-Gabriel Périot, Elie Wajeman et Bertrand Bonello qui partagent a minima le désir de poser au cinéma la question intempestive du terrorisme, il nous semblera primordial de débuter notre triptyque à partir d'une relecture critique du terme même de terrorisme afin de statuer sur l'inconsistance conceptuelle d'une dénomination banalisée car intéressée à recouvrir d'un voile consensuel des réalités autrement plus complexes et hétérogènes que ne souhaite l'entendre le régime de l'opinion bruyamment médiatique.

 

- Avec notre rubrique portant sur les "autres films" nous voulions revenir - encore une fois jusqu'à la prochaine fois - sur d'autres rives plus d'une fois fréquentées, de l'autre côté de la Méditerranée, à travers le sort de trois premiers longs-métrages qui considèrent avec des moyens qui leur sont propres les nouages compliqués de l'actuel. Avec nos deux hirondelles tunisiennes, en l'espèce A peine j'ouvre les yeux de Leyla Bouzid et Hedi, un vent de liberté de Mohamed Ben Attia, la situation de la Tunisie de l'avant et l'après-révolution se vit dans les corps si jeunes et déjà désorientés d'une post-démocratie consensuelle, le désenchantement s'apparentant à un mutisme partagé par une jeunesse qui aurait alors déchanté, pour l'une dans la voix par la brutalité policière coupée et pour l'autre dans les silences de l'indécision sentimentale. Sur le versant documentaire, la réalisatrice libanaise Myriam El Hajj avec Trêve œuvre pour sa part à constituer avec son film le portrait d'une rupture d'héritage face à des hommes (un père et un oncle aimés) qui ruminent avec leurs fusils de chasse et leur virilité en bandoulière la gloire passée des milices phalangistes à l'époque de guerres moins civiles qu'inciviles, et qui ne passera pas dans celle qui, passée de l'autre côté du miroir, n'est plus que fidélité à être dans l'infidélité.

 

- S'impose ici un diptyque offert à l'art des visages chez Ingmar Bergman. Dans notre rubrique des bons plans qui s'était la dernière fois concentrée sur le visage désemparé de l'héroïne face au gouffre de la fin de Une femme dans la tourmente de Mikio Naruse, il n'était pas possible désormais d'éviter de plonger dans le regard-caméra noir et abyssal de Monika de Ingmar Bergman, certes après tant d'autres dont le cœur aura été à jamais ravi par un visage de femme au-delà de tout jugement possible. Avec notre séquence du moment, succède en doublet une tentative d'analyse de la séquence d'ouverture, effrayante et impossible, d'un autre chef-d'œuvre de Ingmar Bergman, Persona, tout en éclats déchargés comme une pulsion mêlant le séminal au sublime, avec ses visions subliminales et ses fantasmes cramés, à l'intensité inégalée, et dont beaucoup d'entre nous ne sauraient se remettre jamais.

 

- Début de la nouvelle année, il faudra avec joie sacrifier au rite de l'élection de nos dix éblouissements de l'année passée : nos cœurs retiendront particulièrement beaucoup d'animaux : ainsi un papillon et des oiseaux, un chien et des vaches, des loups et des termites, un âne et des poissons - mieux qu'une ménagerie, un bestiaire réinventé par le cinéma dans l'amour égalitaire du divers des formes de vie parmi lesquelles nous sommes.

 

- Pour conclure cette newsletter, notre 28ème sélection musicale donnera enfin à entendre un chœur de voix hétérogènes, issues d'horizons lointains que notre montage se plaît à les rapprocher. C'est la voix de peine et de sirène de Kate Bush et celle d'Andy Partridge de XTC qui célèbre d'autres humeurs siréniques et océaniques. C'est la voix inaudible de Mr Oizo dans le petit bijou ciselé de Crows and Guts et c'est le soleil contrasté dans la voix et le cœur de Sylvain Vanot en souvenir de Jean-Roger Caussimon. C'est enfin le grain soyeux d'un prince nigérian dans la caresse d'inattendues conséquences.

 

Dans le souhait partagé d'un dur désir de durer, de continuer dans un avenir proche avec peut-être quelques nouveautés...

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mer.

28

déc.

2016

Newsletter n°27

Puisqu'il est temps d'enterrer l'année 2016 (dignement même si les mauvais crus se suivent et se ressemblent), notre 27ème newsletter des Nouvelles du front cinématographique se propose alors de jouer gaillardement les fossoyeurs (site et facebook).



- Dans notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", nous vous proposons de continuer à faire la découverte d'autres présences peules dont les diverses manifestations ou expressions fondent des enjeux de cinéma. Ainsi, le travail ethnographique placé sous les auspices du CNRS passe avec Bakary Diallo, mémoires peules du statut classique de l'enquête (que sont devenus les manuscrits de Bakary Diallo, premier écrivain sénégalais ?) à la quête inattendue d'une voix spectrale dont la résonance magnétise le peuple et les paysages du Fouta Toro. Ainsi, le diptyque d'Alassane Diago tourné dans la même région du nord du Sénégal fait admirablement émerger un chant de la terre porté par une mère qui attend son mari comme Pénélope attendait Ulysse, entre John Ford et Sergueï Dvortsevoï. L'attente maternelle des Larmes de l'émigration préparerait en fait à l'intempestive mobilisation des femmes dans La Vie n'est pas immobile, au travail de la reconfiguration critique des rapports de sexe dans le village d'Agnam Lidoubé. Dans les deux cas, le cinéma n'est pas (ou pas seulement) l'outil au service de la consignation documentaire de particularismes culturellement circonscrits mais soutient sensiblement aussi des regards saisis par le surgissement de singularités à l'exemplarité universelle.



- Avec notre catégorie portant sur les autres films, nous voudrions revenir sur un film qui nous importe au plus haut degré, découvert cette année à l'occasion des Rencontres Cinématographiques de Béjaïa et revu durant le Maghreb des Films : Samir dans la poussière de Mohamed Ouzine. C'est qu'il y a du cinéma dans ce film-là, le plus beau et le plus grand. Celui qui permet d'extraire de la terre algérienne où un fils retourne pour y enterrer son père des stases confondant grondements extérieurs et abysses intérieurs. Celui qui permet de voir comment le tellurisme environnant creuse à l'heure du loup des galeries d'obsession pour celui qui en habite les marges vertigineuses comme un gardien kafkaïen. Celui qui autorise un oncle à faire de l'anus mundi où vit son neveu l'axis mundi au principe d'une économie symbolique en forme de don-contre-don. C'est qu'il y a en effet du cinéma dans un film aussi bien disposé à penser que le soin apporté aux images est un soin donné à celui qui en est le sujet. Un film soucieux enfin d'inscrire la géographie d'une terre ingrate située pas loin de la frontière entre le Maroc et l'Algérie dans une géographie de cinéma où se côtoieraient rien moins que les Flandres de Bruno Dumont et l'île de Farö d'Ingmar Bergman, le Vietnam de Coppola déliré aux Philippines et l'Amérique de Leone revue et corrigée à Almeria.




- Revenons à notre catégorie du champ-contrechamp pour notre quatrième et dernier volet consacré à The Leftovers. Avec la conclusion de la deuxième saison de la série de Tom Perrotta et Damon Lindelof, l'exception cesse de s'opposer à la règle (Miracle au Texas n'échappe pas à la crise mimétique qu'y déclenchent les Guilty Remnant) et le motif de l'adoption dans ses reprises les plus intempestives rappelle aux parents que leurs enfants peuvent leur renvoyer l'image de leur propre mort. Sur le pont ombilical reliant Jarden et sa banlieue bariolée, tout arrive : une foule aussi furieuse que celle du Cuirassé Potemkine, une marée humaine avertissant que toutes les forteresses ne sauraient résister aux flux de parias qu'elles cherchent à endiguer, un carnaval qui parodie toutes les assises et les certitudes en moquant l'incompréhension des parents face à la radicalisation de leurs enfants. Il faut pourtant un geste minimal (protéger le plus faible, l'enfant métis et adopté qui risque d'être piétiner) pour que reste encore un peu d'avenir au milieu des ruines d'une civilisation qui ressemblent tellement aux nôtres. Malgré tout catastrophisme, l'avenir est aux ruines et à ceux qui restent et les cultivent. Et c'est la puissance moins apocalyptique que messianique de l'une des plus importantes séries de ces dernières années et nous ne pouvons plus faire qu'attendre alors la troisième et ultime saison, prévue pour le printemps prochain.



- Ajoutons à cela, dans notre série des bons plans, la persistante sidération propre à la fin de Une femme dans la tourmente (1964) de Mikio Naruse où Hideko Takamine expose un visage agité par une fièvre inoubliable. Ce visage enfiévré appartient à une femme qui n'aurait si longtemps incarné la retenue typique de la femme japonaise idéale que pour découvrir l'abîme de l'impensable ouvert devant ses yeux, le destin lui ayant en effet enlevé comme un train déraillé la possibilité tardive mais sérieuse du grand amour réduit en un cadavre trouvé dans un fossé (à force de retenue, la pudeur se voit obligée d'affronter un terrible ravissement, une soustraction fatale, un contrechamp qui à jamais fera défaut, le retrait habituel ne fondant plus qu'une retraite loin du monde).




