Omar Bongo est mort : une (fausse) bonne nouvelle

L'ancien employé des PTT (c'était il y a 57 ans !) et franc-maçon Albert-Bernard Bongo a été président du Gabon (la Suisse de l'Afrique de l'ouest) de 1967 jusqu'à sa mort officiellement annoncée le 08 juin dernier. 42 ans d'un pouvoir sans partage, et solidement assis par les réseaux Foccart. Bongo est l'archétype de la Françafrique décrite par François-Xavier Verschave. C'est-à-dire un pouvoir colonial français qui a concédé la décolonisation politique de ses anciennes colonies africaines, mais au prix d'une mainmise indirecte sur l'institution d'un nouveau pouvoir local corrompu permettant à l'ancien empire colonial de profiter d'une bonne partie des richesses produites par des nations africaines supposées nouvellement autonomes.

 

Fondateur du Parti démocratique gabonais sur la base d'un monopartisme gouvernemental qui durera jusqu'en 1990 et qui contredit toute idée de démocratie, converti à l'islam en 1973 (c'est à cette occasion que le prénom Omar se substituera à celui d'Albert-Bernard), homme-lige de la Françafrique au Gabon, Bongo a pu bénéficier de l''assassinat de son opposant Germain Mba en 1970 par deux agents des services secrets français, profiter du choc pétrolier de 1973, et bénéficier à nouveau de l'assassinat du poète contestataire Ndouna Lepenaud en 1977. Tout cela assurant à son potentat une pérennité dont le coût social s'est avéré extrêmement élevé.

 

Le Gabon a largement servi, et bien servi, au pouvoir françafricain. Notamment lors de la guerre du Biafra en 1967 qui a déchiré le Nigeria au bénéfice de la France. En 1990, une révolte étudiante oblige Bongo à desserrer l'étau dictatorial. La mort encore une fois "mystérieuse" d'un des opposants au régime, Joseph Redjambe, enflamme les révoltés gabonais, jusqu'à ce que l'armée française intervienne brutalement afin de rétablir Bongo dans son bon droit dictatorial. L'effondrement économique des années 80, et la thérapie de choc du Fonds monétaire International (FMI) qui s'en est suivie, ont parachevé la dégradation des conditions d'existence matérielles du peuple gabonais. Alors que le pays est très riche ! La contradiction, résultant d'un inégalitaire partage du gâteau pétrolier au bénéfice des multinationales (dont Total pour le pétrole, bébé de la Françafrique, et Bolloré pour l'exploitation écologiquement destructrice du bois), veut ainsi qu'aujourd'hui, 80 % des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté alors que le PIB du pays équivaut à celui du Portugal !

 

Propriétaire de plus de 33 appartements et hôtels particuliers dont la somme totale dépasse les 150 millions d'euros, dépositaire de comptes bancaires occultes, largement compromis d'après Eva Joly dans les magouilles d'Elf, Gabon et toute sa famille ont joui pendant des décennies des privilèges d'un système néocolonial dont le grand perdant reste le peuple gabonais (soit un million et demi d'habitants, dont le tiers s'entasse à Libreville). Le tyran mort, le fils Ali et la fille Francine sont sur les dents pour prendre la suite des affaires. Sarkozy veille à préserver les intérêts des grands groupes français. Quant à la démocratie, qui est le cadet des soucis de la famille Bongo, elle ne sera l’œuvre que des Gabonais eux-mêmes.

 

Bernard Kouchener, Jean-Louis Debré, Patrick Balkany, Alain Bauer et Loïk Le Floch-Prigent ont assisté aux funérailles. Soit le champion social-libéral de l'humanitarisme, l’État Sarkozy, la franc-maçonnerie et Elf-Total, tous émus devant la disparition d'un allié dans une Françafrique qui, soumise aux intérêts étasuniens et chinois, et à la déréglementation financière mondiale, mute en une "mafiafrique" toujours plus sauvage, et toujours moins égalitaire et démocratique.

 

La mort d'Omar Bongo rappelle que les lois de la biologie sont irréductibles, même pour les despotes. A quand la substitution des lois politiques aux lois biologiques, qui empêcheraient tout simplement les despotes de politiquement exister ?

Samedi 27 juin 2009


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