Argumentaire antiraciste (I) : les chiffres du racisme

Le racisme en chiffres

Pour l’INSEE, un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et qui a pu devenir française, alors qu’un étranger est une personne qui n’a pas la nationalité française, même si elle peut être née en France) [1]

  1/ Les différences de revenus :

. Sur les 1,6 millions d’étrangers actifs en France, 46 % sont ouvriers contre 25 % des Français de naissance. 0,8 % occupent des professions libérales. 0,5 % sont des chefs d’entreprise de 10 salariés ou plus.


. L’écart entre le salaire net moyen d’un non-immigré travaillant à temps complet et un immigré à temps complet est de 10,7 %. Il est de 13,6 % pour les femmes. L’écart moyen entre un non-immigré travaillant à temps partiel et un immigré à temps partiel est de 24,9 %. Il est de 28,7 % pour les femmes.


. L’écart moyen entre le revenu initial (avant prestations et impôts) des ménages immigrés et non-immigrés est de 30 %. L’écart moyen entre le revenu disponible (avant impôts diminués des impôts directs) est de 24,8 %.

2/ Le seuil de pauvreté :

. 15 % des ménages immigrés vivent en dessous du seuil de pauvreté, contre 5,6 % pour les ménages non immigrés. Les ménages originaires des pays du Maghreb sont les plus touchés (22,6 %).


Selon une analyse du CREST (Centre de Recherche de l’INSEE), un tiers des écarts de salaire et la moitié de la différence du taux de chômage entre les descendants de Français de naissance et les actifs ayant au moins un parent né sur le continent africain ne peuvent s’expliquer par le niveau d’études, l’expérience ou le lieu d’habitation. C’est là une reconnaissance implicite du facteur racial dans l’explication des inégalités sociales.

3/ L’emploi et le chômage :

. 29,6 % des immigrés masculins d’origine algérienne sont au chômage, et 23,2 % des Français dont les parents sont d’origine algérienne, contre 10,1 % pour les natifs.


. 30,7 % des immigrés masculins d’origine subsaharienne sont au chômage, et 26,7 % des Français dont les parents sont d’origine subsaharienne sont au chômage.


. 35 % des personnes d’origine maghrébine sont au chômage, contre 10,9 % des ressortissants de l’Union Européenne, et 23,7 % de l’ensemble des étrangers.


. 22,3 % des femmes d’origine algérienne sont au chômage, et 29,4 % des femmes d’origine turque, contre 12,2 % de natives (personnes nées en France de deux parents nés en France).


. Un candidat de nationalité française avec un nom et un prénom français a, en moyenne, entre 1,5 et 3 fois plus de propositions d’entretien d’embauche que les Français dont le prénom est d’origine maghrébine.


Entre 6 et 7 millions d’emplois sont interdits aux étrangers (soit 30 % des postes de travail), en particulier aux non-ressortissants de l’Union européenne. D’abord, ce sont 5 millions d’emplois de la fonction publique (sauf statuts dérogatoires accordés quand on ne trouve plus à recruter). L’enseignement, le domaine hospitalier et les collectivités territoriales sont fermés à ceux qui ne sont pas détenteurs de la nationalité française. On devra ajouter un million d’emplois des entreprises publiques, SNCF et RATP, ne s’ouvrant que très lentement aux non-Français. Si le secteur privé apparaît moins fermé, environ 1,2 millions restent interdits aux étrangers : moitié à cause de la nationalité, moitié parce qu’il faut disposer d’un diplôme français pour y accéder.


4/ L’éducation et la formation :

. 10 %, c’est l’écart séparant les résultats obtenus aux évaluations nationales des élèves dont les deux parents sont français, et les élèves dont les deux parents sont immigrés ou étrangers.


. 27,2 % des élèves issus de familles immigrées sont en lycées généraux, contre 39,7 % pour les élèves de familles non-immigrées.


. 19,7 % des élèves de nationalité étrangère entrés en 6ème en 1989 obtiennent le baccalauréat général, contre 38 % des élèves de nationalité française.


Si, d’après le ministère de l’éducation, la persistance des inégalités scolaires est étroitement liée à la catégorie socioprofessionnelle et à l’origine populaire des parents, ce serait donc le marché de l’emploi qui serait en réalité discriminant. La scolarité perturbée des enfants ayant migré, les difficultés d’adaptation des parents immigrés seraient des facteurs explicatifs d’un échec scolaire plus grand pour les élèves ayant accompli avec leurs parents une trajectoire migratoire. Deux impensés hantent pareil jugement : l’existence d’un grand nombre d’élèves français d’ascendance migratoire (c’est-à-dire dont les parents, voire les grands-parents, ont accompli une trajectoire migratoire, mais qui n’ont quant à eux jamais migré) et n’ayant par conséquent jamais subi les difficultés sociales relatives à une trajectoire de migration ; le racisme plus ou moins latent, conscient ou déclaré, des représentants de l’institution qui peut relativement déterminer, par l’attribution des notes et l’orientation scolaire notamment, la reproduction des inégalités scolaires comprises alors comme des inégalités raciales. 

5/ Le logement :

. 35 % des ménages immigrés sont propriétaires de leur logement, contre 57 % des ménages non-immigrés.


. 32 % des ménages immigrés sont locataires du secteur social, contre 16 % des ménages non-immigrés.


. 32 % des ménages immigrés sont propriétaires de leur logement, contre 57 % des ménages non-immigrés.


. Le surpeuplement affecte 28,4 % des ménages immigrés, contre 5 % des ménages non-immigrés.


. La surface moyenne en m² est de 75,1 % pour les ménages immigrés, contre 92,7 % des ménages non-immigrés.


Si l’état des discriminations reste difficile à quantifier (que l’on pense au récent débat sur les « statistique ethniques »), on sait par contre que deux facteurs se cumulent pour expliquer les inégalités dont sont victimes tant les migrants que leurs enfants : l’appartenance aux classes populaires, ainsi que l’identification stigmatisante à l’histoire migratoire de France. C’est la discrimination raciste inscrite dans l’histoire coloniale française qui détermine le différentiel inégalitaire entre un prolétaire natif et un prolétaire étranger, immigré ou d’ascendance migratoire. Pis, c’est l’héritage symbolique du stigmate raciste qui participe à minoriser une partie de la population française, qu’elle soit détentrice ou non de la citoyenneté française, qu’elle soit née ou non sur le sol français.


[1] Sources : INSEE, recensement de 1999 ; INSEE enquête emploi, 2003 ; INSEE-DGI, enquête revenus fiscaux, 2001 ; INSEE enquête étude de l’histoire familiale 1999 ; INSEE enquête logement 2002 ; Éducation nationale ; L’État des inégalités en France. Données et analyses 2009, éd. Belin, 2008 (pp. 103-113).


05 mai 2012


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