- Tandis que notre séquence du moment propose avec l'ouverture du Fond de l'air est rouge (1977) électrisée par le souvenir vivace du Cuirassé Potemkine (1925) de Sergueï Eisenstein une réflexion, entre autres inspirée par les travaux récents d'Enzo Traverso et Georges Didi-Huberman, sur ce qui reste de nos espoirs révolutionnaires d'émancipation. Contre Marx qui moquait dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte le recours aux images du passé afin de vêtir d'antiques justifications les errements du présent, il faudra encore et toujours préférer comme l'écrivit au seuil du danger Walter Benjamin "organiser le pessimisme". Soit "découvrir un espace d'images" où le Maintenant peut faire le bond du tigre en se reconnaissant dans l'Autrefois et ainsi s'extraire du train apocalyptique que beaucoup s'ingénient à propulser contre le mur du futur. C'est pourquoi nous avons besoin d'une esthétique de "l'actualité intégrale" et c'est précisément cela à quoi se sera attelé Chris. Marker avec son opus magnum qui, tout comme La Jetée d'ailleurs, n'est seulement préoccupé que de redonner, dissocié du futur, de l'avenir au passé.



- Pour conclure cette newsletter, notre 27ème sélection musicale aura le goût de l'enfance tintinnabulante avec les ritournelles cristallines de Joe Hisaishi, de la pop chaloupée et élastique de Stephen Malkmus, des boucles spectrales de l'increvable John Carpenter, de l'insondable mélancolie pianistique de Philip Glass quand celui d'Aufgang sera plus martelant, frondeur et enivrant. 



En vous souhaitant, à toutes et tous, de grands feux de joie (oui, de joie, de joie) pour l'année qui vient.

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mar.

29

nov.

2016

Newsletter n°26

Puisque le froid cravaté nous pince les oreilles au lieu de nous faire gentiment la bise, la newsletter n°26 des nouvelles du front cinématographique y répond comme elle peut, au moins chaleureusement (site et facebook).

 

- S'agissant de notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", celle-ci consiste cette fois-ci en la première partie d'un diptyque consacré à une série de films documentaires soucieux de témoigner de la variété ethnographique des cultures peules, la présence en Afrique comme diasporique de la minorité FoulBé requérant du cinéma en effet qu'il en expose la variété depuis la vérité des situations filmées et qu'il en préserve aussi les particularités en garantie de l'inscription de la différence comme condition générique de l'universel. Toutes choses qu'il faudra commencer à expérimenter, de Koumen (1976) de Ludovic Ségarra à Wodaabe - les bergers du soleil (1989) de Werner Herzog.

 

- S'agissant de notre catégorie portant sur les autres films, l'actualité commande de mettre l'accent sur le travail accompli par le Maghreb des Films qui aura notamment proposé de découvrir deux films parmi les propositions de cinéma les plus stimulantes récemment venues d'Algérie. C'est Kindil de Damien Ounouri qui s'empare au pluriel du genre pour mettre en crise le champ des violences de genre dans la mise à nu de leur profondeur de champ mythique et c'est Le Fils étranger d'Abdallah Badis qui exhume en revenant dans les paysages du pays de sa naissance et d'avant elle la présence des morts nécessaire à l'apaisement des blessures d'un roman familial déchiré par l'histoire.

 

- Du côté de notre catégorie des nouvelles du front social et du reste, un désir s'est impérieusement fait sentir de tenter de pousser dans quelques-uns de ses retranchements étymologiques le concept de l'autre. Les grandes pensées en ont longtemps fait leur affaire (de Hegel à Sartre en passant par Lacan et Levinas), et l'autre ne cesse pas d'être agité par tous les discours humanistes légitimement effrayés par la montée du registre identitaire, alors même que l'identité et l'altérité forment un couple fatal dont la valse spéculaire rappellerait en effet que les uns n'auraient besoin des autres que pour les sacrifier sur l'autel de leur différence substantiellement réifiée.

 

- Avec le champ-contrechamp, c'est le troisième épisode portant sur la série The Leftovers qui a l'intelligence de redémarrer en bifurquant à l'occasion de sa saison deux, redéployant en effet tous les acquis précédemment accumulés pour en élargir le registre aussi mythique (la "soudaine disparition" aurait commencé dans une grotte du Néolithique) qu'actuel (le Texas est le lieu fallacieux d'une exception à l'insensée catastrophe et, de fait, l'exception qui n'a pas eu lieu précipitera un autre désastre, parfaitement explicable celui-là).

 

Enfin, notre sélection musicale se divisera en trois, selon qu'elle propose déjà un florilège des chansons du moment écoutées (Victor Démé y croise Moondog et Ennio Morricone y toise Nico, tout cela sous l'œil goguenard de XTC). Et selon qu'elle veut ensuite et surtout rendre hommage à l'un des plus grands poètes contemporains, Leonard Cohen, du côté de ses grandes prises (The Partisan, Avalanche, Lover Lover Lover, The Future, Show Me the Place) comme sur le versant de ses meilleures reprises (Roberta Flack et Nina Simone, John Cale et Nick Cave, Johnny Cash et Bill Callahan, Marianne Faithfull et Jeff Buckley).

 

I love to speak with Leonard

He’s a sportsman and a shepherd

He’s a lazy bastard

Living in a suit

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sam.

29

oct.

2016

Newsletter n°25

La fin de l'année arrive à pas lourds et agglomérés, alors c'est lestement que nous vous soufflons notre newsletter n°25 des nouvelles du front cinématographique (site et facebook) :

- Notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique" dévoile l'ultime partie de notre panorama offert aux animes. Après avoir considéré les dernières œuvres magistrales des grands fondateurs du studio Ghibli comme Hayao Miyazaki et Isao Takahata, et après avoir évoqué les héritiers directs ou indirects, putatifs ou supposés, nous vous proposons en guise de post-scriptum un troisième et dernier volet offert à travers trois films animés aussi différents qu'ils auront ici compté. Les personnages des deux adolescentes rivettiennes de Hana et Alice mènent l'enquête de Shunji Iwai, la sorcière revenue de Michelet dans Belladonna de Eiichi Yamamoto et le naufragé à la Michel Tournier de La Tortue Rouge du néerlandais Michaël Dudok de Wit (mais co-produit exceptionnellement par Ghibli -, il s'agit d'ores et déjà de l'un des plus beaux films de 2016) figureront aisément l'inventivité et la créativité renouvelées d'un genre, l'animation, en ses déclinaisons japonaises et au-delà.

- Avec notre catégorie Des bons plans, nous avons décidé de consacrer un double programme à Ridley Scott, réalisateur inégal de deux films-culte de science-fiction tournés consécutivement mais dont l'ambition esthétique diffère cependant complètement. La réussite viscérale de Alien, le huitième passager habité par son fascinant polymorphe libidinal intéresse en effet toujours davantage que les lourdeurs ornementales de Blade Runner.

- Dans notre catégorie des nouvelles du front social et du reste, s'est imposée une fois de plus la cosmogonie de Marc Scialom à travers la sortie de son nouveau livre, Invention du réel (trois contes), répétant trois fois un ambitieux lancé de filet de la préhistoire à l'après-histoire afin de retrouver sous le gâtisme du présent l'éternel enfant qui nous fait signe et nous attend.

- Après avoir proposé précédemment une introduction générale à propos de quelques séries télévisées actuelles, nous voudrions apprécier dans le détail de chaque épisode (cette fois-ci les 5 derniers de la première saison) d'une série importante pour aujourd'hui, The Leftovers, témoignant lucidement d'une époque catastrophique - la nôtre - où les béances post-modernes du sens ouvrent sur le vide nécessaire d'un nouvel horizon communautaire comme sur le plein désastreux d'un furieux désir de sacrifice.

- Enfin, notre sélection musicale s'essaiera comme souvent à accomplir le bond du tigre dans l'espace et le temps :
- avec l'esprit de Nashville incarné en ravissement des cœurs par l'easy Keith Carradine ;
- avec la lutte nécessaire contre tous les fascismes à travers un chant révolutionnaire espagnol ;
- avec un bidule blues-rock de Alt J en accord avec les nouveaux bondissements d'une araignée rebootée ;
- avec une ballade folk de Jim Croce en soutien alangui aux amusements en accéléré d'un gosse vif-argent ;
- avec une musique psychédélique composée par Masahiko Satoh en célébration des sortilèges de la belladone.
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ven.

30

sept.

