Nouvelles du front de 61 à 70

Le Manifeste d'économistes atterrés a pour contexte la crise bancaire de 2007, la récession économique mondiale qui s'en est suivie à partir de 2008, et la crise concomitante des dettes souveraines à partir de 2010. Signé par quatre économistes issus d'horizon différent, Philippe Askenazy du CNRS, Thomas Coutrot du conseil scientifique d'ATTAC, André Orléan du CNRS et de l'EHESS et Henri Sterdyniak de l'OFCE, le texte publié par les éditions Les Liens qui libèrent a déjà pour enjeu intrinsèque au champ scientifique de fédérer le plus grand nombre d'intellectuels en rupture avec l'idéologie néolibérale afin de peser d'un plus grand poids dans le débat public phagocyté par les « experts » médiatiques, la plupart du temps patentés par les donneurs d'ordre de la finance mondialisée eux-mêmes.


La désignation du candidat représentant le parti « socialiste » pour les élections présidentielles de 2012 semble aujourd’hui avoir grandement besoin d’une forme de légitimation populaire pour renforcer la chance de remporter le plus grand nombre de suffrages. Ce seront les « primaires citoyennes » qui auront lieu les 9 et 16 octobre prochains, et qui succèdent donc aux deux précédentes primaires de 1995 et 2006. Sauf que celles-ci sont ouvertes à tous les sympathisants de gauche prêts à jouer le jeu de la démocratie interne ou participative propre à accréditer électoralement le parti socialiste. Un euro et la signature d’une déclaration d’intention suffisent aux personnes inscrites sur les listes électorales pour se dire « sympathisant de gauche » et participer au grand jeu des « primaires citoyennes ». 


« Si on croit que Le Capital de Marx est du chinois, peut-être que son adaptation en manga japonais va alors nous convaincre du contraire » écrit en substance l'ancien porte-parole du NPA, Olivier Besancenot, dans la préface de la bande dessinée en question. La maison d'édition de mangas tokyoïte East Press, spécialisée dans l'adaptation en bande dessinée de classiques de la littérature (Guerre et paix de Tolstoï, Le Roi Lear de Shakespeare), a également entrepris en 2008 d'intégrer à son catalogue Le Capital de Marx (mais aussi Mein Kampf de Hitler au nom, selon le directeur de collection Kosuke Maruo, d'un souci de pédagogie – ah bon ?). 


On a appris dans le journal Libération daté du 30 août que 80 députés UMP ont demandé au ministre de l'éducation, Luc Chatel, le retrait de manuels scolaires jugés scandaleux parce qu'ils expliquent que l'identité sexuelle des individus est autant déterminée par le sexe biologique que par le contexte socio-culturel. Dans la continuité des remous dont ont déjà témoigné au printemps la direction de l'enseignement catholique et cet été l'association Familles de France concernant des manuels de SVT (sciences et vie de la terre) imprégnés de la « théorie du genre sexuel », les députés menés par Richard Maillé, élu des Bouches-du-Rhône, ont donc écrit au ministre une lettre au coeur de laquelle on trouvera ce passage édifiant : « Selon cette théorie, les personnes ne sont plus définies comme hommes et femmes mais comme pratiquants de certaines formes de sexualités : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels, transsexuels ». 


« Le plus grand massacre d’ouvriers depuis la semaine sanglante de la Commune de Paris de mai 1871 » : voilà comment Gilles Manceron décrit la vague meurtrière déclenchée en octobre 1961 par la police française sur ordre de son préfet, l’ancien fonctionnaire vichyste Maurice Papon. Au plus fort de la vague, le 17 octobre, plusieurs dizaines d'Algériens furent assassinés, et plusieurs milliers d'autres furent blessés. Les victimes étaient des « émigrés-immigrés » algériens travaillant, au mieux dans les usines métropolitaines, pour la plupart sur les chantiers publics.


0.1 La critique radicale du système électoral comme forme de trahison démocratique et de légitimation étatique est un acquis historique du mouvement libertaire. Et son actualité reste entière. Peut-être faudrait-il quand même s’interroger sur la manière de problématiser à nouveaux frais un principe d’orientation politique qui peut toujours se figer en pétition de principe automatique dénuée des débats nécessaires à son actualisation critique. Le fameux slogan de l’après-Mai 68, « Elections, pièges à cons », ramasse bien symboliquement le dévoiement de la notion de démocratie étouffée dans les rets du parlementarisme bourgeois.


Le projet de loi de financement de la sécurité sociale, discuté à la caisse nationale d’assurance maladie le 27 septembre dernier, n’échappe pas aux pressions financières du pacte Euro plus et de la « règle d’or » visant à constitutionnaliser le piège de la dette. Le gouvernement Fillon l’affirme sans ambages, en avouant que ce projet de loi s’inscrit pleinement dans son « programme de stabilité 2011-2014 prévoit le retour à un déficit public de 3 % en 2013 ». En gros, la diminution programmée des dépenses sociales doit servir à désendetter l’Etat.


Une promesse UMP pour les élections présidentielles consiste donc en la baisse par l’Etat de 10 milliards d’euros sur 5 ans les dotations aux collectivités territoriales. L’annonce à la presse s’est faite jeudi 15 décembre 2011. Le projet budgétaire UMP pour 2012 inclut donc la baisse de 2 milliards d'euros par an en dotation pour les collectivités locales. Ce qui représente 10 milliards sur l'ensemble du quinquennat jusqu’en 2017.


Les éditions Lignes représentent aujourd’hui, aux côtés entre autres de Syllepse, La Fabrique, La Dispute, Agone, Le Croquant, Page Deux ou Amsterdam, l’un des fleurons de l’édition engagée. Sans lui connaître la moindre inféodation à un quelconque parti politique, Lignes, maison classieuse inspirée par Malevitch (une maquette présentant souvent deux carrés noirs sur fond blanc) et liée aux éditions Léo Scheer jusqu’en 2007, propose donc un éventail de textes, de revues et d’ouvrages participant à renouveler la pensée de gauche radicale. 


Dans la préface à la traduction française de Pierre ou les ambiguïtés écrit par Herman Melville en 1852, son traducteur Pierre Leyris écrit que le profond objet de ce roman est « de montrer que l'homme est en proie au désarroi des ambiguïtés depuis qu'il a goûté au fruit interdit de la science du Bien et du Mal. Pierre, se précipitant d'un cœur entier vers le Bien, trouve d'abord ce que la société et une part de lui-même, restée calviniste, appellent le Mal ; puis se découvre véritablement livré au Mal, puisqu'il devient malgré lui un meurtrier et qu'il entraîne deux innocentes dans la mort » (éd. Gallimard, 1999 [1967 pour la première édition], p. IX-X).

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