2016

Newsletter n°24

On dit que l'automne a pointé le bout de son triste nez et pourtant l'été n'a pas encore dit son dernier mot. La valse hésitation des saisons est une occasion de vous envoyer notre newsletter n°24 des nouvelles du front cinématographique (site et facebook) :

 

 

- Dans notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", s'y donne la suite de notre panorama des animes. Après avoir vu les dernières œuvres magistrales des grands fondateurs du studio Ghibli comme Hayao Miyazaki et Isao Takahata, la question est de mieux connaître la tâche incombant aux héritiers directs ou indirects, putatifs ou supposés, qu'ils travaillent au sein de Ghibli ou en dehors. C'est dans cette perspective là que trois animes se seront imposés : Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi, Miss Hokusai de Keichii Hara et Le Garçon et la bête de Mamoru Hosoda, trois films significativement partagés par les questions d'héritage et de transmission.
- Notre catégorie Des bons plans est consacrée à l'inusable Nanouk l'esquimau de Robert Flaherty, classique qu'il faudra cependant extraire des glaces du patrimonial afin d'en examiner le cristal de contemporanéité. Ainsi, les derniers plans de ce film qui aura moins inventé le documentaire qu'il en aura réinventé les modalités sous la condition de la fiction ouvrent au spectateur le moment du sommeil mérité du héros où celui-ci rêve - mais à quoi ? On s'abandonne alors à la rêverie où le héros s'endort en songeant à nous - autrement dit tous les spectateurs qui rêveront de sa propre immortalité à lui, par le cinéma assurée.

 

- Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, nous relaierons quelques nouvelles des héritiers malheureux des inuits du film de Robert Flaherty, saisis dans la juste mesure et le tact propre au regard cinématographique de Nazim Djemaï dans Nawna (je ne sais pas...). Avec ce premier long-métrage, la naissance d'un grand cinéaste se fonde dans la conscience d'une grande histoire du cinéma autant que d'une cosmogonie inuite dont les géants endormis forment le paysage d'une promesse : "N'oublie pas que tu vas mourir".

 

- Nous avons également décidé, avec notre séquence du moment de ne pas prendre au sérieux les autorités qui en crèvent en invitant les Monty Python à déconstruire, avec quelques temps forts de La Vie de Brian, les apories logique du pouvoir, qui impose perversement de faire et dire tout en se débrouillant pour faire faire ou faire dire mal - ou pire.
- Après avoir proposé précédemment une introduction générale à propos de quelques séries télévisées actuelles, nous voudrions apprécier dans le détail de chaque épisode (les 5 premiers de la première saison) d'une série importante pour aujourd'hui, The Leftovers, branchée avec acuité sur une époque où les béances du sens ouvrent sur le vide d'un nouvel horizon communautaire et le plein d'un furieux désir de sacrifice.

 

Enfin, notre sélection musicale s'essaiera comme souvent à accomplir des pirouettes, pour preuve :

 

- Baaziz le rebelle aperçu dans un éclat d'un film de Lamine Ammar-Khodja ;

 

- Mihaly Vig, le compositeur des ritournelles intensément mélancoliques des films de Béla Tarr ;

 

- le fantôme de Daniel Darc revenant le temps d'une chanson de Asyl ;

 

- les expérimentations psychédéliques et électro-acoustiques de Hildegard Westerkamp ouvrant quelques portes de la perception chez Gus Van Sant ;

- enfin l'amour dont la tragédie est chantée en italien chez ce cancre de Paul Vecchiali.

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mar.

30

août

2016

Newsletter n°23

La rentrée 2016 est pour nous riche en promesses de déterritorialisation cinématographique : c'est bientôt le début des rencontres cinématographiques de Bélaïa (RCB) du 03 au 09 septembre.


Nous sommes par ailleurs toujours heureux de vous proposer la newsletter (la 23ème quand même, et pas peu fiers) des nouvelles du front cinématographique (site et facebook).

Dans notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", le cinéma s'affirme toujours comme un grand opérateur de déterritorialisation. Après la steppe kazakhe vue par Sergueï Dvortsevoï comme milieu à tourner et retourner en tout sens pour y entendre résonner la ritournelle de la mère d'entre toutes les mères, il faudra désormais aller davantage vers l'est pour y découvrir comment quelques grands films contemporains appartenant au registre de l'anime auront arraché du Japon quelques images éternelles, valables universellement. A cet égard, nous devrons dire quelques mots de l'usine Ghibli d'où sont sorties quelques images parmi les plus emballantes du genre. La première partie de notre série de trois parties concerne en particulier son ambassadeur le plus connu, Hayao Miyazaki dont son dernier long-métrage, Le Vent se lève, représente l'aboutissement d'un art poétique délivré dans l'aveu brûlant d'une ambivalente irradiation par un "soleil" japonais, de son zénith impérial jusqu'à son nadir apocalyptique.

Notre catégorie Des bons plans est aussi consacrée au classique A Touch of Zen (1971) de King Hu ressorti en salles et copie numérique il y a un an, le chef-d’œuvre hong-kongais du film de sabre et d'arts martiaux chinois (le xu-wia-pian) poussé par son élan maniériste jusqu'à une apothéose radicale et psychédélique (c'est un peu le 2001 du genre dont l'influence considérable s'exerce encore, par exemple sur The Assassin de Hou Hsiao-hsien).

Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, nous vous donnerons des nouvelles de jeunes réalisateurs appréciés, Soufiane Adel et Yassine Qnia, dont les derniers court-métrages sélectionnés tous deux dans des festivals (le premier avec Les Bonnes au dernier Festival Côté Court, le second avec F430 aussi à Côté Court ainsi qu'à Béjaïa) manifestent de semblables propensions à tirer de la machine cinéma des échappements de sens offrant d'autres visibilités aux marges sous-exposées de la banlieue parisienne.

Nous avons également décidé, avec notre séquence du moment de (re)mettre sur la planche la musique inusable d'Alan Vega (notre sélection musicale n°22b lui était d'ailleurs légitimement consacré), alpha et oméga du rock (il en était à la fois le néo-primitif et le spectre terminal) dont la peau grêlée gratte sous la couche de fond de teint du chanteur hexagonal pour mémères comme on le voit dans une séquence inoubliable de Sombre (1998) de Philippe Grandrieux.

Dans notre rubrique des Nouvelles du front social et du reste, la lecture de Daech le cinéma et la mort de Jean-Louis Comolli s'est imposée à nous afin d'interroger le cours d'une certaine cinématographique mondiale qui, déliée de l'art qui l'aura longtemps identifiée, s'expose sous la figure de l'un de ses pires symptômes actuels en précipitant la pente désastreuse, intégrale et désintégrante, d'une fusion du réel sous la condition capitalistique des confusions du spectacle.

Enfin, notre sélection musicale s'essaiera comme souvent à faire le grand écart, entre
- Brian Eno et son "An Ending (Ascent)" étiré pendant une heure afin de mieux voir depuis la Lune tourner la Terre ;
- la suavité et le tact de "Mr Met" de Lambchop
- la moiteur de Tricky dans "Evolution Revolution Love" ;
- le mélange de grondements et de feulements avec "My Beautiful Leah" de PJ Harvey ;
- les boucles froufrouteuses et mélancoliques de "Reckoner" de Radiohead.
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ven.

29

juil.

2016

Newsletter n°22

Ce n'est pas parce que nombreuses sont les forces obscures qui obstinément se liguent pour nous pourrir cet été qu'il nous faudra manquer à la nécessité d'être sensible et de penser (avec) le cinéma et c'est pourquoi nous sommes heureux de vous proposer la 22ème newsletter des nouvelles du front (site et facebook).


Dans notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", après avoir sondé en profondeur (de champ et de temps) l'archipel des Philippines dans la compagnie des films de Lav Diaz, (et aussi grâce à l'opportune ressortie de Insiang de Lino Brocka), nous changeons de vent pour nous diriger cette fois-ci en direction du sud de la Russie, plus précisément au Kazakhstan vu par Sergueï Dvortsevoy avec le documentaire Highway (1999) qui extrait de l'humble quotidien d'une famille de forains sillonnant les routes désertiques du pays autant d'événements du sensible qu'ils témoignent de ces puissances génériques aidant l'humanité à rester vertical.


Notre catégorie du bon plan du mois devenue Des bons plans (puisqu'il faut plus d'un plan pour dire la beauté d'un seul) accueille le fantôme de Michael Cimino qui vient de franchir la porte du paradis. Lui qui l'avait franchi à trois incontournables reprises (Voyage au bout de l'enfer en 1978, La Porte du paradis en 1980 et L'Année du dragon en 1983) afin de poser la grandeur épique du deuil post-Vietnam et de l'intégration problématique qui s'y autorise malgré tout, de la compliquer dans le rappel à rebrousse-poil des luttes de classe oubliées par la tradition du western, et de finir sur la vérité (éminemment fordienne) du raciste harassé par la haine de l'autre qui n'est rien qu'une haine de soi-même altéré.


Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, brille un petit joyau d'Élisabeth Perceval et de Nicolas Klotz, Mata Atlântica montré lors de la dernière édition du FID à Marseille. C'est, discrètement mais décisivement, une incantation veinée de la sève émeraude issue de ce qui reste de la "forêt brésilienne" et comme placée sous le charme (tourneurien) d'un antique faune en ses puissances de séduction et de fascination.


Nous avons également décidé, avec notre séquence du moment devenue la séquence du spectateur, de vous proposer de découvrir ou redécouvrir l'avant-dernier film d'Abbas Kiarostami, son court-métrage No réalisé à l'occasion de l'exposition "Brune Blonde" à la Cinémathèque Française en 2011. Avant que le vent ne l'emporte, le cinéaste iranien y retrouvait avec une grande modestie de moyens le sens de l'enfance et de la pédagogie caractérisant l'entame de son œuvre en proposant à quelques petites filles italiennes venues passer un casting de se réjouir par elles-mêmes des puissances de la décision, le non ayant philosophiquement (entre Spinoza et Kant) la valeur affirmative d'un refus de faire aux autres ce que l'on refuse à soi-même.


Et puis, notre rubrique des Nouvelles du front social et du reste témoignera de la perte immense que constitue l'arrêt politique d'une émission de télévision politique - en fait la seule, de fait la dernière - qui savait relever des flux télévisuels quelques (rapports d')images drôles ou terribles, parfois précieuses, en sachant renouer insolemment avec l'héritage du montage d'Eisenstein à Godard. Le Zapping de Canal + n'existe plus, vive le Zapping !


Enfin, notre sélection musicale mensuelle fera la part belle :
- à David Lynch en sa bizarrerie sucrée avec "Good Day Today" ;
- aux accents mélancoliques de Lush avec leur chanson "Light From a Dead Star" ;
- à la ritournelle entre folk et rock de Richard Davies avec "Cristal Clear" ;
- au patriotisme blessé de Maurice Ravel avec sa composition "Trois beaux oiseaux du paradis" ouvrant La Maison des bois de Maurice Pialat ;
-  à Sébastien Tellier et sa composition électro "More Crazyness" électrisant Marie et les naufragés de Sébastien Betbeder.


Dans cette même catégorie, les transes mi-punk mi-électro mi-rock du néo-primitif Alan "Viva" Vega ne pouvaient pas ne s'imposer ici à travers une sélection subjective de quelques-uns de ses plus grands titres balancés en compagnie de l'ami Martin Rev pour Suicide ou bien en solo.
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mar.

28

juin

2016

Newsletter n°21

Entre deux nuages de lacrymogène qui piquent et les yeux et un fond de l'air maintenu au rouge afin de réchauffer les cœurs, il y a encore de l'énergie disponible pour notre 21ème newsletter des nouvelles du front (site et facebook).

Dans la catégorie des Nouvelles du front cinématographique, la découverte de cet impressionnant volcan philippin qu'est Lav Diaz se poursuivra en nous attaquant désormais, après l'entreprise au long cours de Death in the Land of Encantos où la profondeur de champ ouvrait le documentaire sur la catastrophe naturelle à la profondeur de temps d'une fiction consacrée à faire l'archéologie des catastrophes passées, à cet autre versant de l'œuvre qu'est Norte - La fin de l'histoire. Le ton se fera ici plus dostoïevskien, la dialectique du bien et du mal fondue dans un matérialisme tout en durée autorisant la justice comme horizon messianique à progressivement se séparer d'un droit qui oblige les faux coupables à devenir des saints et les vrais coupables à s'abêtir en s'enfonçant dans une culpabilité sans fond ni retour.

Notre bon plan du mois assurera idéalement la fonction de raccord nécessaire dès lors que nous ne pouvions pas ne pas quitter ainsi les Philippines sans en passer par la figure magistrale et tutélaire de Lino Brocka, héros du cinéma philippin de 1970 à la fin des années 1980, militant forcené du cinéma comme pédagogie populaire et arme de lutte contre la dictature des Marco, et puis auteur d'un sublime Insiang qui fut le premier film philippin à avoir été sélectionné à Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs en 1978. Il s'agit là d'une chronique naturaliste tournée dans un bidonville de Manille mais filmée comme un thriller et qui sait produire, ainsi que savaient le faire les grands néoréalistes italiens, le sentiment du scandale nécessaire à ne jamais se satisfaire de l'accentuation du désastre, la conséquence d'un bien meurtri consistant ici à ce que la blessure s'autorise à raffiner et quintessencier le mauvais infini de la reproduction du mal.

Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, nous continuerons à nous demander comment une certaine tendance du cinéma français, désireuse de célébrer en grandes pompes les noces du cinéma d'auteur et de l'efficacité du genre hollywoodien devant l'autel cannois, se débrouille pour piocher dans quelques ailleurs de circonstance de quoi reconduire les impasses de l'exotisme et du chauvinisme. Après L'Afghanistan, raté deux fois discutant des tentations et des hésitations de deux fictions symptomatiques des ambitions contrariées du jeune cinéma français (Maryland d'Alice Winocour et Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore), on verra désormais comment aura été raté aussi le Sri-Lanka avec Dheepan de Jacques Audiard. Une fiction en effet saturée d'huile de palme et qui s'ingénie à presser la guérilla tamoule mêlée à quelques souvenirs cinéphiles issus du revenge-movie afin d'en tirer la nouvelle huile de moteur au service du véhicule sécuritaire et anti-populaire actuel - comme si la chose était franchement nécessaire.

Nous avons également décidé d'offrir notre séquence du moment à l'un des moments parmi les plus étranges que le cinéma aura su imaginer dès lors qu'il investit la question ouverte et interminable de l'animal, c'est-à-dire ici la rencontre proposée par le génial Au hasard Balthazar (1966) de Robert Bresson de l'âne Balthazar avec d'autres animaux captifs d'un zoo de passage. Comme s'il s'agissait de convoquer le vieil effet Koulechov mais pour en radicaliser et excéder les effets et ce faisant court-circuiter toute notre lourde réflexologie en terme identificatoire et anthropomorphique. Le regard du spectateur dès lors ouvert sur l'énigme opaque de l'animal face à lui autant que sur le mystère de l'animal que donc il est et persévère à ne pas ne pas être.

On ajoutera également un retour à notre rubrique Champ contre champ réinvestie cette fois-ci du côté des quelques séries télévisées qui nous auront inégalement intéressés l'année passée, la crise anthropologique diversement représentée dans The Walking Dead et The Strain, Wayward Pines et Fargo en passant par le gore jouissif de Ash vs. Evil Dead et surtout la plus intrigante The Leftovers afin d'y légitimer ce plan de consistance qui serait une planche de salut mythologique.

Et puis, pour rire après Dheepan des affaissements de l'idéologie, dans notre rubrique des Nouvelles du front social et du reste, on s'amusera de l'effroi piteusement mis en scène à l'occasion de la une récente du Point qui fait mine de croire que le stalinisme est aux portes du pouvoir quand ce qui vient se tiendrait surtout dans la réémergence d'un désir de lutte dans le sens général de l'émancipation.

Enfin, notre sélection musicale distribuera ses intensités selon diverses modalités :
- c'est la colère de Mendelson qui à sa façon voit Combs-la-Ville comme d'autres ont vu Hiroshima;

- c'est le néant à la fois poisseux et grinçant de Mica raccord avec la nuit écossaise hantée par Scarlett Johansson dans Under the Skin de Jonathan Glazer ;

- c'est l'extrême nervosité de l'ouverture de La Walkyrie de Richard Wagner qui vrille le visage de Nicole Kidman dans un autre film de Jonathan Glazer (on en reparle le moins prochain) ;
- c'est, utilisée en conclusion du beau Trésor de Corneliu Porumboiu, la (sur)charge ironique des slovènes de Laibach avec leur reprise de Life is Life qui trouve ainsi une marrante solution de continuité entre le pompiérisme stalinien et la bêtise épaisse de la marchandise culturelle ;

- c'est enfin la techno minimaliste de Dan Deacon et Osvaldo Golijov en mémoire de Nosferatu et rappel de quelques vapeurs vampiriques enveloppant la fin du magnifique Twixt de Francis Ford Coppola.

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mar.

31

mai

2016

Newsletter n°20

En ces jours contrastés où le temps est certes pourri mais la météo sociale chaudement favorable à la contestation populaire d'un gouvernement s'échinant à vouloir bloquer et diminuer la puissance d'agir du salariat, se faufilera la (déjà !) 20ème newsletter des nouvelles du front (site et facebook).

Dans la catégorie des Nouvelles du front cinématographique : après avoir proposé un voyage en deux stations à travers une brève histoire du musical hollywoodien, les Philippines se seront imposé à nous grâce à la découverte d'importance de quelques films de Lav Diaz. C'est, avant un texte consacré à Norte - La fin de l'histoire, le chant de la terre meurtrie résonnant depuis les neuf heures hypnotiques de Death in the Land of Encantos afin de faire parvenir les tremblements volcaniques d'une histoire plusieurs fois tourmentée ayant plissé dans le lit tectonique des plans d'inédites profondeurs de champ et de temps.

Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, nous vous proposons deux textes aussi différents concernant leurs objets que complémentaires en ce qu'ils font la critique des formes cinématographiques préoccupées des fronts de la guerre civile mondiale disséminés le long de la ligne de fracture partagée par le Proche-Orient et l'Asie centrale.

D'un côté, avec L'Afghanistan, raté deux fois, nous proposerons de discuter de la manière dont la question de la présence militaire française en Afghanistan est redéployée par deux fictions caractéristiques des hésitations du jeune cinéma français contemporain (Maryland d'Alice Winocour et Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore) qui, s'ils ambitionnent d'inscrire la question dans une approche intellectuelle ou conceptuelle du cinéma de genre, en tirent des conséquences inégales et quelquefois inconséquentes politiquement.

De l'autre, nous verrons avec Searching for Hassan de Édouard Beau que d'autres dispositifs cinématographiques, certes moins médiatisés mais autrement plus risqués aussi, sont possibles dès lors que l'immersion documentaire au sein d'une unité kurde de l'armée irakienne sait à la fois restituer l'expérience vécue d'une pratique de l'ordre ambivalente et la phénoménologie d'une journée caractéristique de l'état d'exception devenu la règle de la région.

En guise de raccord, notre bon plan du mois se focalisera sur d'autres films de ce même cinéaste-photographe découvert au Festival Hors Piste au Centre Beaubourg. Par exemple ce beau diptyque constitué des courts-métrages Archéologies et Mémoires d'empires, puissantes images dialectiques faisant voir dans Wall Street le signe clivé d'une puissance (économique) et d'une impuissance (sociale) et dans Mossoul depuis prise par Daech le souvenir fossile persévérant à travers les millénaires de Ninive, empire qui se savait à la fois mortel et immortel.

A l'occasion de l'actuelle grande rétrospective intégrale consacrée aux film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, nous consacrons notre séquence du moment au récent court A propos de Venise, petite bombe qui amorce la permanence (via la figure de Maurice Barrès) du discours réactionnaire et décliniste pour le faire exploser à grand coup d'accords joyeusement anarchiques et éoliens, retentis de l'immortel Bach-film pour entrer aujourd'hui en court-circuit avec la grande colère sociale actuelle.

En attendant également le festival Côté court de Pantin du 15 au 25 juin prochains, on remettra avec joie les yeux dans les films de Yassine Qnia (Fais croquer, Molii et F430) et Soufiane Adel (Vincent V. et Go Forth), les films des deux gaillards y étant sélectionnés.

Enfin, notre sélection musicale témoignera de quelques beaux accents :
- mélancoliques chez Swell et Elliot Smith avec leurs morceaux respectifs Oh My My et Angels ;
- mélangés entre celtique et Afrique avec le Bagad Men Ha Tan dont le titre Rohan est utilisé à la fin du sublime The Assassin de Hou Hsiao Hsien ;
- nostalgiques avec une musique soul entendue dans la série télévisée Lost : Dharma Lady des peut-être fictifs Geronimo Jackson ;

- saccadés avec le groupe Why ? et leur morceau entre pop et hip-hop Jonathan's Hope.

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jeu.

28

avril

2016

Newsletter n°19

Face aux froidures persistantes d'un mois d'avril en signe de printemps tardif, s'offrira, chaleureusement, notre 19ème newsletter (site et facebook).

Dans la catégorie des nouvelles du front cinématographique, nous proposons de continuer nos variations autour du musical en demandant cette fois-ci à l'un de ses chefs-d'œuvre emblématiques, Bandwagon - Tous en scène de Vincente Minnelli, comment la technique accomplie des danseurs (Fred Astaire et Cyd Charisse), loin de se suffire à elle seule, peut soutenir l'incarnation d'un geste de plasticien coloriste ayant la préoccupation de problématiser et d'excéder les formes hollywoodiennes, tiraillées alors entre l'injonction incontournable au divertissement populaire, le piège de l'annexion culturelle et le désir de l'art malgré tout.

Dans notre catégorie des autres textes consacrés au cinéma, c'est une passe de quatre petits essais qui sera proposée, investissant quelques propositions aussi hétérogènes qu'elles manifestent en ses expressions éparses un divers propre au cinéma.

L'on verra par exemple comment Jean-Louis Comolli, en compagnie de fidèles complices (le journaliste Michel Samson et l'opérateur Jean-Louis Porte), tous participants avec Marseille entre deux tours d'un intellectuel collectif et pratique, indique en guise de conclusion ouverte à un quart de siècle d'enquêtes documentaires sur la vie politique locale marseillaise que la vraie vie, peut-être, est ailleurs - par exemple dans les champs de réinvention d'une ville à vivre essayée, au risque d'une croyance cependant problématique de voir dans la culture un salutaire substitut aux désappointements militants.

En défi à toutes les lois et chronologies, on verra aussi Manoel de Oliveira imposer un an après sa disparition une actualité drôlement revenue de 1982, quand alors il imaginait avec sa Visite différée d'une maison sur le point d'être abandonnée l'occasion, certes posthume mais non testamentaire, de dire de quel bois multiséculaire il est fait comme de demander au spectateur d'aujourd'hui de le regarder avec un futur ignoré de lui.

On verra encore comment la disparition soudaine de l'actrice et réalisatrice Ronit Elkabetz fait surgir la figure d'une fée Viviane d'aujourd'hui, ténébreuse sorcière du cinéma contemporain (israélien mais pas que) au sens où, contre tous les procès instruits à l'encontre des femmes remuant dans les brancards de l'hétéronomie, elle aurait été détentrice de quelques beaux tours de magie grise appris dans une drôle de forêt de Brocéliande, judéo-arabe.

On verra enfin comment les belles promesses comme des cerises ramassées dans les premiers courts-métrages de Sarah Hatem proposent d'inventer, à l'endroit où la massivité architecturale s'expose en imposant la fragilité de ses défauts, des jeux d'enfance pour l'enfant que la jeune adulte n'est plus - autrement dit des manières d'être poétiques, des écritures cryptiques, des danses impromptues et des musiques pour une légèreté reconquise, relevée en défi à toutes les inerties.

Enfin, notre sélection musicale fera la part belle aux croisements des hétérogènes, les imprécisions entre foirade et expérimentation des Shaggs se cognant aux tronçonnages de métal massif de Rammstein pour Lars von Trier, tandis qu'une transe mi-africaine mi-celtique revenue de Gangs of New York s'enroule dans les boucles de pop éthéré de Beach House et les déliés post-rock de Broken Social Scene.
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mer.

30

mars

2016

Newsletter n°18

Le printemps s'entête à rester frileux mais il est promis que les beaux jours reviendront. En guise de bien modeste hirondelle, voici venu le temps de la 18ème newsletter des Nouvelles du front (site et page facebook) :

1) Dans notre catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", il s'agira de faire la part belle au genre de la comédie musicale en ses expressions canoniques - autrement dit hollywoodiennes. C'est qu'il s'agit peut-être, contres les forces obscures s'acharnant à diminuer nos puissances de sentir, de penser et d'agir, de (réapprendre à) chanter et danser. C'est qu'avec la première partie d'un diptyque consacré à la comédie musicale hollywoodienne, il s'agira entre autres de renouer avec une histoire de quelques grandes formes (du constructivisme de Busby Berkeley au colorisme pictural et onirique de Vincente Minnelli) et de quelques corps privilégiés (de l'aristocrate Fred Astaire à Gene Kelly le prolétaire en passant par Ginger Rogers puis Cyd Charisse) qui auront su extraire depuis la pesanteur nécessaire des studios quelques éclats de poétisation du quotidien comme de légèreté éternelle parmi les plus mémorables du cinéma.

2) Pour ce qui relève de notre section dite "Le plan du mois", l'impératif aura consisté à y exposer l'extraordinaire visage d'Arielle Holmes, sylphide urbaine à l’œil cyclopéen tel qu'il transperce notre regard jusqu'au cœur, Ariel de notre temps à qui le film des frères Josh et Benny Safdie, Mad Love in New York, aura permis de passer de l'autre côté du miroir de la fiction en jouant autour d'un feu terrible qui avait jusque-là brûlé plus d'une fois ses ailes.

3) "La séquence du moment" nous proposera quant à elle de faire voir et donner à entendre, depuis la séquence d'ouverture d'un remake de Nosferatu longtemps mésestimé de Werner Herzog, l'immémorial d'un cri qui dure en traversant les âges, l'inoubliable cri inaudible et pourtant déchirant des peuples disparus et dont la disparition sans fin est ce dont, intempestivement comme par destin, nous savons devoir hériter.

4) S'agissant encore de la rubrique "Autres textes de cinéma", nous voudrions discuter du dernier film de Philippe Faucon, Fatima, afin de rendre problématique le sol sur lequel, aussi fin et sensible soit-il, le film se tient, posté à l'un des bouts du triste consensus actuel dont l'autre pendant complémentaire serait représenté par Dheepan de Jacques Audiard (qui aura droit à sa propre recension critique lors d'une prochaine livraison des Nouvelles du front). Faudrait-il donc vraiment que les mères rasent les murs en étant doublement assignées à résidence (de la domination sociale ou d'une affiliation linguistique) afin de rattraper les excès de leurs enfants ne méritant seulement que le grand nettoyage perpétré par un tigre tamoul qu'il n'aurait pas fallu réveiller ?

5) Dans la rubrique "des nouvelles du front social et du reste", il nous a paru impérativement catégorique, d'autant plus au lendemain des attentats récemment perpétrés en Belgique, d'essayer de penser la série des attentats parisiens et dionysiens de janvier et novembre 2015 par le truchement de trois lectures croisées : Quelques réflexions blasphématoires. Islam et modernité de Slavoj Zizek, Le Mal vient de plus loin. Penser les tueries du 13 novembre de Alain Badiou et Capitalisme et djihadisme. Un guerre de religion de Michel Surya. Il nous faudra ici tenter de comprendre comment la tenaille mortelle du fondamentalisme de marché et du terrorisme djihadiste fomentent l'éclipse obscure d'une politique authentique et partagée de l'émancipation et de l'égalité, et comment sa difficile réactivation demeure en nos temps de détresse un viatique afin de sauter hors du rang des assassins qui se font face.

6) Danser, on l'a dit pour tenter de renouer avec un peu de légèreté. Mais il nous faut aussi de la musique, mais il nous faut enfin chanter : c'est pourquoi notre nouvelle "sélection musicale" pose d'en passer par la vibrante mélancolie de Portishead, avant d'être entortillé autour des boucles mortifères de la Danse Macabre de Camille Saint Saens via La Règle du jeu de Jean Renoir, jusqu'à ce que les nappes planantes de Tortoise, puis les embrouillaminis psychédéliques de James Dashow embrumant le film des frères Safdie, et enfin les chaloupés sénégalo-québécois de Bran Van 3000 réussissent à requinquer pour la journée et même celle(s) d'après.
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dim.

28

févr.

2016

Newsletter n°17

Que les froidures de février ne tiennent, nous vous invitons aujourd'hui à vous réchauffer du bois de nos nouvelles propositions critiques fagotées par la dix-septième newsletter des Nouvelles du Front cinématographique (site et page facebook).

 

1) Tout d'abord, la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" autorisera de s'en remettre une seconde fois aux forces déflagrantes d'une comète qui aura illuminé le ciel quelquefois plombé du cinéma anglais : Bill Douglas. Après l'immense trilogie de l'enfance composée de My Childhood (1972), My Ain Folk (1973) et My Way Home (1978), il sera temps désormais d'apprécier les beautés de l'unique long-métrage Comrades (1987) qui ne sont pas moins grandes, retrouvant dans le sol ingrat de l'Angleterre du début du 19ème siècle l'archive d'une solidarité ouvrière dont l'éclatant sourire demeure tant et tant nécessaire. Avant-hier à l'époque de l'accumulation primitive du capital en Grande-Bretagne ; hier sous les assauts du thatchérisme contemporain de la réalisation du film ; aujourd'hui en raison de l'actuelle entreprise de casse en France du code du travail. D'une ruine l'autre, un monde ouvrier agonisant aura été par Bill Douglas personnellement déserté, mais pour être retrouvé dans une grâce aussi originelle qu'intemporelle et qui recoupe aussi bien l'archéologie du cinéma.

 

 

2) Concernant ensuite la rubrique des "Autres textes de cinéma", le documentaire du réalisateur algérien Hassen Ferhani, Dans ma tête un rond-point, bénéficie aujourd'hui d'une sortie en salles qui lui permettra enfin de ne pas réserver la chair de ses tremblantes beautés aux seuls festivals qui en avaient jusqu'à présent célébré à bon droit la sensibilité. Il aura probablement fallu un courage d'Amérindien et en conséquence pas mal de ruses de sioux pour, à ce point, voir rouge en investissant - du coup après Bill Douglas - une condition ouvrière blessée par les exigences aliénantes du travail (ici en abattoir). Mais la blessure, qui est autant partagée par les ouvriers avilis par la bêtise bouchère et vorace du capital que par les animaux rendus au rang de bête, est, en vertu du regard solidaire du cinéaste, dialectisée et transfigurée en ouverture à toutes les forces, faibles et folles et insistantes, du dehors. Alors, oui, le film voit rouge mais le rouge qu'il voit n'est plus seulement celui, réel, du sang des innocents équarris ou sacrifiés. Car il est également, celui du possible : de l'amour, de la révolte et de la poésie - toutes choses secrètes et communément partagées comme un feu dont la braise réchauffe un site ouvert sur l'horizon, irréel ou utopique, d'une "terre sans maître".
 

 

3) Il y aura toujours des films qui tourneront en boucle en promenant dans les rues labyrinthiques d'un Paris réinventé un beau rêve de cinéma permanent. Il y aura toujours des films qui oseront pousser le bouchon de la durée pour déboucher, au risque de la scission et de la schizophrénie, sur des puissances de devenir plus fortes que toutes les limites scénaristiques, les virtualités folles de l'infini engagées depuis l'intérieur fini imposé par les contraintes de l'industrie cinématographique. Il y aura toujours des films qui n'auront pas peur de jouer avec le feu, avec des histoires complotées au jour la journée entre de balzaciens amis avec la complicité de filles nervaliennes, avec du théâtre dont les détours permettraient d'accéder en des voies obliques au mystère même du cinéma, et avec de l'amour fou, surtout, en ce qu'il consume des êtres se sachant cependant exposés à ce que leurs secrets demeurent intouchés. Il y aura toujours de tels films parce que ces films auront d'ores et déjà été faits, parmi les plus beaux du cinéma, et que Jacques Rivette en aura été le premier spectateur, lui qui aura si bien, le visage électrisé par son sourire revolver, feint d'en être l'instigateur avisé.

4) On aimerait encore profiter de cette dix-septième newsletter pour penser encore et toujours à Chantal Akerman, dont le nouveau et dernier film, No Home Movie, vient tout juste de sortir. Penser à elle dont les films pensent si fort à nous, dans l'expérience tant de fois renouvelée et relancée d'un secret hérité mortellement par une fille de sa maman - un feu brûlant mais de nulle part, un feu d'aucun lieu indiquant la direction tragique d'un chez-soi qui jamais n'existera.

 

5) Notre nouvelle sélection musicale saura enfin papillonner, autrement dit à la fois palpiter et errer comme le dit si bien Georges Didi-Huberman, les phalènes pouvant prendre ici la forme d'un coucou mélancolique revenu d'une enfance de Benjamin Britten ou glisser dans la voix marmoréenne et gothique d'une sœur de la miséricorde. Le volètement des imagos étant incomplet si leur manquaient les étincelles spectrales des finnois de Magyar Posse, le chœur nocturne chauffé au feu de bois de A Silver Mount Zion, ainsi que ce violoncelle dont la ritournelle s'entêtant dans nos estomacs a été imaginée par Ennio Morricone pour The Thing de John Carpenter et - bien lui en aura pris - retrouvée par Quentin Tarantino.
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lun.

25

janv.

2016

Newsletter n°16

Avec la nouvelle année 2016, à l'occasion de laquelle nous vous souhaitons nos meilleurs vœux militants et cinéphiles, nous vous invitons à découvrir les nouvelles propositions de la seizième newsletter des Nouvelles du Front cinématographique (site et page facebook).

1) En premier lieu, la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique" nous autorisera de s'en remettre aux puissances de fulgurance et d'affection d'une comète qui aura illuminé le ciel quelquefois morne du cinéma anglais : Bill Douglas, probablement le plus grand cinéaste avec Alan Clarke d'une cinématographie souvent réduite à quelques pointures célébrées (Ken Loach, Mike Ligh, Stephen Frears). On commencera ainsi à nous intéresser à l'immense trilogie de l'enfance, celle qui, composée de My Childhood (1972), My Ain Folk (1973) et My Way Home (1978), puise dans la mémoire noire comme le charbon d'une enfance ouvrière quelques diamants bruts documentant, en excès à tout misérabilisme et naturalisme, la fin d'un monde social et le début d'une vie sauvée par l'amitié et l'art. Où l'on verra alors qu'il y a du Proust chez Bill Douglas...

2) Trouvant sa place dans la rubrique des "Autres textes de cinéma", le documentaire de Jean Boiron Lajous intitulé Terra di Nessuno compose dans la ville-carrefour de Trieste, entre quelques fantômes italiens (Italo Svevo, Umberto Saba et Franco Basaglia) et d'autres spectres davantage sociopolitiques (du souvenir de la guerre des partisans à l'actuelle récession économique européenne en passant par la condition faite aux migrants), la communauté fragile des êtres voués par les vents mauvais de l'austérité à l'inexistence sociale. Mais il s'agirait peut-être moins d'une inexistence à documenter qu'une "inexistance" à organiser afin de permettre à ceux qui comptent pour rien d'être, sinon tout, au moins ces quelques lucioles méritant la considération de celui qui les filme en répondant à leur requête implicite de dignité.

3) Depuis quelques semaines, les hommages médiatiques n'ont cessé de se multiplier concernant la disparition de plusieurs figures du monde des arts ou de la culture, tel écrivain ou réalisateur, tel chanteur ou musicien, tel producteur ou acteur, etc. Deux noms auront en particulier frappé du sceau de leur singularité nos efforts de subjectivation : David Bowie (dans "La séquence du moment") et Franco Citti (dans "Le bon plan du mois"). Alors que le premier aura su renouveler les formes de sa propre visibilité en témoignage enchanteur de notre universelle plasticité, le second aura été vu par Pier Paolo Pasolini pour être considéré et relevé comme le corps privilégié d'un sous-prolétariat méprisé cachant cependant en son sien des trésors venus d'une antiquité oubliée.

4) Dans la catégorie "Nouvelles du front social et du reste", nous proposerons la lecture critique de l'ouvrage consacré par George Didi-Huberman à la poétique godardienne : intitulé Passés cités par JLG, l'essai (le cinquième de la série L’œil de la l'histoire et le premier qui nous déçoive) souffre d'une entreprise de jugement ad hominem qui s'autorise une gymnastique laborieuse et compliquée, quelquefois moins attentive à la singularité artistique de Jean-Luc Godard qu'à une personnalité publique aux interventions politiques pour certaines supposées coupables d'univocité et d'autoritarisme. Au risque, alors, que le jugement critique prête le flanc à la critique d'un jugement lui-même autoritaire et univoque...

5) On aimerait encore profiter de cette seizième newsletter ainsi que de la ressortie, la semaine du 27 janvier prochain, de The Thing (1982) de John Carpenter comme de la distribution de l'inédit premier long-métrage d'Apichatpong Weerasethakul intitulé Mysterious Object at Noon (2000) pour soumettre une nouvelle fois à votre lecture deux textes précédemment édités. Le premier est consacré à l'un des chefs-d'œuvre de John Carpenter comme du genre de l'horreur, délire figural au principe de l'épuisement par exaspération de toute identité substantielle poussant aussi loin que possible la paranoïa propre à la révolution conservatrice d'alors et l'homo-érotisme discret du maître Howard Hawks (il paraîtrait que Quentin Tarantino court encore après le sésame). Le second concerne un autre film du grand cinéaste thaïlandais, Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (2010), synthèse d'un art poétique inauguré avec Mysterious Object at Noon (ne serait-ce déjà que par ce quelque chose de turgescent dans le titre) conjoignant souverainement mythes populaires et mythologies pop afin de distinguer dans la jungle les yeux rouges et l'esprit persistant de quelques figures d'hier et d'aujourd'hui réprimées par l'État.

6) Notre sélection musicale mensuelle saura jouer de quelques écarts, composant son chemin buissonnier entre l'hymne populaire à la joie de la langue italienne et la folk d'un artiste tout terrain tunisien, et puis c'est un improbable ressort pop venu de Turquie qui mènera autant à la mélancolie américaine des portes du paradis ouvertes pour être aussitôt refermées qu'au sentiment de l'irrémédiable porté par l'orgue de Bach.

7) Enfin, avec la nouvelle année, s'impose le bilan de l'année passée et les films qui auront su emporter notre cœur. Où il sera question des rêves d'un peuple en guise d'adieux au pays natal par son plus grand poète en cinéma comme des rêves d'émancipation autorisant à un nom inactuel d'entrer en résonance autant en Irak retrouvé en Égypte que dans les rues de Thessalonique. Mais aussi des figures circonstanciées d'un communisme éternel et des corps d'une jeunesse recomposant celui d'un vieillard se sacrifiant pour elle. Mais également de l'actuelle richesse danoise remontée jusqu'à sa source primitive argentine et d'une puissance américaine maladivement désœuvrée car symptomatiquement déliée de toute autorité. Mais encore d'un savoir qui se double d'une sagesse et qui, Borrromini préféré au Bernin, se dit sapience et d'une enfance sur le tard relevée depuis le réel d'une catastrophe interminable et la fiction d'une image censée toute l'exprimer. Mais enfin des monstres hantant obscurément la jeunesse étasunienne contemporaine et des autres que l'on enferme derrière les murs où se jouent dans l'intervalle des larmes et des cris les gestes précieux d'une tendresse infinie.
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mer.

30

déc.

2015

Newsletter n°15

L'année 2015 aura été particulièrement terrible, nous obligeantnous y sommes forcé-e-s dès lors que l'obligation se comprend ici comme une forcede continuer à travailler en persévérant dans un irrémédiable effort de pensée. Un effort qui passe entre autres mais forcément aussi par le cinéma tel qu'il nous retient, tel qu'il nous tient en nous retenantnous sommes contraint-e-s à une telle retenuede plier en cédant devant les figures brutales ou molles d'un même nihilisme contemporain (les terroristes comme idiots utiles de l'extrême-droite).

 

 

C'est dans la conscience vive de ce contexte que nous vous proposons nos textes en vous remerciant une nouvelle fois pour vos amicales relances, vous invitant en cette fin d'année à lire notre quinzième newsletter des Nouvelles du Front cinématographique (site et page facebook).

 

 

1) Tout d'abord, dans la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", voici le temps venu de la troisième et dernière partie de notre analyse portant sur le travail de Ghassan Salhab (partie 3). Beyrouth y représentera moins l'incontournable labyrinthe où errer en la compagnie posthume de figures sur-impressionnées par des guerres fondues-enchaînées. Le cinéaste libanais en effet, et selon un motif privilégié, tourne le dos à la capitale pour tracer stratégiquement d'essentielles tangentes qui l'autorisent à retrouver l'humeur océanique d'une enfance sénégalaise perdue, puis l'invitent à se confronter à la montagne où, du noir au blanc décisivement, se joue contre la passion du néant la tentation d'un peu d'écriture. La nébulosité des traces préférée à la pulsion de faire place nette, en attendant le bonheur d'une vallée promise en mars prochain...

 

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dim.

29

nov.

2015

Newsletter n°14

 
Dans quelques jours, notre site fêtera sa première année.
 
Nous vous remercions pour vos nombreux retours encourageants et constructifs, gages qu'il nous faut continuer dans cette voie d'un partage du cinéma, l'un de nos biens communs parmi les plus précieux.
 
C'est dans cet esprit que nous vous proposons donc cette quatorzième newsletter des Nouvelles du Front cinématographique (site et page facebook), avec les interventions suivantes.

 

1) En premier lieu, dans la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous présentons la deuxième partie de notre analyse en trois parties consacrée à l'œuvre du cinéaste libanais Ghassan Salhab (partie 2). Il sera encore et toujours question de Beyrouth comme citadelle autant de fois assassinée que ressuscitée, de quelques-uns de ses survivants ou morts-vivants qui flottent dans l'intermonde spectral où persiste en fondu-enchaîné le monde d'avant et peine à s'imposer celui qui vient, mais aussi du réalisateur lui-même offrant son corps en guise de siège aux éclats d'une interrogation élargie aux forces matérielles et cosmiques dont il est entre mille autres divisions le dépositaire, y compris face à Jean-Luc Godard à l'occasion d'un bel entretien (la première partie reste évidemment toujours disponible ici).
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jeu.

29

oct.

2015

Newsletter n°13

 

Bientôt le mois de novembre et c'est l'occasion de cette treizième newsletter des Nouvelles du Front cinématographique (site et page facebook), avec les propositions suivantes :
1) En premier lieu, dans la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous présentons la première partie de notre analyse en trois volumes consacrée aux films du cinéaste libanais Ghassan Salhab (partie 1). De Beyrouth fantôme à son avant dernier long-métrage, La Montagne, et dans l'attente de La Vallée son prochain film annoncé, nous nous serons perdus avec lui dans les rues de Beyrouth, y rencontrant de fascinants monstres, des revenants, des prêtresses, des vampires aussi. La cité qui promet à ceux qui l'habitent les ensorcellements du faux-mouvement est aussi la capitale de la douleur dont les cicatrices ne cessent d'indiquer le composé labyrinthique des différentes strates de temps en formant l'archéologie. Nous aurons enfin fait la rencontre d'un geste cinématographique préoccupé de mobiliser les ressources esthétiques de la modernité afin de proposer à notre sensibilité la nécessité de relever, au moins poétiquement, la somme de divisions dont son auteur est couturé.
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dim.

27

sept.

2015

Newsletter n°12

 

La rentrée est bien entamée et, à l'occasion de cette douzième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous soumettons à votre lecture les propositions suivantes :
1) En premier lieu, dans la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique", nous présentons notre analyse en trois parties des Mille et une nuits de Miguel Gomes : L'InquietLe Désolé et L'Enchanté sortis respectivement fin juin, fin juillet et fin août. Le film de notre été cinéphile, inspiré du geste propre aux Milles et une nuit, plonge dans une mosaïque d'histoires vécues par le peuple portugais durant la période d'austérité (juillet 2013 - août 2014) afin que cette moisson de récits serve de supports d'expérience à une vaste légende populaire s'écrivant au présent. Si l'on doit discuter certaines de ces inflexions politiques, on devra aussi se réjouir : les djinns y côtoient les animaux, les enchevêtrements du documentaire et de la fiction souvent enchantent, tandis que le cinéaste sous le masque de Shéhérazade se fait le narrateur d'un peuple dont la souffrance appelle moins la commisération qu'une requête de dignité attentive à l'invention de ses multiples formes de résistance.
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dim.

30

août

2015

Newsletter n°11

 Juste avant de nous envoler pour les Rencontres cinématographiques de Béjaïa, et pour cette onzième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous soumettons à votre lecture les textes suivants :

 
1) En premier lieu, la deuxième partie de notre analyse des blockbusters du printemps dernier et de l'été, toujours dans la rubrique des "Nouvelles du front cinématographique". En attendant la sortie du prochain épisode de la saga Star Wars 7 : The Force Awakens de J. J. Abrams, suivons-nous avec Ant-man, Fantastic Four et Mission Impossible 5 : Rogue Nation les infimes galeries construites sous le sol (qui ressemble toujours plus à un cimetière) des éléphants hollywoodiens par quelques rares termites moins au service du tiroir-caisse que du cinéma. La première partie est toujours disponible ici.
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mer.

29

juil.

2015

Newsletter n°10

Pour cette dixième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous proposons à votre lecture les textes suivants :
1) En premier lieu, la nouvelle livraison des "Nouvelles du front cinématographique" propose une analyse en deux parties des blockbusters de l'été. Après deux précédentes livraisons portant sur l'économie hollywoodienne actuelle (ici et ), et à l'occasion de la sortie estivale de quelques grosses machines spectaculaires, nous tenterons, avec le recours insolite de Manny Farber, de savoir si les éléphants blancs du divertissement n'écrasent pas ces termites dont l'art creuserait encore, même faiblement, des galeries menant souterrainement à ce qui persiste encore à être cinéma. En voici la première partie.
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sam.

27

juin

2015

Newsletter n°9

Pour cette neuvième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous soumettons à votre regard plusieurs propositions.
1) Tout d'abord, c'est une nouvelle série de trois "Nouvelles du front cinématographique" consacrée au génie cinématographique de Kenji Mizoguchi (partie I, partie IIpartie III). A l'occasion de la ressortie en copie numérique de films aussi importants que Les Contes de la lune vague après la pluie et Les Amants crucifiés, L'Intendant Sansho et L'Impératrice Yang Kwei-Fei, sans oublier l'ultime long-métrage La Rue de la honte, c'est la grandeur (presque inhumaine vue d'aujourd'hui) d'un geste qui a su plonger dans les affres de l'histoire comme de l'époque contemporaine pour en ramener des visions aussi inoubliables que leur sensibilité esthétique et leur acuité politique transpercent à jamais le cœur.
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sam.

30

mai

2015

Newsletter n°8

Pour cette huitième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous proposons à votre lecture plusieurs textes.

 

1) En premier lieu, c'est une nouvelle série de trois "Nouvelles du front cinématographique" consacrée au Festival de Cannes de 2014 (partie Ipartie II et partie III). Nous tenterons d'extraire à partir de six films diversement récompensés (dont Mommy de Xavier Dolan,  White God de Kornel Mundruczo ou Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan) l'huile de palme au principe des normes académiques caractérisant le cinéma d'auteur globalement prisé.


Ce sera d'ailleurs l'occasion de revenir sur les précédentes éditions du Festival de Cannes, notamment celle de 2012 où concourrait, par mi d'autres, Cosmopolis de David Cronenberg et Moonrise Kingdom de Wes Anderson (partie I et partie II).

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ven.

01

mai

2015

Newsletter n°7

Pour cette septième newsletter des nouvelles du front cinématographique (site et page facebook), nous proposons à votre lecture plusieurs textes.

1) En premier lieu, c'est une série de trois "nouvelles du front cinématographique" consacrée à la 3ème édition des Rencontres internationales des cinémas arabes qui se sont tenues du 14 au 19 avril derniers à Marseille (partie I, partie II et partie III).

Une manifestation dont la générosité en termes de films proposés et le sens de l'hospitalité auront fait d'un mot (Arabe), si chargé en France de connotations conflictuels, le mot de passe dénotant la pratique d'une véritable "cosmopolitique".

A cette occasion, nous avons pu apprécier l'impétuosité de la jeunesse (Hecho en casa de Belhassen Handous, Go Forth de Soufiane Adel, El Gort de Hamza Ouni, En dehors de la ville de Rim Mejdi) et découvert des œuvres d'une maturité qui ne l'est pas moins (le cinéma du tunisien Jilani Saadi et celui du portugais João Canijo), revu des films aimés (Tarzan, Don Quichotte et nous de Hassen Ferhani, Je suis le peuple d'Anna Roussillon et Bla cinima de Lamine Ammar-Khodja) et âprement discuté des films les plus clivants (Eau argentée - Syrie autoportrait de Ossama Mohammed et Wiam Simav Bedirxan, Histoire de Judas de Rabah Ameur-Zaïmeche - par rapport à ce dernier, on se permettra aussi de renvoyer à notre analyse de son film précédent, Les Chants de Mandrin).

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ven.

03

avril

2015

Newsletter n°6

Aujourd'hui, nous sommes heureux de vous proposer notre sixième newsletter.


Dans le cadre des "nouvelles du front cinématographique", deux parties seront ici consacrées à l'occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, "Cinéma, mode d'emploi" aux éditions Verdier, à l'indispensable Jean-Louis Comolli (partie 1 et partie 2) dont le travail prolifique, à la croisée de la pratique des puissances esthétiques propres au cinéma documentaire et de l'analyse théorique de leur nécessité, se pose comme une urgence politique pour l'époque contemporaine.
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sam.

14

mars

2015

Newsletter n°5

Nous vous proposons dès à présent notre cinquième newsletter.

Dans le cadre des "nouvelles du front cinématographique", deux parties seront ici consacrées au grand cinéaste russe Alexei Guerman (partie 1 et partie 2), mis à l'honneur à la Cinémathèque française et récemment disparu. Son œuvre cinématographique, composée seulement de six longs métrages, est l'occasion de se pencher sur la puissance expressive d'un cinéaste encore méconnu, abonné fréquent de la censure soviétique.

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ven.

13

févr.

2015

Newsletter n°4

Il est l'heure désormais de vous présenter la quatrième newsletter de notre site Des nouvelles du front cinématographique (pour y suivre toutes nos actualités, connectez-vous sur sa page Facebook Des Nouvelles du Front).

Concernant le cinéma, deux grandes livraisons vous sont aujourd'hui proposées.

Ce sont en effet deux volumes consacrés aux Journées Cinématographiques de Carthage (partie I et partie II) où l'on pourra découvrir, en parallèle des compétitions officielles (nous y avons revu à cette occasion les grands films algériens du moment, Loubia Hamra de Narimane Mari, Chantier A de Tarek Sami, Lucie Dèche et Karim Loualiche, Les Jours d'avant de Karim Moussaoui, El Oued, El Oued d'Abdenour Zahzah) et des rétrospectives (dont l'une consacrée au grand cinéaste syrien, Omar Amiralay), le nouveau long-métrage attendu depuis Cannes d'Abderrahmane Sissako, Timbuktu.

 
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dim.

18

janv.

2015

Newsletter n°3

Voici venu le temps d'une troisième newsletter de notre site Des nouvelles du front cinématographique (pour y suivre toutes nos actualités, connectez-vous sur sa page Facebook Des Nouvelles du Front).

Concernant le cinéma, deux grandes livraisons vous sont présentement proposées.

D'une part, ce sont deux volumes consacrés au cinéma de Werner Herzog à l'occasion de la rétrospective programmée ces dernières semaines par le cinéma Grand-Action de Paris. Pour information, ces textes inaugurent, après un essai consacré au Great Gatsby de Baz Luhrmann, la rubrique Champ contre champ, les 13 films vus étant considérés ici alternativement selon deux points de vue différents, complémentaires et contradictoires dans le même élan.

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mer.

31

déc.

2014

Newsletter n°2

En cette fin d'année 2014, des nouvelles fraîches de notre site Des nouvelles du front, ne serait-ce déjà que parce qu'une page Facebook est disponible pour vous informer désormais de ses développements.


Pour cette seconde newsletter, nous vous proposons plusieurs contributions nouvelles :

 

Dans la catégorie des "Nouvelles du front cinématographique", une analyse du dernier long-métrage des Dardenne, Deux jours, une nuit offrira l'occasion de revenir sur des problématiques déjà rencontrées ailleurs : comment faire exister et rendre consistant à l'écran le peuple et penser cette consistance depuis la contrariété potentiellement figurée particulièrement ici par la présence de la star Marion Cotillard ?

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lun.

08

déc.

2014

Newsletter n°1

Après quelques longues semaines d'absence, on peut enfin vous l'annoncer : Des Nouvelles du Front revient en faisant peau neuve en se substituant désormais à l'ancienne rubrique "Des nouvelles du front cinématographique".

C'est en effet un site entièrement original dans sa facture qui aura été pendant tout ce temps constitué afin d'archiver tous les textes consacrés en particulier au cinéma et écrits ces dernières années (et il y en a déjà un peu plus de 300).

Comme il s'agit de continuer l'aventure d'une réflexion critique concernant le front des visibilités et les enjeux théoriques et pratiques, esthétiques et politiques, qu'elle soulèvent, notamment dans ce champ privilégié qu'est la création cinématographique. Et cela avec deux rubriques-piliers, Des nouvelles du front cinématographique et Des nouvelles du front social et du reste.
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